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    2013, l’Europe sauvée?

    L’Europe a frôlé le gouffre en 2012 ; elle s’en éloigne apparemment aujourd’hui. Il y a un an, on se demandait sérieusement si l’euro, la monnaie commune bousculée de toutes parts, passerait l’année. Si la Grèce, boutée dehors par les « méchants » Allemands ou auto-exclue (au choix), n’irait pas s’engloutir dans l’Adriatique… bientôt suivie, en mer Méditerranée, par l’Espagne et l’Italie. Si les spéculations féroces des milieux financiers contre les dettes de certains pays - avec une hausse vertigineuse des taux d’intérêt à Madrid et à Rome - n’auraient pas raison, à la fin, de cette union monétaire prématurée et si mal conçue, qui a exacerbé les tensions entre le nord et le sud du continent… Mais une union qui, pour le meilleur ou pour le pire, fait maintenant partie du destin européen.

    Fin 2012, la Grèce est toujours là, les Grecs aussi. La souffrance et les maux sociaux y restent endémiques, mais on parle désormais de (légère) reprise pour la fin 2013 et 2014, après cinq années consécutives d’une récession atroce qui a retranché presque le quart des revenus et du PIB au pays et à ses habitants. Connaître UNE année à 1 % de croissance… après avoir perdu plus de 20 % : voilà un piètre réconfort pour des familles ravagées par le chômage, la maladie et même un début de malnutrition ; une nouvelle qui n’allégera que de bien peu toute cette misère vécue au quotidien par les Hellènes.


    Mais au moins, cela peut signifier qu’après des années d’effondrement vertigineux… le fond du baril a été atteint. Enfin.


    La même chose s’était produite, un peu plus tôt, en Lettonie, dans les lointains pays baltes : chute de 25 % en 2008-2009, suivie de deux années à plus 3 ou 4 %. Résultat : les Lettons sont toujours, aujourd’hui, 15 % plus pauvres qu’avant la crise, et cette reprise « sur papier »… s’est faite sans baisse significative du chômage.


    L’Irlande est un autre exemple qu’adorent citer les zélateurs de l’austérité comme « purge salutaire ». Après une chute de 15 % du PIB de 2008 à 2010, la croissance est revenue en 2011 et 2012 - 1 % par an, en moyenne ! - et on signale à Dublin le retour d’entreprises de nouvelles technologies et de services financiers (ceux-là mêmes dont l’explosion, en 2007… avait précipité la catastrophe).


    Mais là encore, les Irlandais vivent une reprise largement sur papier, avec quelques compagnies (Apple, PayPal) axées sur l’exportation de services, venues embaucher 500 personnes ici, 350 là… Pas de quoi faire baisser substantiellement un chômage qui - resté autour de 14 ou 15 % - a très peu bougé depuis deux ans… donc depuis la soi-disant « reprise ».

     

    ***
     

    Reprise en trompe-l’oeil, donc ? Simple habillage d’un « inévitable » déclin historique du Vieux Continent ? Possible, mais au-delà des particularités nationales, l’exemple ambigu d’un « rebond » supposé de ces trois pays périphériques ne doit pas faire oublier que le coeur du drame se joue - géographie, richesse et démographie obligent - en France, en Italie et en Allemagne.


    En France, pays considéré par The Economist comme une « bombe à retardement » à cause de son refus (présumé) de s’attaquer à ses déficits structurels et à sa foi dépensière en l’État-providence. Et où, pourtant, le président Hollande vient de prendre - sans trop s’en donner l’air - le tournant de la rigueur et de la « compétitivité ».


    En Italie, où le dottore Mario Monti, premier ministre sortant, technocrate non élu, sauveur selon Bruxelles d’un pays rongé par une classe politique décadente, vient d’annoncer qu’il se tenait « à disposition » en 2013 pour reprendre du service… mais sans s’abaisser à aller lui-même aux élections !


    Et en Allemagne, où la « dame de fer » Merkel, en 2012, a finalement mis de l’eau dans son vin, acceptant cette idée (qui n’était pas évidente jusqu’à l’été) que le sacrifice de la Grèce serait un suicide pour toute l’Europe. D’où ses déclarations sur la solidarité obligée avec les Grecs (effacement partiel de la dette, patience pour les remboursements), et, en écho, la déclaration du président de la Banque centrale d’Europe, selon qui « tout sera fait pour sauvegarder l’euro ».


    L’Europe n’est pas tirée d’affaire, mais le précipice s’est éloigné en 2012.
     

    François Brousseau est chroniqueur d’information internationale à Radio-Canada. On peut l’entendre tous les jours à l’émission Désautels à la Première Chaîne radio.

     
     
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