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    Journée internationale des migrants - L’idéologie politique contre l’universalité des soins de santé

    18 décembre 2012 | Vincent Demers - Médecin de famille et membre du conseil d’administration de Médecins du Monde Canada et Nicolas Bergeron – Médecin psychiatre et président de Médecins du Monde Canada | Actualités internationales
    Le bref sourire de cette grande femme à la peau ébène détourne initialement le regard des stries que les tortures subies dans une prison du Tchad ont gravées à la lame sur son corps, souvenirs indélébiles qui font ressac en elle. Nous sommes à Montréal, il y a quelques mois, dans la Clinique migrants de Médecins du Monde destinée aux migrants précaires, les « sans-papiers », également sans accès aux soins de santé ni aux médicaments. Dans la salle d’examen, la femme pleure, impuissante, déprimée. Elle n’a pas les fonds pour acheter des médicaments qui l’aideraient à diminuer son anxiété, ses flash-back et son insomnie, ni pour consulter un psychologue. Elle a reçu un avis d’expulsion du pays, les agents d’immigration n’ont pas cru son histoire. Elle songe à s’immoler par le feu pour se faire exemple, pour exposer la vie de ces réfugiés à la destinée injuste. Elle pense aux révolutions arabes, puis se ravise, résignée, amère.

    Un vieillard jamaïcain, petit balayeur de toujours dans un restaurant du centre-ville, sous-payé, se présente à son tour, timide, respectueux. Installé dans la métropole il y a 35 ans, il demeure dans une chambrette. Officiellement, il n’existe pas. Il n’a jamais rien coûté à l’État, n’a aucun passé criminel. Il souffre d’angine très sévère, sa poitrine se serre au moindre effort. Il n’est jamais retourné en Jamaïque, jadis très violente. Il n’y connaît plus personne. Ses amis et son travail sont profondément enracinés à Montréal. Il aurait besoin d’aspirine, de nitroglycérine et de pontages au coeur. Il n’y a pas droit. Il devra débourser des milliers de dollars pour subir l’intervention chirurgicale essentielle


    ***
     

    Ces impossibilités de soins observées à notre Clinique migrants menacent de s’étendre aux demandeurs d’asile qui bénéficiaient du Programme fédéral de santé intérimaire (PFSI). Le gouvernement fédéral a décapité en juin 2012 ce programme qui offrait une couverture médicale temporaire aux demandeurs d’asile. L’entrée en vigueur de la loi C-31 le 15 décembre 2012 donne aux politiciens le pouvoir de désigner certains pays comme « sécuritaires », désignation qui exclura de l’universalité du système de santé canadien les aspirants-réfugiés arrivés en notre sol qui seront issus de ces pays. Ils se verront remettre une facture à payer pour des soins essentiels ou d’urgence, comme en cas de fractures, de complications de grossesse ou d’une crise cardiaque, à moins qu’ils ne posent un risque à la santé ou à la sécurité publique - situation rare.


    La rhétorique ministérielle qui s’oppose à offrir des soins à ces demandeurs d’asile véhicule le préjugé que de « faux réfugiés » abuseraient à forts coûts de notre système sanitaire, voire recevraient un meilleur traitement que la population canadienne en général.


    Or, l’idée de profiter d’une prestation sociale fait rarement partie des considérations d’un réfugié au moment d’abandonner sa patrie et de laisser derrière lui maison et famille. Les demandeurs d’asile sont avant tout les victimes malheureuses des conflits, de la persécution et de la violence subis dans leur pays d’origine. À ces traumatismes s’ajoutent les difficultés et les obstacles vécus après la migration dans le pays d’accueil.


    Les changements apportés au PFSI avec la loi C-31 sont discriminatoires, inefficaces et dangereux. Les valeurs traditionnelles canadiennes d’hospitalité, de respect et de solidarité avec les réfugiés sont honteusement reniées par ces nouvelles politiques.


    Les États ont la responsabilité d’assurer une protection et d’offrir des services de santé de base pour les personnes en situation de vulnérabilité vivant sur leur territoire. Refuser l’accès à des soins urgents et essentiels, dans un pays riche comme le Canada, est un acte de violence. Médecins, infirmières et professionnels de la santé dénoncent cette nouvelle posture du gouvernement fédéral. Notre éthique nous engage à soigner impérativement ces humains vulnérables qui sont chez nous et à préserver leur dignité, au-delà de l’idéologie d’un gouvernement ou du nom du pays imprimé sur un passeport.

     
     
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