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    Harper, Obama et le smog

    Harper en Inde ? Le correspondant de presse que je suis n’était pas fâché, la semaine dernière, d’échapper à la couverture du Forum économique mondial (FEM) qui se déroulait à Delhi, me trouvant, par un concours de circonstances qui m’arrangeait bien, en reportage dans le « Sud profond » des États-Unis à la veille de la présidentielle américaine. Pas fâché de ne pas avoir à composer avec le sentiment que ceux qui fréquentent ces sommets - ce qui n’exclut pas que le FEM soit en même temps le lieu de réflexions éclairantes sur les grands enjeux sociaux - tiennent entre eux des propos trop souvent déconnectés de la rue. Et que si, d’aventure, il y a croisement des intérêts des premiers avec les besoins des seconds, ça n’est jamais au fond que fortuit. La déconnexion est la plus navrante quand les politiques l’enveloppent dans un discours qui feint d’agir pour le bien commun.

    L’Inde intéresse manifestement beaucoup M. Harper, dont c’était la deuxième visite dans ce pays en trois ans. Son gouvernement fait de gros efforts pour donner de l’envergure aux relations commerciales canado-indiennes, qui ont été longtemps négligées. M. Harper a pris la parole devant le Forum et discouru de croissance, de prospérité, d’investissements, d’antidote à la « Grande Récession »… J’allais ajouter que notre premier ministre anti-Kyoto avait complètement fait l’impasse sur les problèmes environnementaux, mais ce ne serait pas tout à fait juste : il a bien mentionné son « Initiative de développement durable des ressources », consistant à « veiller à ce que les examens environnementaux soient exhaustifs et à ce que leur durée soit raisonnable ». D’une part, les impératifs de croissance commerciale ; de l’autre, le souci, au mieux subordonné, de l’environnement.

     

    ***


    Or, l’environnement se détériore gravement en Inde.


    Octobre débordant sur novembre, c’est normalement l’époque de l’année où le temps est le plus beau à Delhi. Cela n’était pas le cas cette année. Vu les températures plus froides, les épisodes de smog sont courants pendant les mois d’hiver indien, en décembre et janvier. Le brouillard efface le soleil, l’air est gris et laiteux. Sauf qu’au cours des deux dernières semaines, le dioxyde d’azote pèse sur Delhi en taux record. Pour qui met le nez dehors, c’est carrément étouffant. Au moment donc où le Forum économique tenait ses assises à Delhi, la capitale indienne traversait l’un des pires épisodes de pollution atmosphérique de son histoire.


    Il ne fait aucun doute que les grands coupables sont l’automobile et le camionnage, selon le Centre for Science and Environment (CSE), l’organisme indépendant qui est en matière écologique la référence à Delhi. Il y a 6,5 millions de véhicules motorisés dans les rues de la capitale, leur nombre croît de mille par jour et 60 % du parc automobile fonctionne au diesel.


    Les mesures antipollution appliquées au début des années 2000 avaient donné de bons résultats, mais l’invasion automobile a complètement effacé ces gains. Partout, l’Inde urbaine est en train de s’asphyxier. Il devient urgent, plaide le CSE, que Delhi lance une nouvelle offensive antipollution.


    Mais ceux que nous élisons ont l’esprit ailleurs. En avant la croissance !


    ***


    Trois millions d’Indo-Américains vivent aux États-Unis, soit 1 % de la population. Ils sont, comme toutes les minorités du pays, très démocrates. Un récent sondage, réalisé avant la présidentielle, indiquait que 67 % d’entre eux appuyaient Barack Obama - 5 % seulement préféraient Mitt Romney. Cela tiendrait en bonne partie aux bons souvenirs qu’ils conservent de Bill Clinton. Le profilage racial suivant le 11-Septembre leur avait rendu les républicains plus antipathiques encore. Parmi les cinq ou six Indo-Américains en lice aux élections de mardi dernier au Congrès, seul le démocrate Ami Bera, dont les parents sont arrivés du Gujarat dans les années 1950, a été élu - dans une circonscription de la Californie.


    Pour autant, les Indo-Américains les plus en vue du monde politique sont deux gouverneurs républicains - Piyush « Bobby » Jindal en Louisiane et Nikki Haley en Caroline du Sud, deux des États les plus conservateurs des États-Unis. Ils viennent tous les deux d’avoir 40 ans, désapprouvent le mariage gai et s’opposent catégoriquement au droit à l’avortement. Nés aux États-Unis de familles pendjabies, ils sont tous les deux convertis, lui de l’hindouisme au catholicisme, elle du sikhisme au méthodisme. Élue gouverneure en 2010, Mme Haley est particulièrement à droite : pendant sa campagne, elle a reçu l’appui de Sarah Palin et du Tea Party.


    De fait, les affinités des Indo-Américains avec les démocrates ne sont pas sans paradoxe. Les Indiens sont conservateurs, accros aux « valeurs familiales », souffrent comme les républicains d’allergies aux taxes et aux impôts. Si le Parti républicain, possédé par sa frange radicale et intolérante, n’était en dérive, il rallierait certainement un plus grand nombre d’entre eux - et d’hispanophones - tant les parentés idéologiques sautent aux yeux. On ne se plaindra pas que, dans l’état actuel de division par le milieu de l’électorat américain, ils restent fidèles à Obama.

     
     
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