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Syrie - Damas et les insurgés décrètent une trêve

Des Syriens se sont rendus jeudi à la boulangerie du quartier Salaheddin d’Alep.
Photo : Agence France-Presse Philippe Desmazes Des Syriens se sont rendus jeudi à la boulangerie du quartier Salaheddin d’Alep.
Le régime syrien et les insurgés ont accepté jeudi d’observer à partir de vendredi et pendant les quatre jours de la fête musulmane de l’Adha une trêve âprement négociée par l’émissaire de l’ONU, chaque partie se réservant toutefois le droit de riposter en cas de violations.

L’armée a annoncé jeudi soir qu’elle suspendrait ses opérations militaires pour la fête du sacrifice, mais qu’elle répondrait « si les groupes terroristes armés continuent à tirer sur les civils et les forces gouvernementales […] ou à utiliser des voitures piégées et des bombes ».


De leur côté, les insurgés, qui avaient déjà donné leur accord au cessez-le-feu proposé par Lakdhar Brahimi, se sont engagés à faire taire leurs armes tout en menaçant les troupes régulières de réponses vigoureuses à toute violation. « Nous allons respecter le cessez-le-feu à partir de vendredi si l’armée syrienne en fait autant. Mais si elle tire une seule balle, nous répondrons avec cent balles », a affirmé le général Moustapha al-Cheikh, chef du commandement militaire supérieur de l’Armée syrienne libre (ASL).


Il a toutefois admis ne pas parler au nom de tous les mouvements insurgés. De fait, le Front islamiste al-Nosra, qui a revendiqué de nombreux attentats en Syrie, avait rejeté la trêve dès mercredi.


Face au succès incertain du cessez-le-feu au vu de la « méfiance » entre les deux camps, l’ONU a dit espérer « de tout coeur » qu’il tienne, selon Martin Nesirky, le porte-parole de son chef, Ban Ki-moon.


S’il est effectivement mis en place, il s’agira du premier cessez-le-feu respecté en Syrie, en proie depuis mi-mars 2011 à une révolte populaire devenue conflit armé face à la répression. Le 12 avril, un cessez-le-feu négocié par Kofi Annan, le prédécesseur de M. Brahimi, avait volé en éclats au bout de quelques heures, même si les combats avaient baissé en intensité.


S’adressant mercredi par vidéoconférence aux ambassadeurs des 15 membres du Conseil de sécurité, M. Brahimi a souligné qu’un cessez-le-feu serait un « petit pas » pouvant mener à l’ouverture d’un dialogue politique et à un meilleur accès humanitaire.


Mais, après 19 mois d’un conflit ayant fait plus de 35 000 morts selon une ONG syrienne, M. Brahimi a déclaré « ne pas pouvoir être sûr que la trêve tiendra », selon un diplomate présent lors du compte rendu.


Un arrêt des combats et des bombardements apporterait un peu de répit à une population déjà durement éprouvée par les violences.


Le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) s’est dit prêt à envoyer, en cas de trêve, des colis d’aide à des milliers de familles dans des endroits jusqu’à présent inaccessibles.

 

Avancée à Alep


À la veille de la trêve, les rebelles ont gagné du terrain à Alep en pénétrant dans le quartier d’Achrafiyé, contrôlé par les forces kurdes et où jusqu’ici, par un accord tacite, ni les rebelles ni l’armée n’entraient. Selon les résidents, près de 200 insurgés se sont déployés à l’aube dans ce secteur jusqu’à présent épargné par les combats et où vivent de nombreux réfugiés.


À environ 200 kilomètres à l’est d’Alep, les rebelles se sont emparés d’une position de l’armée à Raqa, tuant trois soldats et récupérant des armes ainsi qu’un char, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).


Dans la province de Damas, l’armée, qui tente de reprendre du terrain, a bombardé Harasta et ses environs, tandis que des combats se déroulaient dans le sud de la capitale.


À travers le pays, les violences ont fait 100 morts - 43 civils, 37 soldats et 20 rebelles - selon l’OSDH, qui s’appuie sur un réseau de militants et de témoins.


La Russie, allié de poids de Damas, a par ailleurs accusé les États-Unis de coordonner les livraisons d’armes aux rebelles, alors que Washington assure ne pas leur fournir d’aide militaire.


Pour sa part, la nouvelle commissaire de l’ONU chargée d’enquêter sur les violations des droits de la personne en Syrie, Carla del Ponte, a déclaré vouloir identifier les « hauts responsables » des « crimes contre l’humanité et des crimes de guerre » commis dans le pays, tandis que la Commission attend toujours d’être reçue à Damas.

 
 
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