Lance Armstrong et le dopage - Déficit de crédibilité
Dans l’après-midi de mercredi, un commando d’entreprises consommatrices de vedettes à des fins de publicité a illustré à merveille l’expression suivante : les moutons de Panurge. En effet, dans la foulée de la rupture de contrat décrétée par Nike, une ribambelle de sociétés liées au cycliste lui ont emboîté le pas. Pour faire court, en fin de journée le roi était financièrement nu. Enfin… pas tout à fait, mais bon.
De cet épisode, un constat, et non des moindres, s’impose. C’est la première fois que Nike, société passée maître dans l’art de tirer des millions et des millions en profits des exploits sportifs, décide de lâcher une de ses grandes vedettes. On se souviendra qu’elle n’a jamais coupé les ponts avec Tiger Woods, la star de basketball Kobe Bryant ou encore le quart-arrière Michael Vick. Cette différence de traitement s’explique par le fait que contrairement à ces derniers, Armstrong a triché dans le cadre de ses compétitions. Lui a escroqué le cyclisme, alors que les autres ont commis leurs méfaits en dehors de leur discipline.
Dans le communiqué rédigé pour rendre publique sa décision, Nike emprunte les mots de la fermeté, pour ne pas dire du dépit, qui favorise la formulation d’une question dont l’UCI est le sujet. D’autant qu’outre Nike et consorts, Armstrong a dû démissionner de sa fonction de président de Livestrong, organisation vouée à la lutte contre le cancer. La question ? Après le rapport très accablant de l’USADA, chargé aux États-Unis du combat contre le dopage, après les gestes posés par Nike et autres, qu’attend l’UCI pour les imiter ?
Jusqu’à présent, cette administration s’est distinguée par le flou, c’est le moins qu’on puisse dire, avec lequel elle a choisi de gérer le « cas » Armstrong. Pour reprendre l’expression de journalistes européens ayant enquêté sur le cycliste mais également sur son alchimiste préféré, le docteur italien Michele Ferrari, les relations entre Armstrong et la haute direction de l’UCI étaient « pour le moins particulières. » Un exemple ? L’UCI refuse encore et toujours de fournir aux scientifiques de l’USADA les échantillons « suspects » prélevés lors du Tour de Suisse de 2001. Ici et là, on avance qu’Armstrong a acheté le silence du président de l’UCI à l’époque des faits évoqués. Fait à noter, l’actuel patron de l’UCI, Pat McQuaid, a admis qu’Armstrong avait effectivement versé une somme destinée alors à… « l’aide au développement du cyclisme » (sic).
En attendant que l’UCI mette un terme à cette valse rythmée à l’enseigne du cynisme et de l’intérêt financier aussi particulier que très personnel, il est étonnant, sidérant, très curieux, d’observer qu’Armstrong jouit encore de soutiens aussi nombreux. Qu’on imagine : après la décision de Nike et autres, un super PAC républicain chargé de recueillir des fonds pour les besoins publicitaires de Mitt Romney a décidé de lancer une pétition et un appel à l’argent frais pour soutenir le champion déchu. Pff !
Aussi tordue soit-elle, cette initiative est au fond un écho parmi d’autres au culte du tout se vaut, rien n’est grave, nivelons par le bas et autres contradictions de la moindre introduction ou injection du minimum éthique. À croire que la logique des droits a terrassé celle des devoirs. Et même du plus timide d’entre eux.








