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Le conflit syrien - Le pire scénario?

On douterait que le conflit syrien soit en constante mutation qu’il suffirait de s’attarder sur le regain de tension, prononcé et récent, entre deux pays qui ont rarement eu des relations sereines. De qui s’agit-il ? La Turquie et la Russie. Pour reprendre les mots du président turc Abdullah Gül, « les scénarios du pire » sont en train de « se matérialiser ». C’est dire.

Dans la nuit de jeudi, l’état-major Turc n’a pas fait dans le détail. Il a envoyé une escadrille de jets détourner un avion de ligne, un avion civil portant les couleurs de la compagnie nationale syrienne et qui faisait la navette entre la Russie et Damas. Le prétexte évoqué par Ankara ? Cet avion transportait des armes destinées au gouvernement de Bachar al-Assad. On s’en doute, si le premier ministre turc, Recep Erdogan, assure que de l’équipement et des munitions ont été trouvés, les dirigeants russes ont argué le contraire et annoncé dans la foulée que la visite du président Vladimir Poutine, prévue à l’agenda du court terme, avait été remise aux calendes grecques.


Cela rappelé, la « découverte » turque a eu une conséquence à retenir comme à méditer : elle a enflammé l’opinion publique turque. Histoire de ne pas être en reste, le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a tenu à marteler que « tous les plans nécessaires à la défense et à la protection de la Turquie sont en place ». Et ce, au lendemain et juste au lendemain d’une sortie publique remarquée. Celle du patron des armées turques qui a prévenu la Syrie que si un autre obus tombe en sol turc, là où sont regroupés les exilés syriens, la riposte serait beaucoup plus musclée que celles commandées jusqu’alors. On se rappellera qu’au début de la semaine, cinq civils turcs ont été tués par un engin tiré à partir du territoire syrien.


Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour avancer que les acteurs en présence sont en train de mettre la table de l’escalade du conflit. Un conflit, dans le pire des cas, propre à déstabiliser un Moyen-Orient que tout un chacun sait très fragile, propre à transformer une guerre circonscrite à la Syrie en une guerre régionale. Un conflit, dans le pire des cas, si l’on ose dire, qui déboucherait sur ce que des experts appellent une « irakisation » du dossier. Autrement dit, un conflit qui serait plus sanglant qu’il ne l’a été jusqu’à présent parce qu’animé par une foule d’acteurs.


Déjà, au cours des récentes semaines, on a observé que des salafistes-djhiadistes avaient rejoint l’armée de libération syrienne (ALS), que le Qatar et l’Arabie saoudite étaient plus présents, plus actifs, notamment sur le plan financier, qu’ils ne l’avaient été jusqu’à présent, que les Kurdes syriens profitent du vacuum afférent à la guerre civile pour mieux coller, mieux se rapprocher des Kurdes irakiens. Quoi d’autre ? Pas plus tard qu’hier, le Parlement turc a voté la prolongation des frappes militaires contre les Kurdes de Turquie retranchés dans le Kurdistan irakien. Quoi d’autre (bis) ? Le Conseil national syrien (CNS) est sur la sellette.


En effet, ce dernier a fait la preuve, mille fois plutôt qu’une, de son immaturité politique, de son incompétence sur beaucoup de fronts pour la bonne et plate raison qu’il regroupe une myriade de chefs aux petits pieds. Autrement dit, de personnalités qui gèrent davantage leur fonds de commerce respectif au lieu de s’attarder à la défense comme à la promotion du bien commun. Malgré les soutiens apportés notamment par le gouvernement turc et certaines chancelleries, ils sont loin d’avoir atteint les objectifs politiques qu’ils s’étaient fixés à l’été 2011. Ce faisant, ils se sont aliénés bien des dirigeants, on pense en particulier aux Européens, très agacés par leurs incessants louvoiements. Et cela, les Russes l’ont bien compris, ainsi qu’en font foi leurs récentes provocations qui ont d’ailleurs convaincu Erdogan d’affirmer ces jours-ci : « Qui veut la paix prépare la guerre. » Vertigineux !

 
 
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