Caricatures de Mahomet - La France adopte des mesures de sécurité
Les organisations musulmanes appellent à ne pas céder à la «provocation»
La France a pris mercredi des mesures de sécurité anticipant un possible regain de colère de musulmans après la publication par l’hebdomadaire Charlie Hebdo de caricatures de Mahomet, alors que les manifestations contre un film anti-islam s’étendent dans le monde.
Les craintes se concentrent sur vendredi, journée de prière dans les pays musulmans et qui pourrait donner lieu à une mobilisation accrue contre l’Occident. La vague de violences déclenchée par le film américain dénigrant le prophète Mahomet a fait une trentaine de morts depuis une semaine dans le monde arabo-musulman. Et la publication par le journal français satirique de dessins sur la controverse créée par ce film amateur, dont deux représentent nu le prophète des musulmans, a provoqué des réactions en série à l’étranger et en France.
Al-Azhar, la plus haute autorité de l’islam sunnite, dont le siège est au Caire, a condamné ces caricatures « portant atteinte à l’islam et à son prophète », et les islamistes d’Ennahda au pouvoir en Tunisie ont estimé que les musulmans avaient « le droit de protester » après « cette nouvelle attaque contre la personne du Prophète ».
Dès mercredi les autorités yéménites ont renforcé la sécurité autour de l’ambassade de France à Sanaa, tandis que la dizaine d’établissements scolaires français de Tunisie étaient fermés à la mi-journée.
Au Caire, une dizaine de fourgons de la police égyptienne et deux véhicules de pompiers équipés de canons à eau étaient stationnés autour de l’ambassade de France. Écoles et centres culturels français dans le pays devaient fermer dès jeudi.
À Paris, la sécurité a été renforcée autour de l’immeuble abritant la rédaction de Charlie Hebdo, victime d’un incendie criminel en novembre 2011 après la publication de dessins représentant Mahomet.
Les caricatures visent généralement plus les responsables du film et les islamistes que la religion musulmane elle-même.
Liberté de la presse
Une plainte a été déposée au parquet de Paris contre le journal pour « provocation à la haine ».
Les autorités françaises ont insisté mercredi sur le droit à la liberté de la presse tout en appelant « chacun à la responsabilité ». « La liberté d’expression c’est un droit fondamental, la liberté de caricature fait partie de ce droit fondamental », a relevé le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, tandis que son homologue aux Affaires étrangères, Laurent Fabius, jugeait que ces caricatures jetaient de « l’huile sur le feu ».
Tout en condamnant des « dessins insultants à l’égard du prophète », les organisations musulmanes ont appelé à ne pas céder à la « provocation ». Le recteur de la Grande mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, a annoncé la lecture d’un message d’apaisement au cours de la prière vendredi.
Une manifestation contre le film islamophobe devant l’ambassade des États-Unis prévue samedi à Paris a aussi été interdite.
Après une semaine de violences anti-américaines, les États-Unis avaient annoncé mardi avoir pris « des mesures fortes » pour protéger leurs ambassades et consulats.
Restrictions d’accès
Les protestations contre le film américain anti-islam ont continué de se propager mercredi dans le monde arabo- musulman.
Au Liban, où le mouvement chiite du Hezbollah libanais a appelé à manifester, des hommes armés ont ouvert le feu sur un établissement de restauration rapide américain à Nabatiyeh, sans faire de victimes, selon un responsable de sécurité.
Au Pakistan, environ 500 avocats ont réussi à pénétrer dans une zone très sécurisée où est située l’ambassade américaine. Les autorités pakistanaises ont décrété un jour férié national vendredi en l’honneur de Mahomet.
En Afghanistan, un millier d’étudiants ont manifesté pacifiquement à Jalalabad, la principale ville de l’est du pays, en appelant à « la mort de l’Amérique » et des « ennemis de l’islam », selon des témoins.
Mardi, un attentat suicide visant un minibus sur une autoroute menant à l’aéroport de Kaboul avait provoqué la mort de huit Sud-Africains, d’un Kirghize et de trois Afghans. Le groupe Hezb-e-Islami, la deuxième composante la plus importante des insurgés afghans après les talibans, a revendiqué cet attentat.
En Asie, une première manifestation anti-américaine a réuni plusieurs centaines de personnes au Sri Lanka : des femmes y frappaient des photos du président Obama à coups de manches à balai. Et les autorités des Maldives ont interdit aux habitants de visionner le film sous peine de problèmes avec la justice.
Le site de partage en ligne de vidéos YouTube a annoncé qu’il étendait à l’Arabie saoudite ses restrictions d’accès au film, déjà en vigueur en Égypte et à la Libye où les violences avaient éclaté.








