Manifestations antiaméricaines - Le Canada choisit la prudence
Les ambassades du Caire, de Tripoli et de Khartoum ont été fermées dimanche par crainte de violences islamistes
La nouvelle a été confirmée dimanche par le cabinet de John Baird, ministre canadien des Affaires étrangères. « Par mesure de sécurité préventive et pour assurer la protection du personnel canadien, nous avons fermé nos ambassades au Caire, à Tripoli et à Khartoum pour la journée », a affirmé Rick Roth, membre du cabinet des affaires étrangères. L’ambassade du Soudan restera fermée lundi pour une deuxième journée consécutive.
Vendredi déjà, le ministre John Baird affirmait ne pas prendre à la légère la flambée de violence, dont l’attentat au lance-roquettes qui a mis le feu au consulat américain de Benghazi en Libye. « Je l’ai déjà dit, notre personnel diplomatique n’est pas du personnel militaire, a-t-il soutenu. Ces personnes-là ne sont pas payées pour mettre leur vie en danger. C’est ma responsabilité de m’assurer que nos employés sont protégés. Nous avons fermé notre ambassade en Iran, car nous pensons que les risques y étaient particulièrement élevés. »
En Libye, une cinquantaine de personnes ont été arrêtées dimanche à la suite de l’enquête sur l’attaque du consulat de Benghazi, cinq jours après un « attentat planifié », selon Tripoli, qui a coûté la vie à l’ambassadeur des États-Unis, Christopher Stevens, et à trois autres Américains. Selon le président du parlement libyen, Mohammed al-Megaryef, qui s’est exprimé sur les ondes de CBS News, « un petit nombre » d’assaillants étaient des étrangers entrés en Libye, « certains depuis le Mali et l’Algérie ». Les autres étaient « des complices, peut-être des sympathisants ».
Pour Tripoli, l’attaque ne serait pas en lien avec les violences provoquées par le film qui ridiculise le prophète Mahomet. Cet assaut « était planifié, c’est certain, par des étrangers, par des gens entrés dans le pays il y a plusieurs mois, a soutenu Mohammed al-Megaryef. Et ils prévoyaient cette attaque criminelle depuis leur arrivée ».
Ces propos corroborent ceux d’al-Qaïda déclarant que l’attentat était motivé par la mort du numéro 2 de la nébuleuse islamiste, Abou Yahya al-Libi, tué en juin dans une attaque américaine au Pakistan. Prenant le contre-pied des affirmations libyennes, l’ambassadrice américaine à l’ONU, Susan Rice, a soutenu sur la chaîne ABC que le drame de Benghazi n’avait été ni planifié ni coordonné. Le drame a commencé mardi, selon elle, par un rassemblement « spontané et non pas prémédité » contre le film, à l’instar de ce qui se passait le même jour en Égypte. « Des gens s’étaient rassemblés à l’extérieur du consulat avant que cela devienne très violent et que des extrémistes lourdement armés se jettent dans la mêlée », a insisté Mme Rice sur la chaîne Fox News. « Nous ne voyons pas de signes, en l’état actuel, d’un projet coordonné, d’une attaque préméditée. » Mais elle affirme qu’il faudra attendre les « confirmations définitives de l’enquête du FBI ». Jusqu’à présent, Washington est resté extrêmement prudent et avare de commentaires, attendant les résultats de l’enquête officielle avant de se prononcer.
De nouvelles violences
À Karachi, la capitale économique du Pakistan, au moins huit personnes ont été blessées dans des affrontements entre la police et des manifestants devant le consulat américain. La police a tiré en l’air et a fait usage de gaz lacrymogène et de canons à eau pour disperser un millier de personnes qui s’étaient rassemblées à l’appel d’une organisation religieuse chiite. Des manifestants sont parvenus à franchir le cordon des forces de l’ordre et se sont approchés du bâtiment fortement gardé du consulat américain sur lequel ils ont lancé des pierres. « À bas l’Amérique », « Nous sacrifierons nos vies pour sauvegarder l’honneur du prophète », « Pendez le réalisateur du film », criaient les protestataires.
Au Caire, en Égypte, pour la quatrième journée consécutive, des affrontements devant l’ambassade des États-Unis auraient fait un mort. La police égyptienne n’a toutefois pas confirmé ce décès.
Des manifestations contre le film islamophobe se sont également déroulées dans une vingtaine de pays du monde arabo-musulman, souvent devant les ambassades américaines, faisant un total de onze morts, dont quatre à Tunis (Tunisie), deux à Khartoum (Soudan) et un au Liban.
Environ 300 personnes ont aussi manifesté pacifiquement dimanche devant l’ambassade des États-Unis à Londres. Plusieurs manifestants brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « mort aux É.-U. », tandis que la foule criait « Allah est grand ». Une première manifestation, qui avait rassemblé pacifiquement quelque 150 personnes, avait été organisée au même endroit vendredi, après la prière musulmane.
De son côté, le chef du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, a appelé à manifester au Liban dès lundi contre le film Innoncence of Muslim. « Vous devez montrer au monde entier votre colère et vos cris, lundi et les jours qui suivent », a déclaré le chef du mouvement chiite sur la chaîne du Hezbollah. Il a appelé tous ses partisans à manifester et s’est adressé aux musulmans à travers le monde pour les exhorter à réagir à ce film qu’il décrit comme « la pire attaque contre l’islam, pire encore que Les versets sataniques [roman de Salman Rushdie publié en 1988], que le fait de brûler des exemplaires du Coran en Afghanistan ou que les caricatures du prophète Mahomet » publiées par un journal au Danemark en 2005.
Devant les agressions contre leurs représentations diplomatiques, les États-Unis ont envoyé cent marines en Libye et cinquante autres au Yémen. Le Soudan a refusé l’entrée des forces spéciales américaines. Washington a ordonné samedi soir l’évacuation de tout son personnel non essentiel de Tunisie et du Soudan.
D’après AFP et La Presse canadienne








