Colombie: les FARC tentent d’entrer sur la scène politique
Issue d’une insurrection paysanne en 1964, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) vont participer pour la quatrième fois en 30 ans à des pourparlers avec le gouvernement, synonymes d’espoir mais aussi d’incertitude pour la rébellion marxiste.
À la tête d’environ 9000 combattants, selon les autorités, essentiellement repliés dans les régions rurales, la principale guérilla du pays a perdu plus de la moitié de ses troupes depuis son âge d’or dans les années quatre-vingt-dix.
Mais pour le politologue Leon Valencia, directeur de la fondation Nuevo Arco Iris, spécialisée dans le conflit colombien, « le nombre de guérilleros n’est pas le point clé ». « Le grand point fort des FARC ne réside pas aujourd’hui dans son recrutement, mais le soutien social », affirme M. Valencia, estimant que la guérilla compte dans la société civile « 30 000 personnes très proches, des militants actifs ».
Lors des premières négociations avec les autorités dans les années quatre-vingt, les FARC ont déjà tenté de s’aventurer sur la scène publique avec la création de l’Union Patriotique (UP). Une vitrine politique dont les membres furent la cible d’une vague d’assassinats - près de 3000 - notamment de la part de milices paramilitaires d’extrême droite. Le meurtre de son candidat présidentiel Jaime Pardo mit fin en 1987 à l’aventure.
Parmi les dirigeants de l’UP figurait Ivan Marquez, l’un des hauts responsables des FARC, désigné jeudi comme l’un de leurs émissaires pour les prochains pourparlers de paix.
« Cette conversion en mouvement politique, sans armes, est possible puisqu’elle a déjà eu lieu avant, dans un autre contexte, explique Alvaro Villaraga, expert de la fondation Culture démocratique. Ce processus avait échoué car il n’y a pas eu de garanties efficaces. »
Une nouvelle perspective s’ouvre aujourd’hui pour les FARC dans un pays où la mobilisation sociale, alimentée par de fortes inégalités économiques, n’a pas faibli. Cette année, un mouvement, baptisé « Marche patriotique » et lié aux FARC selon les autorités, a organisé à Bogotá une manifestation pour marquer sa création, rassemblant quelque 1700 organisations de paysans, indigènes ou étudiants autour d’un programme de gauche mais hostile à la lutte armée.








