Crispations pour quelques îles - Le Japon s’accroche aux «confettis» de son empire perdu
Pour l’histoire, la fierté nationale, mais aussi des raisons économiques et stratégiques, le Japon est prêt à tenir tête à ses puissants voisins chinois et sud-coréens, voire russe, pour sa souveraineté sur quelques îles, autant de « confettis » de son empire perdu.
En un mois, Tokyo a encaissé deux sévères humiliations lorsque le premier ministre russe, Dimitri Medvedev, et le président sud-coréen, Lee Myung-Bak, sont allés parader sur des rochers que le Japon considère comme lui appartenant : une île des Kouriles du sud (« Territoires du Nord » pour Tokyo) dans le premier cas, les îles Takeshima (leur nom nippon) en mer du Japon pour le second.
Tokyo a également fort à faire à son extrême sud, concernant des îles proches de Taïwan, appelées Senkaku au Japon, que Pékin réclame avec force, et où quelques militants pro-chinois ont débarqué symboliquement le 15 août… jour anniversaire de la capitulation du Japon impérial. Quatre jours plus tard, des nationalistes japonais débarquaient à leur tour pour planter le drapeau national.
Fin juillet, le premier ministre japonais, Yoshihiko Noda, est allé jusqu’à affirmer qu’il pourrait envoyer les forces d’autodéfense (l’armée japonaise) pour les défendre. Propos « irresponsables » pour Pékin qui a fait part de son « vif mécontentement ».
En allant « narguer » Tokyo sur les îles Dokdo (les Takeshima japonaises), Lee Myung-Bak a élargi un peu plus le fossé entre les deux pays pourtant liés par d’importants liens économiques. Fureur de Tokyo qui envisage désormais de suspendre toute rencontre bilatérale à haut niveau.
Vu de loin, ces crispations pour quelques « cailloux » peuvent paraître démesurées. A à y regarder de plus près, toutefois, l’enjeu économique est évident : autour des Senkaku (Diaoyu pour la Chine) et Takeshima, les eaux sont poissonneuses et les fonds pourraient receler du pétrole et du gaz.
Ces îles ont par ailleurs une valeur stratégique indéniable car elles sont autant d’avant-postes possibles face à l’»expansionnisme » maritime chinois qui inquiète toute la région, notamment en mer de Chine du Sud.
« Senkaku, c’est une fenêtre sur le continent. Si le Japon perd ces îles, il perd une part importante d’une ligne de défense », analyse Hideshi Takesada, un spécialiste japonais des affaires asiatiques à l’université Yonsei en Corée du Sud.
Inquiétude américaine
La tension actuelle peut aussi s’expliquer par de moins avouables raisons de politique intérieure : une élection présidentielle en Corée du Sud en décembre, le renouvellement cet automne de l’appareil politique chinois, et de probables législatives anticipées au Japon avant la fin de l’année.
« La question territoriale est taboue ici. Après la Seconde guerre mondiale puis la guerre froide, l’Europe a plus ou moins réglé cet héritage, ce n’est pas le cas en Asie. Il y a encore de nombreuses questions territoriales non résolues. Et la Corée est toujours divisée », dit à l’AFP Takashi Terada, un spécialiste des questions Asie-pacifique à l’université Doshisha de Kyoto.
À noter que c’est à cause des îles Kouriles que Moscou et Tokyo n’ont toujours pas formellement signé de traité de paix depuis la fin de la Seconde guerre mondiale.
Dans ce climat, ces « confettis » sont idéaux pour faire vibrer la corde patriotique.
C’est dans ce contexte que le 15 août deux ministres japonais sont allés au très controversé sanctuaire Yasukuni à Tokyo, à l’occasion de l’anniversaire de la capitulation, une première depuis trois ans.
La réputation sulfureuse de ce sanctuaire shintoïste tient au fait que les noms de 14 criminels de guerre condamnés par les Alliés y ont été secrètement ajoutés en 1978 à ceux des 2,5 millions de soldats dont la mémoire est honorée dans ce lieu de culte.
Tout cela est regardé non sans préoccupation par Washington qui voit ses deux principaux alliés asiatiques - Japon et Corée du Sud - se raidir alors que le président Barack Obama a fait de l’Asie une priorité de sa politique étrangère. « Nous voulons que nos deux puissants alliés résolvent ensemble leurs problèmes », a commenté lundi le Département d’État.








