Le président Mohamed Morsi s’impose à la tête de l’Égypte
Le président égyptien, Mohamed Morsi, apparaissait hier en position de force après avoir écarté le puissant ministre de la Défense et chef de l’armée, le maréchal Hussein Tantaoui, et annulé les larges prérogatives politiques dont bénéficiaient les militaires.
Les États-Unis ont appelé les militaires et le gouvernement à travailler ensemble, en disant espérer que « l’annonce du président Morsi serve les intérêts du peuple égyptien».
« Nous allons continuer à travailler avec les dirigeants civils et militaires de l’Égypte pour avancer sur les différents points qui nous intéressent », a ajouté le porte-parole de la Maison-Blanche.
Le Pentagone a indiqué pour sa part qu’il comptait poursuivre son étroit partenariat avec l’armée. Les États-Unis accordent une aide annuelle militaire d’environ 1,3 milliard à l’Égypte, allié-clé de Washington au Moyen-Orient.
La presse égyptienne a qualifié de révolutionnaires ces décisions annoncées à la surprise générale la veille, certains médias s’inquiétant toutefois de voir M. Morsi, issu des Frères musulmans, concentrer désormais d’énormes pouvoirs entre ses mains.
« Les Frères officiellement au pouvoir », titrait le journal indépendant Al-Watan, tandis qu’un hebdomadaire proche de certains cercles militaires, Al-Ousboua, dénonçait « la dictature des Frères ».
La Bourse du Caire a réagi à ces annonces par une hausse de 1,5 % de l’indice de référence EGX-30. « Les annonces de M. Morsi sont perçues comme pouvant favoriser la stabilité du pays », estime l’analyste financier Moustafa Badra.
En revanche en Israël, lié depuis 1979 par un accord de paix avec l’Égypte, l’inquiétude était de mise. « Il est prématuré de faire des évaluations car tout est en devenir en Égypte, mais nous suivons de très près et avec quelque inquiétude ce qui s’y passe », a affirmé un responsable gouvernemental sous couvert de l’anonymat.
Ce coup de théâtre survient alors que sur le plan de la sécurité, l’Égypte fait face à une grave crise dans le Sinaï, où 16 de ses gardes-frontières ont été tués le 5 août près de la frontière avec Israël et Gaza. L’armée égyptienne mène depuis une large offensive contre les « éléments terroristes » dans la péninsule.
M. Morsi a de fait mis fin à la tutelle que lui imposait le CSFA, qui s’était, dans la foulée de la dissolution de l’Assemblée dominée par les islamistes, octroyé en juin le pouvoir législatif, limitant considérablement la marge de manoeuvre du président élu au même moment.
Le chef de l’État a également récupéré à son compte la possibilité de former une nouvelle commission chargée de rédiger la Constitution, en cas de blocage des travaux de la commission actuelle.
Outre la mise en retraite de M. Tantaoui et du numéro deux du CSFA, le général Sami Annan, M. Morsi a fait sortir du haut conseil militaire les chefs de la marine, de l’aviation et de la défense aérienne, pour leur confier des postes élevés dans le secteur public.
Le chef de la marine, le vice-amiral Mohab Mamich, prend ainsi la direction de l’organisme chargé du canal de Suez, une des premières sources de revenus du pays.
Un autre membre du CSFA, le général Abdel Fattah al-Sissi, chef du renseignement militaire, remplace à la Défense le maréchal Tantaoui, à ce poste pendant 20 ans.








