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Procès des Pussy Riot - Le tortionnaire

Depuis hier, Moscou est la capitale de la disproportion absolue. Il en est ainsi depuis que le procureur a requis trois ans de détention en camp d’internement pour les trois jeunes femmes membres du groupe musical Pussy Riot qui, au printemps dernier, ont interrompu une cérémonie religieuse en priant la Vierge Marie de libérer la Russie de Vladimir Poutine. On insiste : leur chanson s’adressait à la Vierge et n’était donc pas une charge contre la religion. Autrement dit, on ne peut les accuser de blasphème.

On comprend aisément que leur intervention ait choqué les croyants comme on est en droit d’être choqué par les profanations récentes des lieux de culte musulman et juif en France. Mais de grâce… commander trois ans d’internement alors qu’elles viennent de passer cinq mois derrière les barreaux parce que leur acte a été jugé comme étant du hooliganisme est à l’image de la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Cinq mois c’était déjà trop, trois ans relève de la déviance autoritaire. Du césarisme dont Poutine est si friand.


À preuve, la ribambelle de lois qu’il a imposées depuis son retour dans le fauteuil présidentiel et qui ont pour dénominateur commun ceci : la volonté de revanche contre ceux et celles qui l’hiver et le printemps dernier ont contesté ses saillies antidémocratiques. Un, une loi a été ciselée afin d’écraser l’esprit de manifestation, l’organisation de celle-ci. Deux, une loi a été confectionnée afin de réduire l’action des ONG étrangères, toutes considérées comme inféodées aux États-Unis dont le but ultime est « de saper les fondements de l’État russe. » Trois, une loi a été composée afin d’établir une liste noire de sites dits déviants, mais qui visent en fait ceux qui critiquent le régime. Qui le critiquent d’autant plus que la légitimité de la télévision a été réduite à une peau de chagrin. Quoi d’autre ? Le pouvoir a ordonné la réinsertion dans le Code pénal de l’article pénalisant la calomnie publique contre les juges, les procureurs, les enquêteurs, les huissiers et les jurés. Ce faisant, Poutine s’est doté de l’outil lui permettant de museler la figure de proue de la contestation de son régime, soit le blogueur Alexeï Navalny.


De cet attelage de la répression, le procès de Pussy Riot en est le symbole. En effet, la présidente du tribunal a pris un soin particulier, voire maniaque, à guillotiner les requêtes formulées par leurs avocats. On veut faire témoigner untel ? Niet. On veut interroger tel témoin de l’accusation ? Deux fois niet. À l’évidence, Poutine veut la Russie à sa botte. Il n’est pas président. Juste un Homo sapiens sovieticus qui se distingue de ses ancêtres par le port de la cravate. Point !

 
 
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