Le premier ministre syrien fait défection
Le premier ministre syrien, Riad Hijab, a fait défection hier et rejoint l’opposition, devenant le plus haut responsable à rompre avec le régime du président Bachar al-Assad en 16 mois de conflit en Syrie, où des combats sanglants continuent de faire rage.
L’armée a bombardé sans relâche les quartiers rebelles à Alep et des combats entre insurgés et soldats avaient lieu dans d’autres régions du pays où 137 personnes ont encore péri - 82 civils, 39 soldats et 16 rebelles, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).
Face à l’escalade, les défections ont touché la tête du gouvernement, même si la gestion de la crise est du ressort du clan rapproché de M. Assad.
Riad Hijab, un sunnite nommé premier ministre il y a deux mois par le président de confession alaouite, a fait défection avec sa famille en Jordanie en raison des « crimes de guerre et de génocide » commis par le régime, a annoncé son porte-parole à Amman, Mohamed Otri.
Le ministre syrien de l’Information, Omrane al-Zohbi, a confirmé implicitement la défection, mais en a minimisé l’impact. Il a démenti la défection d’autres membres du gouvernement, après l’annonce de la fuite de deux ministres non identifiés par l’opposition syrienne.
Après cette défection, le chef du Conseil national syrien (CNS), la principale coalition de l’opposition, Abdel Basset Sayda, a estimé que « le régime se désagrège ».
Et les États-Unis ont parlé d’une « nouvelle indication du fait qu’Assad a perdu le contrôle de la Syrie ».
M. Hijab devrait s’installer au Qatar qui accueille déjà plusieurs hauts responsables civils ayant fait défection, selon son porte-parole.
D’après un membre du CNS, Khaled Zein el-Adibine, la défection de M. Hijab a été coordonnée par l’opposition, « l’Armée syrienne libre [ASL, rebelles] les ayant aidés à passer la frontière ».
Cette défection est la plus importante parmi les responsables du régime Assad depuis le début en mars 2011 de la révolte populaire qui s’est transformée en insurrection armée face à la répression sanglante menée par le pouvoir.
Des proches du régime, des diplomates et de nombreux généraux ont fait défection ces 16 derniers mois.
Un général de l’armée, accompagné de cinq officiers et d’une trentaine de soldats, est encore arrivé en Turquie pour rejoindre l’opposition, selon l’agence Anatolie, ce qui porte à 31 le nombre de généraux ayant fui en Turquie. Dimanche, trois officiers des renseignements politiques à Damas, dont deux frères issus du clan du vice-président sunnite Farouk al-Chareh, avaient trouvé refuge en Jordanie, selon Kassem Saad Eddine, porte-parole de l’ASL en Syrie.
Entre-temps les violences ne connaissaient pas de répit. À Damas, un attentat à la bombe a visé le siège de la radio-télévision d’État faisant des blessés légers mais sans perturber la poursuite des programmes.
Pour autant, cette attaque a une forte portée symbolique puisqu’elle a visé le principal outil d’information du régime, de surcroît dans un quartier ultraprotégé de la capitale que l’armée avait affirmé contrôler totalement.
Mais selon l’OSDH, des combats continuaient à Roukneddine dans le nord de Damas, de même que dans la localité de Harasta, dans la province de Damas, soumise à de violents bombardements et où des affrontements entre soldats et déserteurs faisaient rage.
Une brigade de la rébellion armée qui a revendiqué le rapt de 48 Iraniens samedi en Syrie a affirmé que trois des otages ont été tués dans le pilonnage de la province de Damas.
À Alep, poumon économique du pays, l’armée a bombardé à l’artillerie lourde plusieurs quartiers, a précisé cette ONG basée en Grande-Bretagne et qui tire ses informations et bilans d’un réseau de militants et de témoins. Des combats avaient aussi lieu dans les quartiers Chaar et Hanana.
Le chef de la mission de l’ONU en Syrie, le général Babacar Gaye, se disant « extrêmement inquiet », a appelé les protagonistes à protéger les civils à Alep et à respecter les lois humanitaires.










