Le courant revient en Inde
La panne constitue un épisode très embarrassant pour ce pays émergent qui s’est beaucoup développé depuis dix ans
Si la panne de courant qui a privé mardi la moitié des Indiens d’électricité est rétablie, elle suscite des réactions de colère dans la presse locale et soulève des questions sur l’état des infrastructures du pays.
Tous les réseaux électriques tombés en panne dans une vingtaine d’États du nord de l’Inde mardi ont été réparés, a indiqué hier matin un haut responsable de la compagnie électrique nationale.
« L’électricité a été restaurée pleinement à travers les réseaux du Nord, de l’Est et du Nord-Est », a déclaré S.K. Soonee, directeur à la Power System Operation Corporation (PSOC), après le black-out géant et sans précédent qui a privé d’électricité 600 millions d’habitants, soit la moitié de la population indienne.
L’électricité a été entièrement rétablie pendant la nuit, grâce à l’intervention des ingénieurs de PSOC, la compagnie publique qui gère le système électrique.
La méga-panne de la veille a touché une zone s’étendant de la frontière pakistanaise aux confins du Nord-Est près de la Chine, incluant la capitale New Delhi, Calcutta et Lucknow.
Au total, 20 États sur 29 ont été touchés, selon un calcul de l’AFP. L’électricité est peu à peu revenue, zone par zone, dans l’après-midi, la soirée puis la nuit.
Embarras des autorités
Lundi, une énorme panne électrique s’était déjà produite, affectant 300 millions d’habitants dans le nord. Ces deux interruptions de plusieurs heures, sur de vastes régions, ont causé le chaos dans les transports, métros et trains, bloqué 200 mineurs sous terre et livré à la moiteur de la mousson des millions de personnes, en l’absence de climatisation.
Le gouvernement a annoncé une enquête pour déterminer les causes de ce black-out, un épisode très embarrassant pour ce pays émergent qui s’est beaucoup développé et a affiché des taux de croissance élevés depuis dix ans.
« C’est une situation très difficile et des solutions devront être trouvées », a déclaré le nouveau ministre de l’Énergie, Veerapa Moily, nommé mardi, lors de nombreuses interviews à la télévision, dont une a été interrompue… faute de courant.
Selon les responsables gouvernementaux, les deux pannes successives ont été causées par des États qui ont dépassé leurs capacités autorisées d’approvisionnement sur leur réseau, provoquant un effet domino.
« Je ne vais pas commencer le jeu de c’est la faute à… Le gouvernement fédéral et les États devront travailler ensemble sur cela, a ajouté le ministre de l’Énergie. Le fait est que la demande d’énergie est énorme à travers l’Inde, et nous devons essayer de maintenir le rythme avec celui du développement. »
Sans courant et sans idées
La presse indienne était particulièrement remontée hier matin, estimant que le gouvernement n’avait pas la volonté politique d’appliquer les réformes nécessaires pour améliorer le réseau électrique.
« Sans courant et sans idée », titrait le Times of India, tandis que l’Economic Times déclarait « L’Inde superpuissance. Repose en paix ».
Pour la Confédération de l’industrie indienne, l’image du pays à l’étranger a subi un grave revers. En tant qu’une des économies émergentes les plus dynamiques, « il est impératif que nos infrastructures basiques » répondent aux aspirations des acteurs économiques du pays, a déclaré le directeur général de l’organisation, Chandrajit Banerjee, dans un communiqué.
L’Inde est en quête de nouvelles sources d’approvisionnement énergétique pour alimenter sa croissance. Les coupures de courant y sont extrêmement fréquentes, mais elles ne sont en général que d’assez courte durée.
L’électricité est tirée essentiellement du charbon, mais le pays voudrait faire passer la part du nucléaire dans la production électrique de 3 % actuellement à 25 % d’ici à 2050.








