L’alphabet de l’apartheid
New Delhi – Dans une société qui bloque l’accès à l’éducation à des millions d’enfants pauvres depuis des siècles sans autre motif que leur « mauvaise » naissance, une nouvelle loi présente une rare occasion d’« expiation », pour reprendre le mot de Harsh Mander, poète et militant indien. La loi est mieux connue sous son sigle RTE (Right to Education). Pour beaucoup parmi les élites indiennes, les classes moyennes et les « nouveaux riches » - qui ne demandent pas mieux que de faire semblant que la pauvreté au milieu de laquelle ils circulent ne les concerne pas -, le RTE est immédiatement devenu synonyme de menace à leurs monopoles et de frein à leur ascension sociale. Ils ne voient absolument pas ce qu’ils ont à expier. Pour des gens comme M. Mander, qui ont l’intelligence sociale de voir plus loin que le bout de leur nez, par-delà leurs intérêts de caste et de classe, l’application du RTE pourrait marquer « un grand tournant dans notre histoire, comparable à la déségrégation des écoles aux États-Unis pendant le mouvement des droits civiques des années 1960 ». M. Mander n’est pas journaliste, il n’exagère donc pas. L’école indienne est un affreux foyer d’apartheid.
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