Syrie - Combats et exode à Damas
Sans surprise, la Russie et la Chine opposent de nouveau leur veto à une résolution de l’ONU
Les rebelles syriens ont pris hier le contrôle de la frontière avec l’Irak et se sont emparés d’un poste-frontière avec la Turquie, infligeant un nouveau camouflet au régime de Bachar al-Assad, au cinquième jour de combats d’une violence inédite dans la capitale, Damas.
À l’ONU, la Russie et la Chine ont provoqué la colère des Occidentaux en opposant pour la troisième fois leur veto à une résolution du Conseil de sécurité prévoyant des sanctions contre le régime syrien. Moscou a justifié sa décision en affirmant que la résolution ouvrait la voie à une intervention militaire en Syrie.
Ce veto remet en question la médiation de Kofi Annan et la mission des observateurs onusiens. M.Annan s’est dit d’ailleurs « déçu de constater qu’à ce moment crucial le Conseil n’a pu s’unir afin d’agir de manière ferme et concertée ».
La Maison-Blanche a jugé « extrêmement regrettable » ce double veto, estimant qu’il signifiait que la mission d’observation de l’ONU « ne peut pas se poursuivre ». Washington a promis d’agir désormais en dehors du cadre des Nations unies dans ce dossier.
L’ONU a toutefois décidé d’envoyer à Damas un haut responsable militaire pour prendre en main la mission après le départ du général Robert Mood, en attendant une décision politique sur le sort des observateurs.
Le silence d’Assad
Coupant court aux rumeurs alimentées par le silence de M.Assad après l’attentat sans précédent qui a tué mercredi trois de ses proches collaborateurs, un conseiller du président a affirmé à l’AFP qu’il se trouvait au palais présidentiel à Damas, où « il dirige les destinées du pays ».
La télévision d’État a diffusé des images le montrant avec le nouveau ministre de la Défense, Fahd al-Freij - qui remplace Daoud Rajha, tué avec le beau-frère du président, Assef Chawkat - et Hassan Turkmani, le chef de la cellule chargée de réprimer la révolte.
Leurs funérailles nationales sont prévues aujourd’hui à Damas, alors que les militants antirégime ont appelé à des manifestations à travers le pays sur le slogan « le ramadan de la victoire sera écrit à Damas », en allusion à la « bataille de libération » de la capitale syrienne lancée par les rebelles.
Les violences redoublent
Sur le terrain, les violences ont continué de plus belle, faisant au moins 248 morts à travers le pays, soit « le plus lourd bilan documenté depuis 16mois », selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).
Hier en fin de soirée, le bilan des affrontements s’établissait à 109 civils, 93 soldats et 46 militants ou déserteurs, a précisé le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane, joint par l’AFP. Les combats entre les forces régulières syriennes et les rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL) se sont concentrés sur Damas, mais ont également fait rage à Homs, Alep, Idleb et Hama, selon l’ONG. « C’est le plus lourd bilan documenté depuis 16mois », a-t-il assuré.
Avec l’accélération des événements dramatiques à Damas, le chef du Conseil national syrien (CNS), Abdel Basset Sayda, a estimé que le régime vivait « ses derniers jours ».
Devant l’offensive des rebelles à Damas, l’armée a intensifié ses opérations, prenant d’assaut pour la première fois un quartier de la capitale, Qaboun, avec « plus de 15 chars et transports de troupes blindés », selon l’OSDH.
Une source de sécurité a prévenu que les combats se poursuivraient pendant les 48 prochaines heures jusqu’à « nettoyer Damas des terroristes avant le début du ramadan ». Les autorités qualifient de « terroriste » le mouvement de révolte lancé contre elles en mars 2011.
« Jusqu’à présent, l’armée avait fait preuve de retenue dans ses opérations, mais depuis l’attentat [de mercredi], elle est décidée à utiliser toutes les armes en sa possession pour en finir avec les terroristes », a ajouté cette source.
L’armée a demandé à la population de s’éloigner des zones de combats dans la capitale où la vie est presque paralysée avec des rues bloquées, des magasins fermés et des taxis de plus en plus rares.
Au moment où des milliers de personnes fuyaient les violents combats dans la capitale et que la peur s’y installait à la veille du début du mois de jeûne musulman du ramadan demain, les autorités irakiennes ont affirmé que les rebelles syriens avaient pris le contrôle de la frontière avec l’Irak voisin.
« La totalité des postes-frontière entre l’Irak et la Syrie sont désormais sous le contrôle de l’Armée syrienne libre » (ASL, essentiellement composée de déserteurs), a annoncé le vice-ministre irakien de l’Intérieur, Adnan al-Assadi.
À la frontière avec la Turquie, les rebelles se sont emparés du poste-frontière de Bab al-Hawa.
Des réfugiés
Selon une source de sécurité libanaise, plus de 18 600 Syriens, originaires notamment de la région de Damas, ont fui depuis mercredi au Liban. Les autorités irakiennes ont pour leur part fait état de milliers d’Irakiens fuyant la Syrie.
Israël empêchera les réfugiés syriens d’entrer sur le plateau du Golan, a par ailleurs prévenu hier le ministre israélien de la Défense, Éhoud Barak, lors d’une visite sur place.
Les responsables israéliens suivent de près la dégradation de la situation chez leur voisin syrien et s’inquiètent de possibles débordements au-delà de la frontière.
Éhoud Barak a estimé que les réfugiés syriens, qui fuient déjà vers la Turquie et la Jordanie, pourraient tenter de se rendre sur le plateau du Golan, pris par Israël à la Syrie en 1967.
« Si nous devons bloquer l’afflux de réfugiés, nous le bloquerons »,a déclaré le ministre Barak dans un communiqué.
Les récentes tentatives israéliennes de blocage dans le Golan se sont soldées par des échecs. À deux reprises en 2011, des centaines de militants propalestiniens avaient tenté d’entrer sur le territoire israélien à partie de la Syrie, provoquant des affrontements avec les forces de sécurité israéliennes.
La dégradation de la situation en Syrie inquiète Israël, qui craint que les djihadistes profitent du chaos qui y règne pour se procurer des armes et attaquer Israël.
La frontière israélo-syrienne est relativement calme depuis 1974.








