Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

Tragédie d’Oslo - Il y a un an, Breivik, l’horreur, l’islam…

20 juillet 2012 | Jean-Michel Landry - Étudiant en anthropologie à l’Université de Californie | Actualités internationales

Lorsque, le 22 juillet 2011, l’horreur a frappé la Norvège en son coeur, nombre d’analystes y ont vu l’oeuvre de groupes islamistes. À ceux qui ont dénoncé cette faute professionnelle, on a répondu que certains étaient peut-être allés vite en affaire, mais qu’après le 11-Septembre, cela n’avait rien d’étonnant.


Or l’esquive ne tient pas. Car, rappelons-le, la propension à associer islam et terrorisme ne date ni d’hier ni de l’après-11-Septembre. Les attentats qui ont secoué Oklahoma City en 1995 avaient été, eux aussi, attribués à des groupes islamistes. Et ce, jusqu’à ce qu’on apprenne que l’auteur était, lui aussi, un militant d’extrême droite. L’événement mérite qu’on y revienne.


Le 19 avril 1995, l’explosion d’un bâtiment fédéral à Oklahoma City provoqua la mort de 169 personnes. Quelques heures après la détonation, les chaînes CBC et ABC annoncent que la piste du terrorisme islamiste est privilégiée. Le New York Times abonde dans le même sens et, le surlendemain, le New York Post précise que des terroristes musulmans cherchent à détruire le mode de vie américain.


De passage dans la ville, deux Pakistanais sont montrés du doigt. Mais après que Timothy McVeigh, un militant américain d’extrême droite, est reconnu coupable, la piste du djihadisme est abandonnée. On considérera l’attentat comme un acte de « terrorisme domestique ».


À première vue, la couverture médiatique des attentats de Norvège semble obéir à un schéma similaire. À peine le massacre annoncé, l’hypothèse islamiste est évoquée. Un soi-disant expert du terrorisme islamiste affirme avoir des preuves. Puis la machine médiatique s’emballe. Le Sun de Londres évoque un « 11-Septembre norvégien » ; le Washington Post sermonne ceux qui critiquent la dérive sécuritaire américaine.


La guerre au terrorisme, répète-t-on, est loin d’être terminée. À Oslo, des immigrants seront molestés. Trois jours plus tard, coup de théâtre : l’auteur du massacre n’a rien d’un islamiste. C’est au contraire un islamophobe. Dans le champ médiatique, un formidable retournement s’opère. Pour en saisir la portée, le précédent d’Oklahoma City est instructif.

 

Déviance et folie


En 1995, l’hypothèse islamiste sera rejetée aussitôt qu’on apprit qu’un sympathisant du mouvement paramilitaire américain était à l’origine de l’attentat. En 2011, on persistera à déceler derrière l’acte d’Anders Breivik la trace de l’islamisme radical. Le massacre, dira-t-on, est « djihadiste » dans sa forme et son ampleur. Ainsi le New York Times avance que les attentats d’Oslo sont d’inspiration djihadiste ; que l’islamisme radical les a rendus possibles. Comme si le terrorisme n’appartenait pas à l’histoire occidentale.


Si les attentats d’Oklahoma City ont été qualifiés de « terrorisme domestique », ce ne fut pas le cas en Norvège. Là, la notion même de « terrorisme » a été écartée dès qu’on a su qu’un grand blond aux yeux bleus en était l’auteur et que… l’islam n’était pas en cause. On invoquera la déviance et la folie.


Que doit-on comprendre ? Que le terme « terrorisme » désigne non plus un certain type d’acte, mais plutôt un acte commis par un certain type de personne (un étranger, musulman de préférence) ? On peut à tout le moins observer que le couplage opéré entre islam et terrorisme pour expliquer les attentats de Norvège ne fait pas qu’insulter les musulmans.


Ce couplage masque le caractère occidental des doctrines et idées à l’origine du carnage, l’islamophobie au premier chef. Ainsi, le traitement du crime d’Anders Breivik laisse entendre que le terrorisme est le propre de sociétés lointaines, que ces attentats sont un cas isolé, un acte de déviance fondamentalement étranger à notre histoire et à notre culture. Or c’est faux. L’affaire Breivik n’est pas qu’une question individuelle et médicale. C’est un problème politique qu’il nous faut regarder en face.


***
 

Jean-Michel Landry - Étudiant en anthropologie à l’Université de Californie

 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel