Femmes afghanes - Pour Najiba
L’exécution barbare d’une femme, sous prétexte d’adultère, à cent kilomètres de Kaboul, confirme le besoin pressant de mieux soutenir la progression des droits des Afghanes et démontre l’inefficacité choquante de l’aide internationale, 11 ans après la chute des talibans. La lutte aux « crimes moraux » est ardue.
Najiba avait 22 ans. Sur une vidéo d’une brutalité choquante, on voit la jeune femme exécutée froidement sous les balles d’une Kalachnikov par un mari l’accusant d’adultère, cette fameuse zina (rapport sexuel non autorisé) condamnée par la loi afghane. Selon des données colligées par des groupes tels Human Rights Watch, quelque 400 femmes et filles croupissent dans les prisons afghanes pour de tels «crimes moraux», soit la moitié des détenues. C’est dire l’état affligeant dans lequel se trouve encore la condition féminine en Afghanistan, et ce, malgré des avancées notables depuis la chute du régime taliban. Une décennie de présence internationale n’a pas réussi à infléchir le système de lois ni, surtout, à fracasser une culture d’enseignement de l’infériorité des femmes, entretenue par ailleurs par un président Karzaï ambigu.
Au printemps dernier, Human Rights Watch a publié I Had to Run Away, un rapport percutant sur l’immensité des progrès à accomplir en matière d’amélioration de la condition féminine. À partir d’entrevues effectuées dans trois prisons afghanes auprès de femmes (mineures et majeures), l’organisation a constaté que leurs histoires rimaient avec mariages forcés ou à un trop jeune âge, sévices physiques, viols, prostitution, enlèvements et menaces de mort. Ces femmes ont abouti en prison pour avoir tenté de fuir la violence domestique. En tournant le dos à ce sort familial, elles sont tombées dans les pièges tendus par le système.
Un système qui criminalise ces femmes en fuite, plutôt que de les soutenir. Un système où les procureurs transforment des victimes de viol en coupables de zina, le crime moral le plus puni, avec la fuite du domicile. La cuirasse des « crimes moraux » est difficile à percer. Les femmes sont deux fois victimes : la première fois dans l’intimité, la seconde face au système, qui les condamne au moment de leur fuite, offrant en prime à l’agresseur l’impunité absolue.
La communauté internationale s’indigne. À Tokyo, dimanche, il fut décidé qu’elle allongera 16 milliards de dollars (dont 227 millions venus du Canada) pour parfaire la reconstruction d’un pays ravagé par la guerre, après le départ des troupes de l’OTAN en 2014. Mais elle brandit ses conditions, au nombre desquelles, justement, la garantie - si garantie il y a - que plus, beaucoup plus sera fait au chapitre toujours désolant des droits des femmes.
On a eu beau avoir fait des pas de géant dans le champ de la scolarisation des filles (5000 écolières en 2001, 2,4 millions en 2011), la moitié d’entre elles ne prennent toujours pas le chemin de l’école tous les matins. Et sur le plan des mentalités - régies par un système policier, un establishment juridique, des agences gouvernementales -, il faut que les pas aient été nettement insuffisants pour que des histoires comme celle de Nijiba se produisent, sous l’oeil horrifié du monde, mais dans l’indifférence générale au bercail.
Le soutien financier est indispensable, ne serait-ce que pour mettre en place des refuges prêts à abriter les femmes en fuite. Mais ensemble, les 80 nations prêtes à ouvrir leurs coffres devraient exiger plus : la modification des lois perpétuant ce système archaïque et, surtout, de la cohérence de la part du président Hamid Karzaï, qui, début mars, a donné son appui à l’autorité religieuse suprême, le Conseil des oulémas, au moment où il affirmait que « l’homme est fondamental et la femme secondaire »…








