Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?
Abonnez-vous!
Publicité

Kaboul face à son avenir

L’Afghanistan survivra-t-il au départ des forces internationales? À Kaboul, Afghans et Occidentaux croisent les doigts, a constaté Le Devoir.

Un jeune garçon s’amuse avec une roue au sommet d’une des collines de Kaboul. Logée au cœur des montagnes, la ville de Kaboul pourrait se retrouver sur une carte postale - si ce n’était de ces chars d’assaut qui traversent de temps en temps la capitale afghane et rappellent que le pays est toujours en guerre.
Photo : La Presse canadienne (photo) Ahmad Jamshid Un jeune garçon s’amuse avec une roue au sommet d’une des collines de Kaboul. Logée au cœur des montagnes, la ville de Kaboul pourrait se retrouver sur une carte postale - si ce n’était de ces chars d’assaut qui traversent de temps en temps la capitale afghane et rappellent que le pays est toujours en guerre.
Depuis 2001, le Canada a investi 1,4 milliard de dollars en aide au développement en Afghanistan, y a envoyé quelque 39 000 soldats et a vu y périr 158 d’entre eux. D’ici mars 2014, l’armée pliera bagage, a confirmé Stephen Harper ce printemps. Qu’adviendra-t-il alors de ce pays déchiré par des décennies de guerre ? Nul ne le sait, et personne à Kaboul n’ose le prédire. Car il reste tout un lot de défis, comme en ont témoigné militaires et fonctionnaires rencontrés dans la capitale afghane.

Tous plaident que de grands progrès ont été accomplis dans ce pays d’Asie du Sud-Ouest. L’entraînement des Forces de sécurité nationale afghanes (FSNA) va bon train, les jeunes fréquentent l’école, les femmes retrouvent une petite place dans la société et le gouvernement se remet sur pied. Mais pressé de questions, chacun reconnaît néanmoins qu’il reste du chemin à faire et que les changements apportés ne sont pas encore irréversibles.

 

Une carte postale


Logée au coeur des montagnes, la ville de Kaboul pourrait se retrouver sur une carte postale - si ce n’était de ces chars d’assaut qui traversent de temps en temps la capitale et rappellent que le pays est toujours en guerre. Suffit aussi d’une balade en véhicule civil blindé de l’armée pour se rappeler la réalité : pas question de ralentir, encore moins de s’arrêter. La menace est omniprésente.


Il reste donc 20 mois aux forces internationales pour s’assurer que les Afghans ont de solides bases pour prendre en main leur destin. Car bientôt, ils seront livrés à eux-mêmes. Seront-ils capables de résister aux insurgés ? « J’aimerais bien vous donner une réponse, car c’est la question que tout le monde me pose », répond un haut fonctionnaire en poste à Kaboul. L’environnement y demeure « extrêmement volatil ». D’un jour à l’autre, la sécurité précaire de la capitale pourrait basculer. « Deux ans, autant cela peut être long, autant c’est un court laps de temps », commente à son tour le brigadier-général John Madower, à la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS).


L’ambassade canadienne a d’ailleurs été la cible d’une attaque à la mi-avril, tout comme celle des États-Unis. Les insurgés s’étaient postés dans des bâtiments en construction - il y en a plusieurs à Kaboul, signe que l’économie reprend vie, se réjouit l’Occident. Ils ont envoyé des roquettes dans la « zone verte », qui abrite de nombreuses ambassades et le quartier général de la FIAS. L’armée canadienne et les fonctionnaires vantent le travail des FSNA, qui ont maîtrisé ce jour-là la situation en une vingtaine d’heures. La preuve qu’ils sont en voie de pouvoir protéger eux-mêmes leur pays, plaident-ils tour à tour. Mais dans les rues de Kaboul, on interprète différemment l’incident. Tim Goddard, civil canadien qui mène en Afghanistan un projet financé par l’Agence canadienne de développement international (ACDI), rapporte que l’opinion populaire a plutôt analysé que les insurgés « testaient l’Armée nationale afghane » et le temps qu’elle met pour répliquer à une attaque.


Les talibans n’ont pas capitulé. Régulièrement, les médias internationaux font état d’attentats à l’extérieur de la capitale, occupée par une trentaine de bases de l’OTAN et qui représente un petit havre de paix relative au sein d’un pays toujours déchiré par des violences.

 

Un État autonome


L’objectif du gouvernement afghan n’est d’ailleurs plus de défaire la force insurgée. « Quelle est la définition du succès ? De fournir au gouvernement d’Afghanistan les forces de sécurité capables de défendre sa souveraineté et d’empêcher les insurgés de se trouver des lieux de refuge et ensuite menacer la communauté internationale », explique le major-général Jim Ferron, commandant de la mission canadienne et commandant adjoint de celle de l’OTAN.


Pour le moment, l’armée canadienne affirme que les Afghans sont sur la bonne voie. Les forces de la coalition ont déjà entraîné bon nombre de soldats et policiers, au-delà des 352 000 qui seront financés par l’argent international après 2014. Les forces de sécurité afghanes seront-elles assez nombreuses pour empêcher le pays de tomber à nouveau ? Difficile à prédire, réplique-t-on. Et le gouvernement afghan saura-t-il financer lui-même armée et police, lorsque l’Occident cessera de payer la facture ? Pas de réponse là non plus.


Outre la sécurité, qui pourrait bien basculer lorsque l’OTAN quittera l’Afghanistan, les Afghans s’inquiètent aussi de voir des citoyens déserter. Car lorsque les forces internationales partiront, bon nombre d’Afghans perdront leur emploi. Pour chaque employé de la FIAS, cinq locaux ont aussi un poste. Les ambassades embauchent en outre des Afghans à forfait, tout comme le millier d’organisations non gouvernementales au pays. Des interprètes, des chauffeurs, des cuisiniers, des gardiens de sécurité, bien payés, et qui parlent souvent anglais. Dans les rues, on craint l’exode. Un scénario qui est aussi redouté parmi les classes sociales les plus éduquées, où certains discutent déjà de préparatifs en vue d’envoyer leur progéniture vers l’Europe, ou encore les États-Unis ou le Canada, rapporte Tim Goddard.

 

Une « décennie de transformation »


De 2014 à 2024, ce sera la « décennie de transformation ». Au terme de cette période, le gouvernement afghan prévoit être autosuffisant. Pour le moment, 80 % de son produit intérieur brut provient de l’aide internationale. Mais cela peut changer, notamment en encourageant des compagnies à investir au pays, estime-t-on à l’ambassade canadienne. Y a-t-il des intéressés au Canada ? Seulement une poignée, reconnaît-on. L’entreprise torontoise Kilo Goldmines était la première, et demeure la seule, à avoir déniché un contrat.


Les Afghans devront donc compter encore quelques années sur leurs partenaires internationaux, au-delà du retrait militaire en 2014. Un plan de match qui doit commencer à prendre forme à la Conférence de Tokyo sur l’Afghanistan, qui débute demain. Le Canada doit annoncer sa propre contribution. Ottawa verse depuis 2011 une enveloppe de 291 millions de dollars sur trois ans. La prochaine somme sera dans « le même ordre de grandeur », indique-t-on à l’ACDI.


Mais dans les années à suivre, la communauté internationale exigera en revanche que l’Afghanistan se redresse pour de bon, et surtout que l’argent qui lui est versé ne disparaisse pas dans la corruption - un problème extrêmement répandu au pays. Les pays donateurs pourraient en outre exiger des améliorations en matière de droits de la personne.


Sur le plan militaire, rien n’est encore réglé. La FIAS sait qu’elle terminera sa contribution dans deux ans. Des quelque 30 bases que compte l’OTAN dans la région de Kaboul, quatre resteront ouvertes à la suite du retrait. Mais comme rien n’a été précisé par le pouvoir politique pour la suite - publiquement du moins -, impossible pour la capitaine Melissa Marshall de prévoir. Dans chaque camp, on avoue espérer que le Canada ne se retire pas complètement, ou qu’un allié vienne prendre la relève. Car on craint que les Afghans ne parviennent pas à eux seuls à poursuivre l’entraînement des forces de sécurité. Officiellement, cependant, on persiste à croire au potentiel du pays. Et à une carte postale qui affichera un jour un paysage d’Afghanistan, qui accueillait jadis des touristes. « J’aimerais revenir ici en vacances, dans dix ans », se permet de rêver le major-général Ferron. Deux semaines après cet entretien, 20 personnes ont été tuées par des talibans dans un centre de villégiature au bord d’un lac, à l’ouest de Kaboul.

 

Le voyage de familiarisation à Kaboul a été payé par le ministère canadien de la Défense.

Un jeune garçon s’amuse avec une roue au sommet d’une des collines de Kaboul. Logée au cœur des montagnes, la ville de Kaboul pourrait se retrouver sur une carte postale - si ce n’était de ces chars d’assaut qui traversent de temps en temps la capitale afghane et rappellent que le pays est toujours en guerre. Un homme vend des ballons à Kaboul.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer
Publicité
Articles les plus : Commentés|Aimés
Articles les plus : Commentés|Aimés
Blogues
Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel