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Une armée afghane aux compétences incertaines

Leur mission de combat étant terminée, les militaires canadiens s’affairent, non sans difficulté, à former les soldats, policiers et médecins afghans de demain

En vertu des règles établies par les Afghans, personne n’échoue à la formation de base de neuf semaines qu’offrent les troupes canadiennes au camp Blackhorse. Les soldats peuvent s’absenter, avec ou sans permission, pendant 30 jours. Au-delà, leur salaire est coupé.
Photo : Associated Press En vertu des règles établies par les Afghans, personne n’échoue à la formation de base de neuf semaines qu’offrent les troupes canadiennes au camp Blackhorse. Les soldats peuvent s’absenter, avec ou sans permission, pendant 30 jours. Au-delà, leur salaire est coupé.
La formation de l’armée nationale afghane (ANA) va bon train. Si bien que l’objectif fixé par l’OTAN est déjà atteint : l’ANA compte quelque 197 000 membres, alors qu’à compter de 2014 les forces internationales n’en subventionneront que 195 000. Mais les recrues sont-elles toutes du calibre espéré par l’OTAN ? Sur ce plan, le bilan est moins reluisant.

Au quartier général de la mission de formation de l’OTAN en Afghanistan, on s’enorgueillit d’avoir entraîné et équipé autant de soldats. Officiellement, oui, ils sont tous à la hauteur. Mais officieusement, certains soldats chargés d’entraîner les Afghans ne sont pas aussi optimistes.
 
Premier hic : en guerre depuis des décennies, bien des Afghans estiment qu’ils savent déjà se battre et n’ont rien à apprendre en la matière. « C’est un peu difficile parce qu’ils n’acceptent pas de blâme pour quoi que ce soit. Ils aiment faire porter la faute aux autres », note par ailleurs le colonel Rory Radford, qui dirige les opérations au Camp Blackhorse — où une centaine de soldats canadiens entraînent des milliers d’Afghans.
 
Les difficultés sont aussi d’ordre culturel. Au départ, il était difficile de commencer les cours à l’heure prévue. « Ils arrivaient à temps, mais n’allaient pas immédiatement à la formation. » Si ce problème s’est résorbé, d’autres subsistent. Les jours de paie, bon nombre de recrues disparaissent — les groupes diminuent parfois de moitié. L’espace d’une journée, parfois plus. Le temps d’aller porter les sous à leur famille. Et pendant le mois du ramadan, le tiers des soldats peuvent s’absenter. « Si les soldats sont ici et qu’ils participent à l’entraînement, la qualité des soldats est bonne », plaide le colonel Radford. Mais certains des soldats canadiens à qui est confié l’entraînement ne posent pas le même constat. « Pas à la hauteur de mes standards à moi, en tout cas », laisse tomber l’un d’eux.
 
Défi ethnique

En vertu des règles établies par les Afghans, personne n’échoue à la formation de base de neuf semaines qu’offrent les troupes canadiennes au camp Blackhorse. Les soldats peuvent s’absenter, avec ou sans permission, pendant 30 jours. Au-delà, leur salaire est coupé. Mais rien n’empêche qu’ils reviennent en poste par la suite, reconnaît le colonel Radford.
 
Quand on lui demande si plusieurs Afghans abandonnent leur entraînement à mi-parcours, il se fait peu loquace. L’armée canadienne n’a pas — ou ne fournit pas — de données sur le nombre de déserteurs. Des observateurs estiment cependant que l’ANA perd des soldats au profit des talibans, qui récupèrent certains de leurs hommes s’étant fait passer pour de simples citoyens désireux de s’enrôler. Là encore, le colonel Radford a peu de commentaires. Il refuse de se prononcer sur le recrutement d’ex-talibans qui disent vouloir se repentir. « Le gouvernement [afghan] a un programme de réinsertion de talibans, mais c’est bien au-dessus de moi », se défend-il. Quant aux attentats perpétrés par des individus en uniforme de l’armée ou de la police que rapportent les manchettes internationales, ce sont de simples querelles entre recrues, avance-t-il.
 
La composition ethnique de l’Afghanistan constitue un autre défi. La majorité pachtou doit composer avec plusieurs minorités ethniques, Tadjiks, Hazaras, Ouzbeks, Turkmènes, et autres. Puisque le gouvernement afghan s’est engagé à faire une place à chacun de ces groupes, le recrutement de l’armée et de la police s’en trouve compliqué. Car les Afghans tiennent à respecter à la lettre ce principe. « Ce qui rend les choses un peu difficiles. Car selon nous, ils prennent cela un peu trop à la lettre et ils ne devraient pas être si contraignants quant aux taux d’acceptation », note la colonelle Josée Robidoux, commandante de la formation de l’armée. Résultat : des individus qui obtiennent une note supérieure à l’examen d’entrée pourraient être exclus de l’ANA afin de permettre le recrutement de membres d’un autre groupe ethnique. La colonelle Robidoux dit cependant douter que ce scénario se soit produit, puisque l’OTAN recrutait depuis deux ans en grande pompe afin de créer une armée locale.
 
D’ici 2014, les forces de l’armée afghane, qui compte aujourd’hui 197 000 membres, seront réduites à quelque 195 000. Comment ? Nul ne le sait. On verra. Le chiffre a été établi par les Américains, en fonction de l’argent nécessaire — et disponible — pour les payer, les loger, les nourrir, maintenir leur équipement en bon état, etc. Dans moins de deux ans, les Canadiens auront quitté le camp Blackhorse. Le sort du centre d’entraînement repose entre les mains du gouvernement afghan, et des sous dont il disposera pour poursuivre l’entraînement et le recrutement de son armée.
 
Pour faire accepter aux Canadiens la plus récente prolongation de la mission en Afghanistan (la 4e depuis 2002), le gouvernement fédéral martèle, à Ottawa, que l’armée canadienne y défend désormais un objectif pacifique : doter les troupes afghanes des outils nécessaires pour se défendre elles-mêmes. Mais à plus de 10 000 km de là, les soldats, eux, ne sont pas enchantés. « Ce n’est pas pour ça que je me suis enrôlé », déplore l’un d’eux, qui explique qu’il s’est fait soldat pour se battre, pas pour être enseignant.
 
Le voyage de familiarisation à Kaboul a été payé par le ministère de la Défense.

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Le Canada en Afghanistan

La mission

Mission de l’OTAN : environ 40 pays, 6000 agents de formation (50 % d’entre eux sont Américains)
 
Mission canadienne de formation en Afghanistan : Opération Attention, près de 1000 soldats et 45 policiers canadiens sur le terrain. Il s’agit de la deuxième plus importante contribution de la coalition, selon la Défense nationale.

Bases hébergeant des soldats canadiens :
 Kaboul 12 ; Mazar-e-Sharif 1
Retrait des Forces canadiennes et internationales : 2014

Contribution totale du Canada : plus de 2 milliards

Contribution de l’ACDI : 1,667 milliard

Contribution actuelle de l’ACDI : 291 millions de 2011 à 2014

 
La mise sur pied des forces afghanes

Contribution financière pour les forces de sécurité nationales afghanes, 2015-2017 : 110 millions par année de la part du Canada ; 41 milliards par année de la part de la communauté internationale.

Forces de sécurité nationale afghanes : l’Occident financera environ 352 000 soldats et policiers afghans après 2014.

Objectif pour l’Armée nationale afghane : 195 000 soldats

Objectif pour la Police nationale afghane : 157 000 policiers

Chiffres fournis par le gouvernement canadien

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L’Afghanistan

Population : 30,4 millions, dont 3,6 millions à Kaboul

Superficie : 652 000 km2, comparable au Manitoba

Groupes ethniques : 42 % Pachtou, 27 % Tadjik, 9 % Hazara, 9 % Ouzbek, 4 % Aimak, 3 % Turkmène, 2 % Baloutches, 4 % autres.
 
Langues : Afghan persique ou Dari (langue officielle) 50 %, Pachtoune (langue officielle) 35 %, langues turques (principalement l’Ouzbèke et le Turkmène) 11 %, 30 langues minoritaires (principalement le Baloutche et le Pashai) 4 %.

Religions : 80 % musulmans sunnites, 19 % musulmans chiites, 1 % autres.
 
Ressources naturelles : gaz naturel, pétrole, charbon, cuivre, fer chromé, talc, barytine, soufre, plomb, zinc, minerai de fer, sel, pierres précieuses et semi-précieuses.
 
Budget : revenus 1,58 milliard; dépenses 3,3 milliards.

Taux d’alphabétisme : 28,1 % (43,1 % des hommes, 12,6 % des femmes)

Taux de chômage : 35 %

Population sous le seuil de la pauvreté : 36 %, ce qui en fait le 10e pays le plus pauvre de la planète. L’Afghanistan est aussi le 3e pays le plus corrompu.

Chiffres tirés du CIA Factbook
 
 
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