WikiLeaks publiera 2,5 millions de courriels syriens
« WikiLeaks a commencé à publier les “ Syria files ” [dossiers syriens], plus de deux millions de courriels de personnalités politiques syriennes, de ministères et d’entreprises datant d’août 2006 à mars 2012 », a déclaré la porte-parole du site, Sarah Harrison, lors d’une conférence de presse à Londres.
Les courriels n’ont cependant pas été rendus accessibles au grand public. Ils ont été transmis en avant-première à des partenaires média de WikiLeaks : Al Akhbar (Liban), Al Masry Al Youm (Égypte), ARD (Allemagne), Associated Press (États-Unis), L’Espresso (Italie), Owni (France) et Publico.es (Espagne). D’autres partenaires devraient être annoncés dans les prochains jours.
Le cas Finmeccanica
Les 2 484 899 courriels écrits en arabe, en russe ou en anglais « révèlent comment les sociétés occidentales disent une chose et en font une autre », selon la porte-parole de WikiLeaks, montrant du doigt notamment la firme de défense Finmeccanica.
Celle-ci a continué de fournir son assistance au régime de Bachar al-Assad - accusé par de nombreuses organisations non gouvernementales de crimes contre l’humanité en cautionnant entre autres des actes de torture - pour un système de communications ultra-sophistiqué même après le début de la répression de la révolte populaire initiée en mars 2011, selon des courriels diffusés par WikiLeaks et repris hier par l’hebdomadaire italien L’Espresso.
Le contrat pour la fourniture par Selex Elsag - filiale du groupe Finmeccanica, contrôlé par l’État italien - de son système crypté Tetra date de 2008, mais Selex a continué d’envoyer des ingénieurs et de fournir son assistance au régime syrien jusqu’à une période très récente, accusent L’Espresso et le journal en ligne espagnol Publico. L’accord portant sur 40 millions d’euros (50 millions$CAN) avait été signé par Selex avec la Syrian Wireless Organization (SWO) pour l’installation de cette technologie d’avant-garde avec la collaboration de la multinationale gréco-russe Intracom Telecom.
« Les dirigeants de Selex et Finmeccanica étaient-ils conscients que leurs produits se seraient retrouvés aux mains de la garde prétorienne de Bachar al-Assad ? », s’interroge L’Espresso.
Fin mai 2011, les Syriens « disent être intéressés par “ une expansion de 25 % du projet ” sans en expliquer la finalité » et « le 25 juillet Selex répond être disposée à en parler avec la SWO », poursuit L’Espresso.
L’Espresso cite un courriel embarrassant qui « annonce l’arrivée d’ingénieurs de Selex à Damas pour enseigner l’utilisation du réseau de communication et son emploi aussi sur les hélicoptères, en date de février 2012 quand le drame syrien est déjà une affaire mondiale ».
Publico publie pour sa part un courriel sur un accord datant du 16 juillet 2011 qui « prouve que quand il était du domaine public que la répression syrienne causait des dizaines de morts au quotidien, Selex Communications et Intracom Telecom ont continué de fournir de la maintenance et des mises à jour au réseau Tetra ».
« Tout cela faisait partie d’un accord avec Finmeccanica qui est contrôlée par Rome [le ministère de l’Économie détient plus de 30 % de son capital] », déplore Publico.
Irak et Afghanistan
WikiLeaks s’est déjà illustré ces deux dernières années par la publication de rapports « ultra-secrets » de l’armée américaine en Irak et en Afghanistan et de quelque 250 000 câbles diplomatiques américains, qui avaient provoqué le courroux de Washington.
Les derniers documents révélés par WikiLeaks « sont embarrassants pour la Syrie, mais sont également embarrassants pour les opposants extérieurs à la Syrie », a souligné le fondateur du site, Julian Assange, dans une déclaration faite depuis l’ambassade de l’Équateur à Londres, où il s’est réfugié depuis deux semaines.
Le « cyber-warrior » de l’information, sous le coup d’une extradition vers la Suède où il est recherché dans une affaire de viol et d’agression sexuelle présumés, se cache de crainte d’être chassé à terme vers les États-Unis qui pourraient le juger pour espionnage.
Le contenu des « dossiers sur la Syrie » est « une importante base de données », a précisé Sarah Harrison hier. « Cela prendra du temps avant que [toutes] les histoires sortent », a-t-elle ajouté.
La publication de ces courriels, dont certains émanent selon WikiLeaks des ministères des Affaires étrangères et des Affaires présidentielles de la Syrie, intervenait à la veille d’une réunion internationale aujourd’hui à Paris censée discuter du sort du président syrien, Bachar al-Assad.








