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La torture en Syrie - La nation sacrifiée

Dans le rapport qu’il a consacré à la torture en Syrie, l’organisme Human Rights Watch (HRW) emploie un terme qui en dit très long sur l’étendue de cette plaie : un archipel. De quoi ? De centres qui saignent dans tous les coins et recoins du pays les opposants ou supposés tels. L’inventaire de HRW a été publié, c’est à noter, au lendemain d’un sommet qui résume à lui seul le fiasco diplomatique dont les droits de la personne font les frais.

Au terme de 200 entretiens effectués avec autant de personnes, HRW a été en mesure d’établir l’éventail des sévices infligés, de préciser la géographie des lieux concernés et même d’indiquer l’identité respective des 27 chefs des centres en question. Le tout accompagné notamment du commentaire suivant : « Les services de renseignement dirigent un archipel de centres de torture disséminés dans tout le pays. En publiant le nom des emplacements, en décrivant les méthodes de torture et en identifiant les responsables nous avertissons les personnes responsables des actes qu’elles auront à répondre de ces horribles crimes. » De cette politique d’État qui n’est rien de moins qu’un crime contre l’humanité.


À ce propos, HRW déploie tout au long du travail accompli une insistance logeant à l’enseigne du juridique. La raison ou la justification de celle-ci est toute simple à expliquer : la Syrie n’a jamais ratifié le traité de Rome qui a donné naissance à la Cour pénale internationale (CPI). De fait, pour traduire devant les tribunaux les tortionnaires, il faudrait que le Conseil de sécurité de l’ONU adopte une résolution commandant une exposition du cas syrien devant la CPI.


Jusqu’à présent, la Chine et surtout la Russie se sont appliquées à tuer dans l’oeuf tous les efforts poursuivis par le Conseil de sécurité en la matière. À ce propos, sous la plume d’Ole Solvang, la principale rédactrice du rapport, on peut lire que « la portée et le degré d’inhumanité dont ce réseau de centres de torture fait preuve sont tout simplement atroces. La Russie ne devrait pas tendre une main protectrice en direction des personnes qui sont responsables de telles atrocités ».


Tendre une main protectrice au bénéfice de Bachar al-Assad et sa clique, mais aussi à son propre bénéfice, la Russie l’a fait tout au long du sommet voulu, organisé à Genève par l’émissaire spécial de l’ONU et de la Ligue arabe, Kofi Annan. Le document composé au terme des négociations par le Groupe d’action, ainsi qu’il se nomme, consacre la victoire de la Russie à tous égards. À tel point qu’il dépasse en fait l’entendement.


En effet, il est proposé qu’un gouvernement provisoire exerçant, c’est à retenir, tous les pouvoirs exécutifs soit mis sur pied. Celui-ci pourrait rassembler des membres du gouvernement actuellement en place à Damas et des personnalités qui combattent Assad depuis maintenant 15 mois. Le choix des personnes se ferait, tenez-vous bien, sur la base « du consentement mutuel ». Ce n’est pas tout.


Les Occidentaux ont consenti un énorme abandon. Jusqu’à la fin de la semaine dernière, ils exigeaient que toute réorganisation du pouvoir en Syrie ait pour préalable le départ d’Assad. Tout récemment, ils avaient même suggéré que la Russie l’accueille jusqu’à ce qu’ils fassent l’impasse là-dessus. Quoi d’autre ? Aucun calendrier du changement politique n’a été fixé. Quant à l’embargo sur les livraisons d’armes, toutes russes d’origine, il a disparu lui aussi du radar des négociateurs.


Cette victoire, d’ailleurs écrasante, du Kremlin est attribuable essentiellement au chapelet de craintes qui habitent habituellement Barack Obama. À moins de cinq mois des élections présidentielles, Obama veut tout faire pour éviter un autre engagement militaire dans le monde arabe. En outre, il veut tout faire pour éviter un désaccord avec la Russie dont il espère une certaine bienveillance, si l’on peut dire, sur un autre dossier : l’Iran. En un mot, la Syrie a été sacrifiée sur l’autel de la realpolitik.

 
 
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