La Syrie: «archipel de la torture» d’Al-Assad
Basé sur plus de 200 témoignages d’anciens détenus, mais également d’anciens membres des forces de sécurité, le document de 78 pages révèle notamment l’emplacement de 27 centres de torture à travers la Syrie, en plus de lever le voile sur l’identité des responsables de ces installations.
Si les victimes de la torture sont pour la majorité âgées de 18 à 35 ans, l’organisation non gouvernementale (ONG) a aussi interrogé des femmes, des enfants et des vieillards.
Quatre agences de renseignement syriennes connues sous le nom de moukhabarat sont à la tête de ce vaste réseau de centres de détention qui pratiquent la torture et d’autres mauvais traitements. Il s’agit de la Sécurité militaire, la Sécurité politique, le Directoire des renseignements généraux et la Sécurité de l’armée de l’air - l’une des plus cruelles, où les prisonniers sont brûlés avec de l’eau bouillante ou de l’acide.
Des prisonniers sont maintenus « dans des positions de stress douloureuses sur de longues périodes, souvent à l’aide d’équipements spécialement conçus à cet effet », poursuit Human Rights Watch, qui dénonce également « le recours à l’électricité », « les brûlures à l’acide de batteries de voitures », « les agressions et humiliations sexuelles », « l’arrachage des ongles » et « les simulacres d’exécutions ».
Geôles surpeuplées
Les ex-détenus rencontrés par l’ONG ont en outre évoqué des centres de détention surpeuplés, une mauvaise alimentation et le refus systématique d’aide médicale. D’ailleurs, plusieurs des individus incarcérés à la suite du soulèvement contre le régime du président Bachar al-Assad, en mars 2011, ont raconté avoir vu des personnes mourir sous la torture.
« La torture […] est le produit d’une politique nationale », martèle Nadim Houry de Human Rights Watch. L’organisation new-yorkaise soutient que la fréquence des actes de torture en Syrie, qu’elle décrit comme un « archipel de la torture », pourrait constituer un crime contre l’humanité.
Il existe probablement d’autres centres de torture qu’il n’a pas été possible de documenter, a fait remarquer l’organisation.
Human Rights Watch exhorte le Conseil de sécurité de l’ONU à confier le dossier à la Cour pénale internationale (CPI) afin qu’elle impose des sanctions à ceux qui pratiquent la torture - ou qui la supervisent sans dire un mot.
En mars, Amnistie internationale pressait les autorités syriennes de mettre fin sans tarder aux détentions arbitraires et aux pratiques de torture. Elle recommandait aussi au Conseil de sécurité de l’ONU de saisir la CPI, à l’instar de Human Rights Watch, et d’imposer un embargo sur le commerce des armes vers la Syrie avant de geler les actifs du président Bachar al-Assad et de ses acolytes.
Nouveaux bombardements
En Syrie, à l’extérieur des geôles, les forces gouvernementales ont continué hier à bombarder des quartiers de la ville assiégée de Homs, ainsi que les localités de Talbiseh et Rastan.
L’Observatoire syrien des droits de l’Homme fait état de 50 morts, dont 26 civils, 18 soldats et six rebelles, dans les violences à travers le pays hier.
Un convoi transportant des observateurs de l’ONU en Syrie a tenté de se rendre à Douma, une banlieue assiégée de la capitale, pour visiter des hôpitaux, mais a dû rebrousser chemin en raison de l’insécurité régnant dans la ville.
Les forces syriennes ont délogé les rebelles de Douma dimanche après un assaut de 10 jours qui a fait des dizaines de morts et des centaines de blessés, en plus de provoquer une importante crise humanitaire. Le militant Mohammad Saeed — qui a fui la ville durant l’assaut et qui se cache dans une localité située à proximité — a déclaré que les forces du régime avaient notamment posté des tireurs sur les toits des immeubles.
Sortie de crise
Kofi Annan, auteur d’un plan de sortie de crise resté jusqu’ici lettre morte, a jugé une nouvelle fois hier « impératif » d’avoir un cessez-le-feu en Syrie afin de procéder à une transition politique.
Au Caire, la Commission générale de la révolution syrienne (CGRS) a annoncé qu’elle se retirait d’une réunion d’opposants destinée à définir une vision commune de l’après-Assad, organisée à l’initiative de la Ligue arabe, estimant que les divergences étaient trop grandes au sein de l’opposition. « Parler de l’unité de l’opposition syrienne ne sert qu’à masquer l’impuissance de la communauté internationale », a déploré la CGRS.
Cette décision intervient après celle des rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL), qui ont décidé de boycotter la réunion, la qualifiant de « complot ».
La réunion du Caire, qui rassemble notamment le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l’opposition, peine à souder les rangs de l’opposition.
« Il y a eu plusieurs points de désaccord, mais la situation est restée sous contrôle et une vision commune va être présentée par la suite », a néanmoins affirmé Mays al-Kridi, un des participants à la réunion, à la télévision égyptienne.
Par ailleurs, après dix jours de tensions avec la Turquie, le chef d’État syrien, Bachar al-Assad, a par ailleurs joué l’apaisement hier, en regrettant que la défense de son pays ait abattu un avion de combat turc, et en assurant qu’il n’avait pas l’intention de mobiliser des troupes à la frontière entre les deux pays.
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D’après l’Associated Press, l’Agence France-Presse et Le Monde








