La Grèce choisit l'euro - La droite l’emporte de justesse
Antonis Samaras est élu, mais la Grèce est divisée entre partisans et opposants aux mesures d’austérité
Les conservateurs de Nouvelle Démocratie sont arrivés hier en tête de ces secondes élections législatives en moins de six semaines. Le Parti d’Antonis Samaras l’emporte avec 30 % des voix alors que le parti de la gauche radicale Syriza les talonne avec 27 %. Le Parti socialiste (Pasok) n’obtient que 12 % du suffrage alors que les néonazis d’Aube dorée célébraient hier leur entrée au Parlement avec 7 % du vote.
Contrairement au précédent scrutin, celui-ci devrait donc permettre de former facilement une coalition majoritaire. Nouvelle Démocratie, qui obtient une prime de 50 sièges pour être arrivée en tête, est créditée de 129 députés. Ce parti qui a signé les deux trains de mesures de rigueur destinés à maintenir la Grèce dans l’euro ne devrait pas avoir de difficulté à s’entendre avec son ancien partenaire du Pasok, lui aussi signataire des mémorandums, pour atteindre les 151 députés qui assurent la majorité au parlement grec.
Les Grecs ont voté pour l’euro, a déclaré Antonis Samaras qui s’est aussi dit « soulagé pour la Grèce et pour l’Europe ». Le futur premier ministre a appelé toutes les forces politiques qui veulent maintenir le pays dans l’euro à participer « à un gouvernement d’union nationale. Le pays n’a pas une minute à perdre ». À la télévision, le porte-parole du parti, Panos Skourletis, a cependant reconnu que l’axe du pays s’était « déplacé vers la gauche » et que son parti « ne pourrait pas appliquer la même politique ».
Le jeune leader de Syriza, Alexis Tsipras, qui vient de transformer en parti d’opposition ce qui était encore récemment une petite formation marginale d’extrême gauche, semblait encore plus réjoui que le gagnant. Il a aussitôt rejeté les appels à participer à une coalition. « Nous serons présents en tant qu’opposition, nous représentons la majorité du peuple contre le mémorandum », dit-il. Fort de 71 députés, Syriza constituera un solide bloc d’opposition et une solution de rechange évidente en cas de nouvelles élections. Ses militants ont longuement manifesté leur joie hier dans les rues d’Athènes.
Le décompte des voix des partis opposés et des partis favorables aux mesures de rigueur révèle un pays coupé en deux. Le vote de Syriza est particulièrement élevé en Attique, la grande région d’Athènes, et chez les 18-34 ans. Nouvelle Démocratie recrute largement dans le Péloponnèse et le nord du pays ainsi que chez les 55 ans et plus.
L’autre surprise de ce scrutin tient dans la confirmation de l’entrée au Parlement de la formation néonazie Aube dorée. Hier, ses partisans célébraient dans les rues de la capitale. L’« accident » du 6 mai dernier n’en était donc pas un. Avec 7 % du suffrage, Aube dorée est crédité de 18 sièges. Ce parti, qui n’hésite pas à reprendre les symboles nazis et qui s’en prend principalement aux immigrants, recrute dans les milieux populaires les plus frappés par la crise. À Aspropirgou, une banlieue industrielle d’Athènes, son score dépasse 15 %.
Même s’il a toutes les chances de se retrouver au gouvernement, le Pasok n’est plus que l’ombre de lui-même. Ce parti qui a dirigé la Grèce pendant trois décennies après la dictature des colonels devrait obtenir 33 sièges. Son leader, Evangelos Venizelos, a dit souhaiter un gouvernement regroupant les principaux partis. « Conscient de son rôle », dit-il, il assure cependant qu’il ne laissera « en aucun cas le pays sans gouvernement ».
En cette soirée chaude, de nombreux Grecs ont suivi la soirée électorale sur les places publiques jusque tard en soirée. Là exactement où, la veille, ils avaient applaudi à la victoire des footballeurs grecs sur la Russie. La plupart ont réagi avec calme aux résultats. De nombreux analystes estimaient hier que le fort pourcentage de voix recueilli par Syriza pourrait donner des munitions au futur premier ministre Antonis Samaras afin de négocier de meilleures conditions avec la Troïka (FMI, Union européenne et Banque centrale européenne) et un report des échéances afin de tenir compte de la récession profonde dans laquelle la Grèce est plongée depuis quatre ans.
Ce résultat devrait calmer, du moins temporairement, les inquiétudes des marchés qui craignaient une paralysie pouvant provoquer une sortie précipitée de la Grèce de l’euro. La nouvelle a été accueillie avec satisfaction par les dirigeants européens, qui avaient récemment mis la population en garde contre le non-respect des mesures de rigueur déjà décidées. Dès hier soir, le ministre des Affaires étrangères allemand, Guido Westerwelle, a déclaré à la télévision que, sans faire « de modifications substantielles aux engagements », son pays serait prêt à en renégocier les échéances. Cette renégociation devrait s’ouvrir dès la formation du nouveau gouvernement.
La nouvelle de l’élection d’Antonis Samaras devrait aussi rassurer les dirigeants du G20 qui se réunissent ce matin au Mexique pour discuter de la crise des pays de la zone euro. Une crise qui est loin de se limiter à la Grèce.








