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Conflit en Syrie - Cynisme russe

Un jour, les miliciens payés par le président Al-Assad déclinent l’ignoble avec des balles russes. Le lendemain, les observateurs désarmés de l’ONU en route vers le lieu du énième massacre essuient les tirs effectués par des armes russes. Tout logiquement, les gros canons de la diplomatie internationale implorent Vladimir Poutine de faire pression sur le despote syrien avec l’espoir que ce dernier mettra un bémol à sa saignée. La posture du Russe ? Mettre à profit l’impuissance du Conseil de sécurité de l’ONU dans ce dossier.

Depuis mars 2010 le Kremlin combine le cynisme à l’opportunisme avec une constance aussi profonde qu’abjecte. Car en plus de fournir l’arsenal militaire nécessaire à l’écrasement physique des opposants à la dictature, Moscou a dépêché sur place des conseillers techniques souvent flanqués de conseillers iraniens. Voilà pour le côté jardin. Côté cour ? Depuis son retour à la présidence, Poutine s’emploie à suivre une politique tout ce qu’il y a de byzantine vis-à-vis de la communauté internationale en général et des membres du Conseil de sécurité en particulier. Bref, il joue le chaud et le froid.


Il en va ainsi pour une raison se confondant avec l’intérêt très particulier, très égoïste de Moscou : la Syrie s’avère le pion central de la géostratégie russe au Moyen-Orient. Si la Syrie est son partenaire commercial le plus important au Proche-Orient, elle est surtout le pays où la marine russe use comme bon lui semble d’une base navale. Une base située à quelques encablures du littoral d’un des piliers de l’OTAN honni, soit la Turquie.


Il en est ainsi parce que Poutine est bien conscient qu’à la suite de l’invasion de l’Irak, voisin immédiat de la Syrie, par les États-Unis sous un prétexte fallacieux, ce dernier pays a perdu toute crédibilité pour tout ce qui a trait à la négociation d’un plan de paix. Plus exactement, le Russe fort en muscles sait que Washington est dans l’impossibilité de revêtir le costume de l’émissaire de l’apaisement.


Qui plus est, Poutine, Al-Assad ainsi que le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, savent pertinemment que les facteurs géopolitiques inhérents à la région interdisent en fin de compte une intervention de l’OTAN sur le modèle de l’intervention réalisée en Libye. Car si intervention était menée, alors on assisterait à un débordement géographique du conflit circonscrit pour l’instant au territoire syrien. Selon plus d’un expert, le Liban, si l’OTAN s’en mêlait, pourrait renouer avec les passions qui avaient ensanglanté Beyrouth dans les années 1980.


Simultanément au massacre perpétré avant-hier dans un village syrien, les dirigeants russe et chinois ont profité du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) pour souligner une fois encore leur opposition « à toute tentative de réguler la crise syrienne par le biais d’une intervention militaire extérieure, ainsi que d’imposer une politique de changement de régime ». Dans la foulée de cette déclaration, le vice-ministre russe des Affaires étrangères a mis en relief cette inclination pour la politique du chaud et du froid en affirmant que le maintien d’Al-Assad n’avait jamais été une condition posée par Moscou.


En fait, le seul espoir de paix réside tout entier dans la nouvelle proposition formulée par l’émissaire de l’ONU et de la Ligue arabe, Kofi Annan, soit mettre sur pied un groupe de contact rassemblant les alliés d’Al-Assad et ceux qui soutiennent ses adversaires. S’il échoue…

 
 
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