Tollé en Russie après l’adoption d’une loi réprimant les manifestants
Ce projet de loi « enfreint grossièrement une série de principes liés à l’État de droit et le droit constitutionnel des citoyens à organiser des rassemblements pacifique », a déclaré l’influent Alexeï Koudrine, ex-ministre des Finances, à l’antenne de la radio Echo de Moscou. Le texte « bafoue les principes du droit », a pour sa part déclaré la présidente du groupe Helsinki de Moscou, Lioudmila Alexeeva, citée par Interfax, alors que Mikhaïl Gorbatchev, dernier dirigeant soviétique, se disait sûr que la société russe ne l’accepterait pas.
Les amendes prévues en cas de rassemblement non autorisé ou en cas de troubles à l’ordre public lors de manifestations ayant reçu l’aval des autorités, peuvent aller jusqu’à 300 000 roubles (15 000 dollars) pour les personnes physiques, soit une multiplication par 60.
Pour les personnes morales, les organisations politiques par exemple, l’amende peut atteindre un million de roubles (près de 50 000 dollars).
La chambre basse du Parlement russe a adopté le texte dans la nuit de mardi à hier après une séance marathon, les partis communiste et Russie juste (centre gauche) ayant tenté d’y faire obstruction en déposant des centaines d’amendements. Mais dès hier matin, le Conseil de la fédération (chambre haute) a approuvé le texte à son tour et la loi entrera en vigueur dès sa promulgation par M. Poutine.
Le parti au pouvoir, Russie unie, à l’origine du texte, s’était promis de le faire adopter avant le prochain grand rassemblement d’opposition, prévu le 12 juin. Cet empressement a suscité des états d’âme jusque parmi les sénateurs. « Nous n’avons même pas eu le texte de cette loi en main. Pourquoi tant de précipitation ? », a lancé la sénatrice Lioudmila Naroussova. À la Douma, les députés de Russie juste ont annoncé leur intention de déposer un recours devant la Cour constitutionnelle.
Des manifestants du Parti libéral Iabloko ont été interpellés hier soir dans le centre de Moscou après avoir refusé de retirer des T-shirts portant l’inscription « La loi sur les manifestations mène à un État fasciste ».
Le président du conseil consultatif des droits de la personne auprès du président russe, Mikhaïl Fedotov, a pour sa part indiqué qu’il demanderait à M. Poutine de mettre son veto à ce texte. Le groupe Helsinki a fait la même demande, invoquant le respect de la Constitution. Le porte-parole du président, Dmitri Peskov, a cependant souligné que M. Poutine ne refuserait le texte que s’il était « en contradiction avec des pratiques acceptées de manière universelle et appliquées dans d’autres pays ».
Selon des observateurs, la nouvelle loi vise à resserrer la vis autour du mouvement. « C’est une loi d’État policier », a déclaré le blogueur et rédacteur en chef du site d’information Rousski Journal, Alexandre Morozov..








