Feu vert à l'extradition de Julian Assange
Deux tribunaux inférieurs du Royaume-Uni ont déjà déclaré légale son éventuelle extradition. La saga judiciaire dure depuis plus de 18 mois. Les sept juges supérieurs vont rendre leurs décisions à 10h30 mercredi matin.
M. Assange dément les accusations. Il y voit un complot pour nuire à sa réputation, pour le réduire au silence et éventuellement pour le transférer vers les États-Unis où il pourrait être condamné à mort pour divulgation de secrets d’État. Ses avocats contestent aussi la légalité du mandat d’arrêt international émis par un procureur plutôt qu’un juge, comme le voudrait la norme.
Machine à scoops
WikiLeaks (« le site des fuites ») a été créé en 2006 pour diffuser des documents jugés d’intérêt public. Un comité aviseurs de neuf personnes gère la machine mondiale à donner de l’audience aux fuites d’informations. Le cofondateur Julian Assange, un informaticien spécialiste du cryptage, en devient vite responsable et porte-parole.
La machine à scoops commence par divulguer de manière anonyme, non identifiable et sécurisée des documents sur diverses formes de répression et de corruption en Somalie, au Kenya, en Suisse ou en Belgique. Le premier grand coup mondial est frappé en 2010 avec le dévoilement de fichiers contenant des informations secrètes sur les guerres en Irak et en Afghanistan.
À l’été 2010, les War Logs (journaux de guerre) apparaissent en ligne, totalisant près d’un demi million de documents d’abord analysés et caviardés par différents médias majeurs du monde (The Guardian, The New York Times, Der Speigel,Le Monde, mais aussi des télévisions dont Al Jazeera). Ces fichiers exposent notamment la volonté des envahisseurs à minimiser les pertes civiles dans les deux pays occupés.
La diplomatie américaine dévoilée
À l’automne 2010, Wikileaks commence la divulgation de masses de documents de la diplomatie américaine. Les quelque 250 000 câbles des ambassades et des consulats des États-Unis font trembler Washington. Ils multiplient les révélations tantôt troublantes, tantôt cocasses.
Les divulgations se poursuivent. En 2011, paraissent des informations sur des banques suisses et d’autres encore sur la sécurité des centrales nucléaires japonaises.
À tout coup, les révélations entraînent des réactions généralement très hostiles de la part des États et institutions concernées, y compris l’OTAN et la CIA. La Maison-Blanche traite les dirigeants de WikiLeaks de « criminels ». À l’opposé, les médias et les défenseurs de la liberté d’expression défendent sa raison d’être et son utilité.
Chose certaine, le site travaille avec prudence. Les documents sont filtrés par des dizaines de journalistes spécialisés qui peuvent, par exemple, expurger les câbles diplomatiques de données sensibles sur les informateurs des diplomates.
Trop sensibles
Environ 15 000 documents classés « secret défense » sont jugés trop sensibles pour une mise en transparence totale. WikiLeaks menace de tout balancer en ligne si la vie de Julian Assange est menacée.
Les adversaires et les partisans du site multiplient déjà les tactiques pour lui nuire ou l’aider. Le blocage des dons monétaires de soutien ralentit les activités tout en stimulant des attaques informatiques contre grandes compagnies collectrices de crédit en ligne, dont Visa et Mastercard.
Les serveurs de Wikileaks sont maintenant réfugiés en Islande. Le site fait le compte de ses malheurs accumulés en mentionnant que ses comptes bancaires sont gelés depuis 542 jours et sa figure de proue est en détention depuis 539 jours.
Les accusations d’agression sexuelle ont été déposées en août 2010 par deux sympathisantes de WikiLeaks. Julian Assange réfute les accusations et affirme que les deux jeunes femmes étaient consentantes. Il évoque un complot ourdit par les Américains.
Le mandat d’arrêt date de novembre 2010. M. Assange se présente ensuite de lui-même à la police, à Londres. Arrêté et placé en détention, il est depuis assigné à résidence dans un manoir des environs de la capitale.
D’autres recours demeurent possibles pour Assange. L’Australien d’origine pourrait faire appel auprès de la Cour européenne des droits de l’Homme, qui aurait alors quatorze jours pour se prononcer sur la recevabilité du dossier. Le nouveau prononcé du jugement nécessiterait ensuite des mois supplémentaires.
Avec Associated Press








