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    Un résultat loin d’être connu à l’avance

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	Mohamed Morsi, candidat officiel des Frères musulmans, serait en tête dans la course à la présidence égyptienne.</div>
    Photo : Agence France-Presse (photo) Mohammed Hossam
    Mohamed Morsi, candidat officiel des Frères musulmans, serait en tête dans la course à la présidence égyptienne.

    Pour la première fois depuis des décennies, le résultat du scrutin présidentiel en Égypte n’est pas connu d’avance. Un second tour aura vraisemblablement lieu et il devrait opposer un candidat associé aux Frères musulmans à un adversaire ayant des liens avec l’ancien régime. Il paraît moins probable que des hommes n’appartenant à aucune de ces deux mouvances y accèdent, quoique certains médias locaux en aient évoqué la possibilité cette semaine.


    Plus de 50 millions d’Égyptiens étaient appelés aux urnes mercredi et jeudi pour le premier tour de cette élection qu’on qualifie d’«historrique », mais dont l’issue risque de décevoir les centaines de milliers de personnes qui ont occupé la place Tahrir et forcé Hosni Moubarak à « dégager » il y a près d’un an et demi.


    Les Frères musulmans ont publié hier des résultats préliminaires officieux qui donnent leur candidat, Mohamed Morsi, en tête devant l’ancien premier ministre Ahmed Chafik et les dix autres prétendants à la présidence. Les résultats officiels (et pas nécessairement complets) ne sont pas attendus avant demain.


    L’ensemble du spectre politique est représenté sur les bulletins de vote. On y trouve aussi des laïcs n’ayant aucun lien avec l’ancien régime, des libéraux, des gauchistes et des nationalistes de tendance nassérienne, mais la plupart des sondages (réputés assez peu fiables) et des observateurs ne leur donnent aucune chance de l’emporter.


    Mohamed Morsi est le candidat officiel des Frères musulmans. Il était peu connu avant sa nomination, qu’il doit au fait que le premier choix de la confrérie a été refusé par la commission électorale. S’il arrive en tête au premier tour comme le prédisent ses partisans, ce sera surtout grâce à la capacité de mobilisation des Frères.


    Ahmed Chafik a été nommé premier ministre par Hosni Moubarak au beau milieu de la révolution qui a terrassé le raïs. Il avait auparavant été chef de l’armée de l’air, puis ministre de l’Aviation civile. Sa candidature avait d’abord été rejetée par la commission électorale, mais elle a été maintenue à la suite d’un appel. Comme il ne s’est pas trop compromis dans la répression qui a caractérisé le régime Moubarak, il demeure assez respecté. Cela n’a pas empêché des Cairotes de lui lancer des cailloux et des souliers quand il est allé voter.



    Assez populaire


    Abdoul Foutouh est un ancien dignitaire des Frères musulmans qui a été expulsé de la confrérie en raison de différends sur la stratégie électorale à adopter. Il est assez populaire dans divers segments de la population, allant des salafistes (les ultras de l’islamisme) aux gauchistes. « Il y a tellement de gens de différentes sensibilités sous sa tente qu’on se croirait à la place Tahrir », a ironisé une jeune Égyptienne interrogée par le Wall Street Journal. La présence de M. Fatouh dans la course pourrait diviser le vote des Frères musulmans, en attirant celui des plus jeunes d’entre eux.


    L’autre survivant du régime Moubarak qui est en lice, c’est Amr Moussa, l’ancien ministre des Affaires étrangères devenu par la suite secrétaire général de la Ligue arabe.


    Hamdine Sabahi, un opposant de longue date, est la seule personnalité proche de la foule de la place Tahrir à qui certains observateurs donnent quelque chance d’accéder au second tour. Les militaires, qui gardent la main haute sur la vie politique égyptienne, se sont efforcés de montrer au monde que celle-ci est désormais transparente. Les observateurs en place, dont ceux du Centre Carter, ont donné un satisfecit au conseil militaire pour le déroulement du scrutin.


    En revanche, nombreux sont les Égyptiens qui craignent que l’armée continue de diriger le pays en coulisse malgré sa promesse de céder le pouvoir à des dirigeants civils. Le fait que la nouvelle Constitution n’a pas encore été rédigée n’aide pas à dissiper les doutes et les soupçons. L’Assemblée constituante a bel et bien été nommée par le Parlement, mais son travail se trouve retardé par des contestations judiciaires.


    On se trouve dans cette situation étrange où le président, une fois élu, n’aura aucune idée de l’étendue de ses pouvoirs. « C’est comme si je posais ma candidature à un poste ne sachant pas quelles vont être mes fonctions. C’est assez ironique », observe Henri Habib, professeur de science politique à l’Université Concordia.


    La teneur de la nouvelle loi fondamentale permettra jusqu’à un certain point de dire si le printemps égyptien de 2011 a porté ses fruits. « L’armée est une institution assez importante en Égypte. C’est elle qui a amené une nouvelle ère en Égypte en renversant la monarchie en 1952. Je crois qu’elle va garder son pouvoir, mais qu’elle va s’ajuster aux conditions nouvelles », poursuit M. Habib.


    Après 29 ans de règne d’Hosni Moubarak, la période de transition a été marquée par l’usage meurtrier de la force par la police et l’armée, mais aussi par une criminalité en hausse et une aggravation de la crise économique, surtout parce que les touristes ont déserté le pays des pharaons. Certes, l’élection se jouera sur la place de la religion dans la société et sur la nécessaire rupture avec l’ancien régime, mais il n’est pas exclu que les Égyptiens souhaitent élire quelqu’un qui dispose d’une expérience de l’administration publique, voire de la chose militaire. Le gagnant, quel qu’il soit, devra s’attaquer à des problèmes concrets au lieu de faire une fixation sur la charia.


    Aux législatives de décembre, les salafistes, crédités de 10 % des voix au maximum dans les sondages, en ont réuni près de 25 %, s’ajoutant aux 40 % recueillies par les Frères musulmans. Les islamistes pèsent donc de tout leur poids sur une Égypte qui hésite à se tourner résolument vers la modernité.


    Le second tour aura lieu les 16 et 17 juin.


     
     
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