samedi 26 mai 2012 Dernière mise à jour 09h44
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

La multinationale de l'altermondialisation

Les altermondialistes ont adopté le discours des dirigeants de multinationale, les mots «profit», «rentabilité», «délocalisation» et «ouverture de marché» en moins

Le «montage financier» de 500 000 $ est terminé depuis belle lurette grâce à la participation de l'Agence canadienne de développement international (ACDI), du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada, du secrétariat d'État à l'Économie (SECO) de la Suisse et même du gouvernement suédois. Le «matériel» est à côté des caisses, prêt à être emballé pour expédition au Mexique. Les chambres d'hôtel sont réservées, les billets d'avion achetés, les visas en poche, et les «partenaires» semblent tous heureux devant l'«occasion en or» qui va s'offrir à eux dans quelques jours pour «étendre leur réseau de contacts et d'influence».

Dans son bureau de la rue Masson, à Montréal, Isabelle Saint-Germain a la voix posée et le discours d'un dirigeant de multinationale, les mots «profit», «rentabilité», «délocalisation» et «ouverture de marché» en moins.

La comparaison la laisse toutefois stoïque. Pourtant, depuis la fin mai, la jeune Montréalaise multiplie les conférences téléphoniques avec ses «partenaires» aux quatre coins du globe pour parler «logistique», «bailleurs de fonds» et démarches administratives en tout genre. Au point d'en rêver la nuit, avoue-t-elle.

Le tout afin de participer avec cinq de ses collègues de l'organisme social Équiterre, où elle oeuvre comme coordonnatrice du volet «commerce équitable», à la Conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Cancún, au Mexique, dans quelques jours à peine. En marge de l'événement, bien sûr, qui se tiendra du 10 au 14 septembre.

C'est une première dans la vie de ce petit groupe d'environnementalistes humanistes aujourd'hui devenu grand. C'est aussi une aventure pensée de longue date qui n'a rien d'une sinécure. «Mais ça vaut la peine de se démener», lance Mme Saint-Germain avec un calme que le passage d'un deuxième train en moins de 30 minutes, sur la voie ferrée derrière elle, ne semble pouvoir perturber.

N'empêche, son projet a de quoi rendre fébrile: en «partenariat» — le mot reviendra souvent pendant la conversation — avec l'Institute for Agriculture and Trade Policy (IATP) aux États-Unis, Comercio Justo, du Mexique, OXFAM international et le SECO en Suisse, Équiterre s'est en effet donné comme mission à Cancún «d'influencer les ministres du Commerce international des pays membres de l'OMC afin qu'ils fassent du développement du commerce équitable et durable un des éléments de leurs politiques agricoles à l'échelle mondiale», dit-elle. Rien de moins. Entre 300 et 400 personnes provenant d'un peu partout sur la planète sont attendues pour leur prêter main-forte. À l'appel des «partenaires». Équiterre coordonne les activités de «la délégation canadienne», composée, elle, d'une trentaine de participants.

«Et ce n'est pas de tout repos», souligne Hugo Séguin, responsable de l'image de marque d'Équiterre. Et pour cause. Car ces «croisés» de l'altermondialisation voient grand. Et Cancún, pour eux, ne rimera pas avec affrontements, masques à gaz ou arrestations musclées mais plutôt avec «symposium sur l'agriculture durable», «forum d'orientation sur le commerce équitable» et surtout «foire commerciale» de l'équitable en grain, en poudre ou à peler, qu'Équiterre, en collaboration avec ses homologues étrangers, a décidé d'organiser près de la rencontre officielle de l'OMC, à quelques encablures à peine de la zone de sécurité.

«Notre objectif est de promouvoir des alternatives économiques viables à la mondialisation actuelle des échanges, précise Mme Saint-Germain, en faisant parler de ces alternatives, de ces solutions concrètes, dans une mare de contestation.» L'aventure va coûter un demi-million, financé par tous les membres de cette coalition internationale. «Mais c'est beaucoup moins élevé que l'argent dépensé par les délégations officielles qui participent à ce genre de rencontre», s'empresse d'ajouter M. Séguin.

Moins cher, certes, mais pas forcément moins compliqué à mettre en place. «Nous devons planifier les déplacements en avion des membres d'Équiterre mais aussi de plusieurs agriculteurs d'Amérique du Sud qui vont participer à nos deux jours de rencontres, nous assurer qu'ils ont des papiers en règle, faire des demandes pour des cartes d'accès [le lieu de la rencontre se trouve en effet dans une zone semi-sécuritaire], lancer des invitations, préparer le pavillon d'Équiterre à la foire commerciale, nous assurer qu'il va bien y avoir de l'électricité et une connexion Internet à cet endroit, dit-elle. Depuis quelques semaines, c'est un véritable travail à temps plein. Et pour plus d'une personne.»

Une lourde tâche partagée entre les divers membres de la coalition à l'origine de ce projet, selon qu'ils se trouvent à Genève, Mexico, New York ou Montréal. Certains prennent en charge les réservations des chambres d'hôtel et des salles de conférence, d'autres la quête de financement, les demandes d'autorisation d'accès ou encore la planification de la foire, qui se tiendra à la Feria Mexicana de Cancún.

Mais la machine internationale a été bien huilée, souligne-t-elle. «Car l'objectif commun était clair. Et puis, l'enjeu de cette rencontre est international: il est donc normal que la société civile s'organise et s'adapte à cette logique», redonnant du même coup ses lettres de noblesse au mot «mondialisation» qui, à Cancún, une fois encore, risque d'être malmené.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012