Repères - Daw Suu au pays des généraux
Avec 21 ans de retard, Aung San Suu Kyi devrait prononcer son discours d'acceptation du prix Nobel de la paix 1991 à Oslo en juin. Ce sera la première fois qu'elle quitte la Birmanie (également appelée Myanmar) depuis 1988. On peut y voir un genre de couronnement pour cette femme au courage exceptionnel, mais pas la fin de l'histoire.
Depuis un an et demi, les événements se précipitent dans ce pays du Sud-Est asiatique. La junte au pouvoir a mis fin, à l'automne 2010, à la longue assignation à résidence d'Aung San Suu Kyi avant de libérer plusieurs autres prisonniers politiques l'année suivante. Dans le même temps, la presse et l'Internet ont pu sortir de leur carcan. Cette libéralisation a permis à Daw Aung San Suu Kyi — « la Dame », à qui Luc Besson a consacré un film très beau même s'il confine à l'hagiographie — d'être enfin élue députée à la faveur d'élections partielles tenues le 1er avril.
Il est permis de s'interroger sur cette ouverture démocratique rapide. Nombreux, en effet, sont les experts de la Birmanie qui avouent avoir du mal à l'expliquer. On peut évidemment invoquer l'usure, qui ronge tout régime autoritaire et qui finit à terme par le faire disparaître, le changement des générations au sein de la junte, au pouvoir depuis près d'un demi-siècle, les difficultés économiques, qu'une levée des sanctions internationales aiderait certainement à résoudre, etc.
Si la libéralisation a été rapide et surprenante, il faut ajouter qu'elle demeure partielle. Les limites en sont apparentes dans la controverse qui entoure la prestation de serment par les nouveaux députés. Les porte-couleurs de la Ligue nationale pour la démocratie (le parti d'Aung San Suu Kyi) ne veulent pas s'engager à « sauvegarder » la Constitution. Ils sont seulement disposés à promettre de « respecter » ce texte, qu'ils veulent changer au plus tôt puisqu'il consacre la mainmise des militaires sur le pays.
Le président Thein Sein ne s'attendait probablement pas à subir une telle gifle le 1er avril (43 des 45 sièges en jeu allant à l'opposition). Il reste qu'il a besoin d'une opposition qui siège au Parlement pour convaincre le monde du sérieux du virage démocratique en cours. Aussi faut-il s'attendre à ce qu'on trouve assez rapidement un terrain d'entente.
Même si Aung San Suu Kyi et ses partisans font leur entrée au Parlement et même s'ils parviennent ensuite à conquérir le pouvoir lors d'élections générales, on se demande comment ils pourront effacer d'un coup de baguette magique l'héritage de 49 ans de mise en coupe du pays par une junte prédatrice.
Thein Sein semble mettre en oeuvre un véritable programme de réforme, mais il faut rappeler qu'il doit son poste à des élections bidon tenues en 2010. On ne doit pas oublier, d'autre part, que les militaires au pouvoir depuis 1962 ont déjà promis la démocratie avant de revenir chaque fois sur leur parole. C'est dans de telles circonstances qu'Aung San Suu Kyi avait pris la tête du mouvement démocratique en 1988.
Près du tiers des habitants de la Birmanie appartiennent à des minorités ethniques qui se battent depuis des décennies pour leur indépendance ou pour une forme quelconque d'autonomie. Rangoon a conclu en janvier un accord de cessez-le-feu historique avec la rébellion karène, mettant fin, espère-t-on, à l'un des plus anciens conflits du monde. En revanche, l'armée birmane a recommencé, le printemps dernier, à attaquer les positions des indépendantistes kachines, dans le nord du pays, violant une trêve vieille de plusieurs années et créant une véritable crise humanitaire.
Le Canada, les États-Unis et les pays européens semblent pressés de lever les sanctions contre la Birmanie. Il reste à voir comment les Birmans de tous les horizons profiteront de l'ouverture de leur pays aux nouveaux investissements occidentaux. Un indice possible : le journal d'opposition The Irrawady nous apprenait récemment qu'un des projets de « libéralisation économique » à l'étude consiste à vendre à de grandes entreprises les terres agricoles nationalisées dans les années 1960, ce qui se traduira à coup sûr par un exode vers les bidonvilles des paysans qui les occupent actuellement.
Depuis un an et demi, les événements se précipitent dans ce pays du Sud-Est asiatique. La junte au pouvoir a mis fin, à l'automne 2010, à la longue assignation à résidence d'Aung San Suu Kyi avant de libérer plusieurs autres prisonniers politiques l'année suivante. Dans le même temps, la presse et l'Internet ont pu sortir de leur carcan. Cette libéralisation a permis à Daw Aung San Suu Kyi — « la Dame », à qui Luc Besson a consacré un film très beau même s'il confine à l'hagiographie — d'être enfin élue députée à la faveur d'élections partielles tenues le 1er avril.
Il est permis de s'interroger sur cette ouverture démocratique rapide. Nombreux, en effet, sont les experts de la Birmanie qui avouent avoir du mal à l'expliquer. On peut évidemment invoquer l'usure, qui ronge tout régime autoritaire et qui finit à terme par le faire disparaître, le changement des générations au sein de la junte, au pouvoir depuis près d'un demi-siècle, les difficultés économiques, qu'une levée des sanctions internationales aiderait certainement à résoudre, etc.
Si la libéralisation a été rapide et surprenante, il faut ajouter qu'elle demeure partielle. Les limites en sont apparentes dans la controverse qui entoure la prestation de serment par les nouveaux députés. Les porte-couleurs de la Ligue nationale pour la démocratie (le parti d'Aung San Suu Kyi) ne veulent pas s'engager à « sauvegarder » la Constitution. Ils sont seulement disposés à promettre de « respecter » ce texte, qu'ils veulent changer au plus tôt puisqu'il consacre la mainmise des militaires sur le pays.
Le président Thein Sein ne s'attendait probablement pas à subir une telle gifle le 1er avril (43 des 45 sièges en jeu allant à l'opposition). Il reste qu'il a besoin d'une opposition qui siège au Parlement pour convaincre le monde du sérieux du virage démocratique en cours. Aussi faut-il s'attendre à ce qu'on trouve assez rapidement un terrain d'entente.
Même si Aung San Suu Kyi et ses partisans font leur entrée au Parlement et même s'ils parviennent ensuite à conquérir le pouvoir lors d'élections générales, on se demande comment ils pourront effacer d'un coup de baguette magique l'héritage de 49 ans de mise en coupe du pays par une junte prédatrice.
Thein Sein semble mettre en oeuvre un véritable programme de réforme, mais il faut rappeler qu'il doit son poste à des élections bidon tenues en 2010. On ne doit pas oublier, d'autre part, que les militaires au pouvoir depuis 1962 ont déjà promis la démocratie avant de revenir chaque fois sur leur parole. C'est dans de telles circonstances qu'Aung San Suu Kyi avait pris la tête du mouvement démocratique en 1988.
Près du tiers des habitants de la Birmanie appartiennent à des minorités ethniques qui se battent depuis des décennies pour leur indépendance ou pour une forme quelconque d'autonomie. Rangoon a conclu en janvier un accord de cessez-le-feu historique avec la rébellion karène, mettant fin, espère-t-on, à l'un des plus anciens conflits du monde. En revanche, l'armée birmane a recommencé, le printemps dernier, à attaquer les positions des indépendantistes kachines, dans le nord du pays, violant une trêve vieille de plusieurs années et créant une véritable crise humanitaire.
Le Canada, les États-Unis et les pays européens semblent pressés de lever les sanctions contre la Birmanie. Il reste à voir comment les Birmans de tous les horizons profiteront de l'ouverture de leur pays aux nouveaux investissements occidentaux. Un indice possible : le journal d'opposition The Irrawady nous apprenait récemment qu'un des projets de « libéralisation économique » à l'étude consiste à vendre à de grandes entreprises les terres agricoles nationalisées dans les années 1960, ce qui se traduira à coup sûr par un exode vers les bidonvilles des paysans qui les occupent actuellement.








