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Le printemps arabe, un an plus tard - Une révolution multiforme et inachevée

La rue tunisienne au plus fort de la contestation en 2011<br />
Photo : Agence Reuters
La rue tunisienne au plus fort de la contestation en 2011
On est parfois tenté de voir, dans le printemps arabe, soit la démocratisation hyperrapide d'une partie du monde, soit son basculement dans un islam politique réactionnaire et inquiétant. En réunissant une impressionnante brochette de spécialistes des sciences sociales défendant des points de vue multiples et nuancés, le colloque qui s'est déroulé jeudi à l'UQAM a mis à mal ces raccourcis.

On s'entend évidemment sur le fait que les événements ayant secoué la région concernée ont créé une onde de choc dans les chancelleries occidentales, qu'ils y ont parfois semé l'embarras et qu'ils ont fait ressortir la difficulté de concilier les intérêts et les valeurs. Mais encore?

Après le 11-Septembre, on a observé un lien étroit entre les priorités de la politique américaine et l'orientation des études universitaires menées aux États-Unis, ce qui a laissé plusieurs angles morts, a fait remarquer Marie-Joelle Zahar, professeure de science politique à l'Université de Montréal. Résultat: les États-Unis ont semblé pris de court par les événements. L'universitaire a souligné la nécessité d'études anthropologiques et sociales pour comprendre ce qui se passe dans la société civile arabe.

Si plusieurs auteurs ont parlé de l'impossibilité d'implanter la démocratie dans le monde arabe faute d'une société civile dynamique, d'autres considèrent au contraire qu'il y existe bel et bien une société civile et une opposition, dont les courants ont travaillé ensemble sur des enjeux ponctuels, tels que la résistance aux politiques d'austérité imposées au cours des années 1990, a rappelé Diane Éthier, également professeure de science politique à l'Université de Montréal. Depuis le début des années 2000, les coalitions agissent de façon plus stratégique, obligeant les coalisés à devenir plus modérés, a ajouté Mme Éthier.

En Tunisie, la société civile existait, mais était instrumentalisée par le pouvoir. Sous Ben Ali elle comptait pas moins de 9000 ONG, mais la quasi-totalité était contrôlée par le régime, estime Vincent Geisser, chercheur à l'Institut français du Proche-Orient. L'opposition grondait, mais de façon souterraine: dans l'humour populaire, dans les slogans scandés dans les stades de foot. Le consul de Tunisie, qui se trouvait dans l'assistance, a pour sa part rappelé que son pays a changé quatre fois de religion au cours des deux derniers millénaires.

Pour le politologue Sami Aoun, de l'Université de Sherbrooke, l'instrumentalisation de la religion a mené à une impasse et se retourne contre ceux qui s'y adonnent parce qu'elle attise les rivalités entre les différents courants. «Les politiciens feraient mieux de s'inspirer de quelques grands principes de l'islam et éviter la fusion du religieux et du politique», a affirmé M. Aoun, ajoutant que dans les pays où les islamistes ont exercé le pouvoir, comme le Soudan, l'échec a été retentissant.

Rachad Antonius, professeur de sociologie à l'UQAM, considère que le contexte du monde arabe est encore colonial et que la société civile arabe s'en ressent. Selon lui, «l'évolution de la société civile n'explique pas tous les événements, il faut tenir compte des facteurs internationaux». Ainsi, en Égypte, l'islamisme s'est imposé grâce aux pétrodollars saoudiens. Dans ce pays, un clientélisme vertical rend difficiles les solidarités entre égaux, mais les «réseaux syndicaux» se sont quand même renforcés au cours des dix dernières années, a ajouté M. Antonius. Toutefois, dans ce pays stratégique où les États-Unis veulent garder un lien étroit avec l'armée, il prédit que «la révolution prendra dix ans, pas dix mois.»

Charles Philippe David, titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM, a fait remarquer que le rôle des États-Unis est en déclin dans le monde arabe. «L'ère de la grande puissance qui va au-devant des événements est révolue.» Les États-Unis seraient de moins en moins engagés au Moyen-Orient et se contenteraient d'y jouer un rôle d'observateur. M. David a cité à cet effet une étude de la revue Foreign Affairs montrant que seuls 30 % des intellectuels sondés trouvent que le Moyen-Orient demeure une région stratégique, et seulement 8 % considèrent qu'il le sera encore dans vingt ans.

Miloud Chennoufi, professeur au Collège des Forces canadiennes de Toronto, a souligné le rôle surprenant joué par le Qatar, un rôle remarqué surtout à l'occasion des crises libyenne et syrienne. Il a rappelé que ce petit pays riche en gaz naturel avait déjà exercé une influence qui se voulait modératrice auprès des talibans quand ils étaient au pouvoir en Afghanistan. L'Iran a d'abord vu le printemps arabe sous un jour favorable parce qu'il faisait oublier son programme nucléaire, qu'il provoquait une hausse des cours du pétrole et qu'il a fait disparaître des ennemis tels que Moubarak et Saleh, estime Pierre Pashlavi, professeur à la même institution. Téhéran a parlé de «réveil islamique», mais a vite réalisé que ce printemps arabe le privait d'un rôle joué depuis trente ans en faisant naître de nouveaux «défenseurs de la rue arabe contre l'impérialisme».
 
 
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  • Jihad Nasr - Inscrit
    18 février 2012 06 h 51
    Révoltes sans révolutions
    "En réunissant une impressionnante brochette de spécialistes des sciences sociales...": aucun de ses spécialstes n'a fait un travail de terrain dans les pays dont il parle, mis à part peut-être des visites de tourisme dans un ou deux pays. Ils s'appuient sur ce qu'ils ont lu dans les journaux ou ceux que les autres ont écrit en s'appuyant sur d'autres journaux dans d'autres pays. Les propos d'un journaliste comme Alexander Cockburn sont plus éclairants que ceux d'une cinquantaine de spécialistes assis dans leurs bureaux parlant de pays lointains. Probablement Rachad Antonius est le seul à avoir visité plusieurs pays arabes lorsqu'il était chez Droits et démocratie. S'il est vrai ce que dit Charles-Philippe David, en se basant sur les opinions des autres, pourquoi alors les États-Unis multiplient les bases militaires, secrètes et moins secrètes, dans les pays du Moyen-Orient? Marie-Joëlle Zahar veut introduire davantage d'espions dans le monde arabe pour faire des études anthropoligiques et sociales! Je l'invite à lire le livre de David Price: "Weaponizing Anthropology". L'intervention du consul de Tunisie à Montréal suscite vraiment le rire. Rachad Antonius a raison de mettre l'accent sur les facteurs externes, mais la présence des Frères musulmans en Égypte date d'avant la naissance même du royaume saoudien wahhabite. C'est le courant salafiste qui en profite plutôt. Un autre point: depuis plus de deux décennies ce sont les Frères musulmans qui dominent les syndicats! Sami Aoun fait toujours sortir des clichés à travers un exemple anécdotique, le Soudan ici, un pays qu'il n'a jamais étudié. Finalement, le soi-disant printemps arabe (une expression méprisante inventée par les médias étrangers) n'a privé l'Iran de rien. C'est plutôt l'inverse. Voila que ses navires militaires sillonent maintenant la Mer rouge et la Méditerranée! Finalement, est-ce que la présence d'un seul chercheur français jusifie de parler d'un colloque in
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  • racso - Inscrit
    18 février 2012 09 h 19
    L'Afrique un an après...
    La guerre en Libye a en effet privé nombre de pays d’Afrique sub-saharienne d’un véritable poumon économique, entre les aides directes ou indirectes apportées par le gouvernement de Mouammar Kadhafi et l’argent envoyé aux familles par les centaines de milliers d’émigrés qui travaillaient en Libye.
    C’est fini tout ça et il ne reste plus que de maigres ressources à partager et d’immenses étendues à parcourir pour des masses de réfugiés. Ce sont des centaines de milliers de travailleurs et travailleuses qui se sont retrouvés sans emploi et des centaines de millions de dollars libyens en moins pour le développement de nombreux pays d'Afrique. De cela l'ONU ne parle guère et nos médias se font bien silencieux. Kadhafi est mort, la Libye aux mains de l'Occident, tout va pour le meilleur des mondes. De quoi s'interroger en ce premier anniversaire sur les dessous de cette sale guerre. Merci de publier ce commentaire.
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  • ramuncho - Inscrit
    18 février 2012 11 h 34
    Révolution
    Ce qui a été peut-être une révolution classique d'espoir de liberté est malheureusement récupérée par les Islamistes qui commencent a imposer leurs règles, voile, charia etc......
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  • Jack Bauer - Inscrit
    18 février 2012 12 h 54
    Les É-U ''pris de cours par les événements''?
    LOL, Mr. Lévesque, veuillez placer cet article sous la section satirique... oubliez vous les bombardiers B2, porte-avions, et forces spéciales nécessaires pour que cette ''révolution'' ait le moindre impact et support?
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  • Jihad Nasr - Inscrit
    19 février 2012 23 h 46
    Al-Qaida au pouvoir à Tripoli grâce à son alliance avec les États-Unis...
    Les Américains, les Britanniques et les Français ont placé au pouvoir en Libye leurs plus fidèles alliés, c'est-à-dire les membres d'Al-Qaida. Une partie de ces criminels, qui terrorisent la population libyenne depuis la chute du régime Kadhafi, estimée à plus de 10.000, sont maintenant en Jordanie pour soigner (sic) les blessures physiques et psychologiques causés par l'ancien régime! Mais pourquoi, si cela est vrai, ne pas les avoir envoyés en Algérie, au Maroc ou en Tunisie?

    Les coûts de cette opération dépassent jusqu'ici les 250 millions de dollars. Ils sont logés et nourris dans des hôtels cinq étoiles au frais du peuple libyen en attendant le moment opportun pour les introduire en Syrie à travers les frontières jordaniennes.

    Ces "révolutionnaires" et amoureux de la liberté sont sous le commandement de Abdel Hakim Belhadj, que les médias en Europe et aux États-Unis présentent comme an "ancien membre d'Al-Qaida" (sic), et qui a été nommé commandement militaire du Conseil national de transition.

    Le gouvernement de Stephen Harper, notamment le ministre John Baird, peut en aussi en être très fier!
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