La Ligue arabe cherche sa pertinence
La crise syrienne est l'occasion pour l'organisation de démontrer son utilité
Photo : - Le Devoir
L’Université McGill assure de son côté s’appuyer «sur de rigoureuses normes éthiques en matière de recherche».
Le projet de résolution sur la Syrie dont le Conseil de sécurité de l'ONU a été saisi émane de la Ligue arabe, cette organisation dont la mission d'observation au pays de Bachar al-Assad vient de subir un échec retentissant et qui cherche encore à prouver sa pertinence 67 ans après sa fondation.
Ce texte appelait ouvertement à la démission du président al-Assad avant d'être atténué à la demande de la Russie. Les dernières moutures parlent plutôt de «transition» et, comme les précédentes, elles n'autorisent aucune intervention militaire en Syrie, où la violence a fait en un an plus de 5000 morts, surtout des civils non armés.
Son dépôt faisait suite à la décision, prise le 28 janvier par la Ligue, de suspendre la mission de ses 165 observateurs qui, depuis le lendemain de Noël, assistaient impuissants à la répression sanglante exercée par un régime syrien en difficulté, pour ne pas dire en fin de course.
Présenté par le Maroc et soutenu par les Européens, le projet de résolution reprend dans les grandes lignes le «plan arabe» de sortie de crise pour la Syrie.
Les soulèvements populaires et les soubresauts sans précédent qui agitent le monde arabe depuis plus d'un an constituent un nouveau test de la pertinence de la Ligue arabe, une organisation internationale créée en mars 1945, la même année que l'ONU, avant même la fin de la Deuxième Guerre mondiale.
La Ligue semble avoir subi plus de crises qu'elle n'en a résolu au cours de son histoire. Samir Saul, professeur d'histoire à l'Université de Montréal, la décrit comme «une sorte de salon où se réunissent divers intérêts, souvent associés à des intérêts étrangers. Ce qu'elle produit, c'est souvent un compromis, un plus petit dénominateur commun ou encore la politique du clan qui a réussi à s'imposer».
«Il y a un courant qui veut que le monde arabe soit indépendant vis-à-vis des États-Unis et un autre qui veut qu'il leur soit très proche, voire soumis aux volontés américaines. C'est ce dernier courant qui semble parler le plus fort à l'heure actuelle», poursuit cet universitaire.
Ce courant dominant est représenté par les pétromonarchies du Golfe, qui sont particulièrement hostiles au régime de Bachar al-Assad, lequel est allié à leur grand rival chiite et persanophone, l'Iran.
L'unité des peuples arabes que la Ligue était censée promouvoir est une vue de l'esprit. On compte parmi les États arabes des monarchies, constitutionnelles ou non, plus ou moins alliées au clergé, et des régimes laïques, autoritaires pour la plupart, qui entretiennent des relations parfois ambiguës avec les islamistes.
La Ligue arabe a été fondée en 1945 par l'Arabie saoudite, l'Égypte, la Transjordanie (Jordanie), l'Irak, le Liban, la Syrie et le Yémen. À la suite du mouvement de décolonisation, le nombre de membres a augmenté rapidement au cours des années 1950 et 1960, pour passer à 22 aujourd'hui.
Au début, la Ligue était composée d'États dirigés par quatre rois et deux présidents, plutôt bien disposés à l'égard de la politique coloniale de la Grande-Bretagne. Quelques années plus tard, sous l'impulsion de l'Égypte de Nasser, elle devient plus affirmée, et ce, jusqu'à la défaite arabe aux mains de l'État d'Israël en 1967. Les accords de Camp David de 1978 lui portent un dur coup puisqu'ils privent le front arabe contre Israël (un des= ciments de l'association) d'un de ses principaux piliers, l'Égypte.
Étant donné la grande divergence qui caractérise les intérêts de ses membres, la Ligue arabe ne s'est jamais dotée d'un mécanisme rendant ses décisions exécutoires: ces dernières ne sont mises en oeuvre que par les États qui les ont approuvées. Il n'est pas étonnant, dans les circonstances, que l'organisation prenne rarement des mesures contre ses membres. Elle l'a pourtant fait en novembre dernier, en suspendant la participation de la Syrie.
L'année dernière, après une longue valse-hésitation, la Ligue arabe s'est prononcée en faveur d'une zone d'exclusion aérienne en Libye et a déclaré illégitime le régime de Mouammar al-Kadhafi. Le Qatar, petite pétromonarchie du Golfe, avait joué un rôle très actif dans cette initiative, comme il le fait aujourd'hui dans le dossier libyen. Il faut dire que, contrairement à Bachar al-Assad, Kadhafi, personnage arrogant et imprévisible, faisait presque l'unanimité contre lui dans le monde arabe.
En se distançant du régime en place dans un de ses États membres et en se rangeant du côté de l'Occident, la Ligue n'établit donc pas un précédent, puisqu'elle avait agi de cette façon en Libye. Dans ce cas-là, il y avait eu une intervention étrangère, qui nécessitait bien entendu une certaine «couverture» arabe. Les opérations visaient officiellement à protéger les civils et non à déloger le régime.
Cette fois-ci, l'appel au changement de régime a été plus clair. En revanche, l'éventualité d'une intervention étrangère directe paraît moins probable. On assiste plutôt, croit Samir Saul, à «une légitimation d'un conflit de basse intensité qui pourrait mener la Syrie à une guerre civile en bonne et due forme».
Ce texte appelait ouvertement à la démission du président al-Assad avant d'être atténué à la demande de la Russie. Les dernières moutures parlent plutôt de «transition» et, comme les précédentes, elles n'autorisent aucune intervention militaire en Syrie, où la violence a fait en un an plus de 5000 morts, surtout des civils non armés.
Son dépôt faisait suite à la décision, prise le 28 janvier par la Ligue, de suspendre la mission de ses 165 observateurs qui, depuis le lendemain de Noël, assistaient impuissants à la répression sanglante exercée par un régime syrien en difficulté, pour ne pas dire en fin de course.
Présenté par le Maroc et soutenu par les Européens, le projet de résolution reprend dans les grandes lignes le «plan arabe» de sortie de crise pour la Syrie.
Les soulèvements populaires et les soubresauts sans précédent qui agitent le monde arabe depuis plus d'un an constituent un nouveau test de la pertinence de la Ligue arabe, une organisation internationale créée en mars 1945, la même année que l'ONU, avant même la fin de la Deuxième Guerre mondiale.
La Ligue semble avoir subi plus de crises qu'elle n'en a résolu au cours de son histoire. Samir Saul, professeur d'histoire à l'Université de Montréal, la décrit comme «une sorte de salon où se réunissent divers intérêts, souvent associés à des intérêts étrangers. Ce qu'elle produit, c'est souvent un compromis, un plus petit dénominateur commun ou encore la politique du clan qui a réussi à s'imposer».
«Il y a un courant qui veut que le monde arabe soit indépendant vis-à-vis des États-Unis et un autre qui veut qu'il leur soit très proche, voire soumis aux volontés américaines. C'est ce dernier courant qui semble parler le plus fort à l'heure actuelle», poursuit cet universitaire.
Ce courant dominant est représenté par les pétromonarchies du Golfe, qui sont particulièrement hostiles au régime de Bachar al-Assad, lequel est allié à leur grand rival chiite et persanophone, l'Iran.
L'unité des peuples arabes que la Ligue était censée promouvoir est une vue de l'esprit. On compte parmi les États arabes des monarchies, constitutionnelles ou non, plus ou moins alliées au clergé, et des régimes laïques, autoritaires pour la plupart, qui entretiennent des relations parfois ambiguës avec les islamistes.
La Ligue arabe a été fondée en 1945 par l'Arabie saoudite, l'Égypte, la Transjordanie (Jordanie), l'Irak, le Liban, la Syrie et le Yémen. À la suite du mouvement de décolonisation, le nombre de membres a augmenté rapidement au cours des années 1950 et 1960, pour passer à 22 aujourd'hui.
Au début, la Ligue était composée d'États dirigés par quatre rois et deux présidents, plutôt bien disposés à l'égard de la politique coloniale de la Grande-Bretagne. Quelques années plus tard, sous l'impulsion de l'Égypte de Nasser, elle devient plus affirmée, et ce, jusqu'à la défaite arabe aux mains de l'État d'Israël en 1967. Les accords de Camp David de 1978 lui portent un dur coup puisqu'ils privent le front arabe contre Israël (un des= ciments de l'association) d'un de ses principaux piliers, l'Égypte.
Étant donné la grande divergence qui caractérise les intérêts de ses membres, la Ligue arabe ne s'est jamais dotée d'un mécanisme rendant ses décisions exécutoires: ces dernières ne sont mises en oeuvre que par les États qui les ont approuvées. Il n'est pas étonnant, dans les circonstances, que l'organisation prenne rarement des mesures contre ses membres. Elle l'a pourtant fait en novembre dernier, en suspendant la participation de la Syrie.
L'année dernière, après une longue valse-hésitation, la Ligue arabe s'est prononcée en faveur d'une zone d'exclusion aérienne en Libye et a déclaré illégitime le régime de Mouammar al-Kadhafi. Le Qatar, petite pétromonarchie du Golfe, avait joué un rôle très actif dans cette initiative, comme il le fait aujourd'hui dans le dossier libyen. Il faut dire que, contrairement à Bachar al-Assad, Kadhafi, personnage arrogant et imprévisible, faisait presque l'unanimité contre lui dans le monde arabe.
En se distançant du régime en place dans un de ses États membres et en se rangeant du côté de l'Occident, la Ligue n'établit donc pas un précédent, puisqu'elle avait agi de cette façon en Libye. Dans ce cas-là, il y avait eu une intervention étrangère, qui nécessitait bien entendu une certaine «couverture» arabe. Les opérations visaient officiellement à protéger les civils et non à déloger le régime.
Cette fois-ci, l'appel au changement de régime a été plus clair. En revanche, l'éventualité d'une intervention étrangère directe paraît moins probable. On assiste plutôt, croit Samir Saul, à «une légitimation d'un conflit de basse intensité qui pourrait mener la Syrie à une guerre civile en bonne et due forme».
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