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    Et si on travaillait «ensemble»

    L'intérêt des populations locales doit être la priorité

    Le 26 novembre 2011, une infirmière népalaise examine un enfant de 2 ans qui souffre de malnutrition dans la ville de Mangalsen, située à environ 800 km à l’ouest de Katmandou au Népal.<br />
    Photo: Prakash Mathema Le 26 novembre 2011, une infirmière népalaise examine un enfant de 2 ans qui souffre de malnutrition dans la ville de Mangalsen, située à environ 800 km à l’ouest de Katmandou au Népal.
    Le Népal n'a ainsi pas besoin du blé canadien pour se nourrir, mais plutôt d'apprendre comment mettre à profit ses propres ressources pour passer d'un État de survivance à une situation normale de vie.
    Investir de façon responsable n'a de sens que si là où cela a lieu les conditions deviennent meilleures pour tous. Et cette évaluation qui vaut quand on parle de développement local s'applique aussi à l'échelle internationale. Coopérer n'aura de raison d'être que si localement les conditions de vie s'améliorent. L'aide internationale doit-elle être évaluée par les seules retombées générées dans le pays donateur?

    La ville faisait rêver: combien de jeunes Occidentaux ont-ils tout misé sur cette destination où nature et plaisirs, licites ou illicites, se conjuguaient, comme si en altitude on était déjà à la porte d'un paradis? Et Katmandou était devenue une ville exotique, l'étape finale d'une route qui mènerait à un nirvana.

    Depuis, on a découvert qu'il y avait quelque chose de «pourri» au Royaume du Népal. Si la lutte pour le pouvoir politique en a découragé plus d'un et d'une de s'y rendre, il s'est aussi produit que de ces voyages passés, on a découvert un pays où misère et pauvreté avaient engendré des conditions de vie souvent misérables.

    Et certains se sont donc rendus là, en pleine Asie, au coeur de l'Himalaya, pour améliorer le sort des populations locales. Et ce avec succès, quand on évalue le déplacement en matière de résultats.

    «Travailler ensemble»

    Nous sommes en région montagneuse, où vivent isolées des populations où les taux de mortalité maternelle et infantile affichent des ratios effarants: de 415 et de 64 respectivement par 100 000 individus. En fait, le Népal a le plus mauvais taux de santé de cette grande région asiatique.

    Alors le Centre d'étude et de coopération internationale, le CECI, est intervenu. Et le bilan aujourd'hui déposé témoigne d'améliorations notables. Les services prénataux rejoignent ainsi 88,4 % des femmes, et non plus seulement la moitié d'entre elles; quand un programme d'injections fait qu'au lieu du quart, ce sont 84 % des futures mères qui en profitent. Même plus d'un accouchement sur deux se fait avec des ensembles stérilisés, et non plus un seul sur 5. Quant à la malnutrition, elle a été diminuée de 9 % pour s'établir à un tiers de la population dans cette région. Et le sort des enfants, où les problèmes de diarrhée chronique faisaient augmenter les taux de mortalité, a été modifié en ce qui concerne l'espérance de vie.

    Et ce projet, le Sahakarya, ce «travailler ensemble» en népali, avait cependant une portée plus vaste, l'objectif étant de faire en sorte que l'agriculture passe en mode de subsistance en un outil capable de générer des revenus. Et cela se fait souvent tout simplement, quand on arrive à faire prendre conscience que le «travail ensemble» permet de faire exécuter de façon coordonnée par un seul ce que chacun hier encore n'exécutait que pour lui-même: une seule femme ira à un marché éloigné pour vendre les produits de toute la collectivité.

    Interventions utiles

    On parle alors de coopération. Et l'aide internationale rejoint des populations locales, et son expertise sert à donner à d'autres des outils, et non pas simplement à apporter une aide de secours: le Népal n'a ainsi pas besoin du blé canadien pour se nourrir, mais plutôt d'apprendre comment mettre à profit ses propres ressources pour passer d'un État de survivance à une situation normale de vie. Ce ne sera pas le pactole, comme on en rêve dans nos populations où la surconsommation est comme une règle imposée, mais un retour à un mode de vie où l'équilibre s'établit entre l'utilisation des ressources disponibles et la satisfaction des besoins de base.

    Ailleurs, en Afrique, le Mouvement Desjardins a ainsi mis en place des réseaux de microcrédit: on ne passe ainsi plus à la caisse, mais le caissier se rend là où les gens vivent. C'est peu, mais beaucoup, car il devient ainsi possible de fonctionner dans une économie de marché, là où auparavant le troc n'était souvent que le seul outil économique possible.

    Interventions ciblées

    La coopération internationale a beaucoup évolué dans un dernier demi-siècle. On se souvient comment dans le passé on «prêtait» pour qu'en retour certains puissent acheter les surplus des grandes puissances: le riz du Texas ou, localement, les surplus en blé ou beurre canadiens, voire pour Cuba la surproduction de dindes québécoises.

    Bref, le commerce des ressources premières de ce qui s'appelle encore le Sud était matière à soutenir les industries des pays dits du Nord. Dans un tel contexte, le sort des indigènes importait peu, d'autant plus que souvent, au temps de la «guerre froide», les grands blocs définissaient en termes militaires les campagnes d'aide.

    Commerce et politique

    On a cru un moment que cela n'était plus. Mais voilà que s'élèvent des voix pour dénoncer ce qui se passe ici depuis plusieurs années.

    «Nous sommes perplexes devant les orientations de l'aide publique au développement qui vient du fédéral. Les nouvelles priorités de l'ACDI ont été décidées un peu dans l'ombre sans vraiment de concertation avec les gens qui travaillent dans le monde du développement international. Je suis inquiet des récentes déclarations de la ministre Oda, qui disait qu'elle ne séparait pas les intérêts commerciaux et de politique étrangère de la mission de soutien et de développement international... Je veux bien qu'on aide à développer la compétitivité des entreprises canadiennes, du secteur minier en l'occurrence, j'imagine, en rehaussant la capacité de ces entreprises à gérer des risques sociaux et environnementaux, mais c'est largement insuffisant.»

    Car pour Lucien Albert, directeur de l'Unité de santé internationale de l'Université de Montréal, voilà la seule explication pour comprendre que le Canada préfère que son aide ne rejoigne plus l'Afrique, mais les régions sud-américaines, où investissent les multinationales d'ici.

    C'est d'ailleurs un même constat que fait l'Observatoire sur la coopération internationale de l'UQAM, qui voit que l'aide n'est plus pensée en fonction des besoins locaux, mais comme un outil pour corriger les «erreurs» que génère tout développement dont la raison première est la recherche du profit plutôt qu'une exploitation concertée des ressources.

    En fait, si on met à mal toute une région, voire un continent, en exploitant sans souci environnemental réel des sables bitumineux, ou des gaz de schiste, pourquoi ne pas attribuer aux «autres» la même médecine qu'on sert à ses propres concitoyens? Et quand la logique première est commerciale, peut-on croire que le mot coopération y trouvera sa place?

    Pourtant, dans un univers où partout le mot mondialisation revient, il s'en trouve encore pour dire qu'une réelle qualité de vie est une norme souhaitable. Et alors, qu'on soit individu, coopérative ou ONG, on intervient là où souvent un petit geste ou une petite action rendront le monde meilleur à vivre.
     
     
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