Repères - L'honneur perdu
Les statistiques officielles sur les crimes dits d'honneur sont rares et parfois sujettes à caution. Le Programme des Nations unies pour la population a déjà estimé à 5000 par année le nombre de femmes victimes de ce genre de meurtres, mais les spécialistes de la question, sur la foi de rapports fournis par diverses organisations féminines, croient que la réalité est bien pire.
Une bonne partie des cas rapportés l'ont été dans des États à majorité musulmane, dont le Pakistan, l'Afghanistan, l'Égypte, la Jordanie et la Turquie, ou dans des communautés d'immigrés musulmans en Occident. Le Coran, répète-t-on souvent, n'autorise pas le meurtre d'une femme par son mari ou par un membre de sa famille, bien qu'il favorise certains comportements violents ou sexistes de moins en moins tolérés dans le monde moderne. Le problème, c'est que les autorités religieuses et judiciaires des pays concernés font souvent preuve d'une grande indulgence à l'égard des meurtriers, encourageant ainsi une pratique coutumière qu'on ne peut qualifier que de barbare.
Les historiens nous disent que les horreurs ritualisées et recouvertes d'un vernis moral avaient cours à Babylone au deuxième millénaire avant notre ère, dans la Rome impériale et dans la Chine des Song, entre autres lieux.
Des crimes motivés par des conceptions archaïques de l'honneur ou par d'autres valeurs douteuses sont commis dans toutes les régions du monde, par des adeptes de toutes les grandes religions, y compris le christianisme.
En Inde, des milliers de jeunes mariées sont assassinées chaque année parce que leur dot est jugée insuffisante, tandis qu'on précipite encore, à l'occasion, les veuves hindoues dans le bûcher funéraire de leur mari.
Au Guatemala, de l'aveu même des autorités, au moins 4000 femmes ont été assassinées entre 2001 et 2009. Certaines organisations non gouvernementales de ce pays parlent plutôt de 7000 «féminicides» au cours de cette période.
Dans la seule ville de Ciudad Juárez, au Mexique, 1653 cadavres de femmes assassinées ont été découverts entre 1993 et 2008 et plus de 2000 de leurs consoeurs ont disparu pendant la même période.
Au Canada, des centaines de femmes autochtones ont disparu et ont probablement été assassinées au cours des 30 dernières années. Amnistie internationale estime leur nombre à 487.
Ces meurtres n'entrent pas tous dans la catégorie des crimes dits d'honneur, mais il s'agit très certainement de féminicides, en ce sens que les meurtriers ont délibérément ciblé des femmes.
Le fait d'agir en croyant laver «une conception tordue» de l'honneur perdu ne constitue pas une circonstance atténuante, comme l'ont clairement fait savoir les jurés et le juge de Kingston. Constitue-t-il pour autant une circonstance plus aggravante que la haine gratuite qui pousse à martyriser et à tuer une personne?
Certains le pensent, probablement parce qu'ils sont horrifiés par un phénomène nouveau et perçu comme exogène, qui semble aller croissant en Occident. Il n'est pas évident que les auteurs des crimes dits d'honneur méritent d'être traités plus sévèrement que les autres meurtriers, mais on peut raisonnablement croire en l'effet dissuasif d'un surplus de sévérité.
Une bonne partie des cas rapportés l'ont été dans des États à majorité musulmane, dont le Pakistan, l'Afghanistan, l'Égypte, la Jordanie et la Turquie, ou dans des communautés d'immigrés musulmans en Occident. Le Coran, répète-t-on souvent, n'autorise pas le meurtre d'une femme par son mari ou par un membre de sa famille, bien qu'il favorise certains comportements violents ou sexistes de moins en moins tolérés dans le monde moderne. Le problème, c'est que les autorités religieuses et judiciaires des pays concernés font souvent preuve d'une grande indulgence à l'égard des meurtriers, encourageant ainsi une pratique coutumière qu'on ne peut qualifier que de barbare.
Les historiens nous disent que les horreurs ritualisées et recouvertes d'un vernis moral avaient cours à Babylone au deuxième millénaire avant notre ère, dans la Rome impériale et dans la Chine des Song, entre autres lieux.
Des crimes motivés par des conceptions archaïques de l'honneur ou par d'autres valeurs douteuses sont commis dans toutes les régions du monde, par des adeptes de toutes les grandes religions, y compris le christianisme.
En Inde, des milliers de jeunes mariées sont assassinées chaque année parce que leur dot est jugée insuffisante, tandis qu'on précipite encore, à l'occasion, les veuves hindoues dans le bûcher funéraire de leur mari.
Au Guatemala, de l'aveu même des autorités, au moins 4000 femmes ont été assassinées entre 2001 et 2009. Certaines organisations non gouvernementales de ce pays parlent plutôt de 7000 «féminicides» au cours de cette période.
Dans la seule ville de Ciudad Juárez, au Mexique, 1653 cadavres de femmes assassinées ont été découverts entre 1993 et 2008 et plus de 2000 de leurs consoeurs ont disparu pendant la même période.
Au Canada, des centaines de femmes autochtones ont disparu et ont probablement été assassinées au cours des 30 dernières années. Amnistie internationale estime leur nombre à 487.
Ces meurtres n'entrent pas tous dans la catégorie des crimes dits d'honneur, mais il s'agit très certainement de féminicides, en ce sens que les meurtriers ont délibérément ciblé des femmes.
Le fait d'agir en croyant laver «une conception tordue» de l'honneur perdu ne constitue pas une circonstance atténuante, comme l'ont clairement fait savoir les jurés et le juge de Kingston. Constitue-t-il pour autant une circonstance plus aggravante que la haine gratuite qui pousse à martyriser et à tuer une personne?
Certains le pensent, probablement parce qu'ils sont horrifiés par un phénomène nouveau et perçu comme exogène, qui semble aller croissant en Occident. Il n'est pas évident que les auteurs des crimes dits d'honneur méritent d'être traités plus sévèrement que les autres meurtriers, mais on peut raisonnablement croire en l'effet dissuasif d'un surplus de sévérité.
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