À quoi ressemblerait l'Écosse indépendante?
À une social-démocratie scandinave... la reine Elizabeth II en prime!
Photo : Jeff J. Mitchell
Un nationaliste écossais brandit son drapeau au sommet de Calton Hill, qui domine Édimbourg.
Édimbourg — Contrairement aux Québécois qui vivent à 30 km de la frontière américaine, il n'est pas très difficile pour les Écossais d'imaginer à quoi ressemblerait leur pays une fois indépendant. Ils n'ont pour cela qu'à regarder au-delà de la mer du Nord pour contempler le Danemark, la Norvège et la Suède. Ou encore la Finlande et les Pays-Bas. «L'Écosse ressemblerait probablement à une monarchie parlementaire de type scandinave», dit Kenneth Gibson, député SNP de Cunninghame Nord, une circonscription du sud-ouest de l'Écosse. «De toute façon, dit-il, les Écossais se sentent plus proches de ces pays que de l'Angleterre.»
Sixième pays de l'OCDE pour son produit national brut par habitant, «l'Écosse serait une terre d'élection de la social-démocratie où les valeurs d'égalité et de justice seraient particulièrement importantes», dit le député qui sortait tout juste de la Chambre des députés. On venait d'y voter une résolution affirmant que seul le peuple écossais pouvait légitimement décider de l'avenir de l'Écosse. À deux ans du référendum sur l'indépendance, alors que certains élus de Londres prétendent avoir le droit de déterminer la question qui sera posée aux Écossais, cette résolution approuvée par la majorité des députés d'Édimbourg évoque le célèbre Claim of Right adopté par le premier Parlement écossais en 1689 avant sa dissolution en 1707.
«Contrairement au Québec, l'Écosse n'a jamais été conquise, dit Kenneth Gibson. Elle est entrée dans l'Union volontairement. Elle peut donc en sortir de la même façon.» Pour ce député, dont l'arrière-grand-père était un Lafayette de Rouen, le déclin de la population écossaise au sein du Royaume-Uni est une illustration du sort que celui-ci réserve à l'Écosse. «Lorsque nous sommes entrés dans l'Union, nous représentions un Britannique sur cinq. Nous ne sommes plus qu'un sur dix! La population de l'Écosse n'a pas bougé depuis la guerre à cause de l'émigration.»
La survie économique d'une Écosse indépendante ne fait guère débat aujourd'hui, surtout depuis la découverte de pétrole dans la mer du Nord, dans les années 1980. Ce qui n'empêche pas le premier ministre Alex Salmond, un banquier de métier, d'affirmer que l'Écosse conserverait la livre sterling comme monnaie et la Banque d'Angleterre comme prêteur de dernier recours. Ce qui n'est pas l'avis du chancelier de l'Échiquier, John Osborne, qui a laissé entendre que Londres pourrait s'y opposer. Une opinion aussitôt contredite par le secrétaire du Scottish Office, Michael Moore. Selon ce dernier, l'Écosse pourrait conserver la livre sterling sans aucun problème, mais elle devrait «réfléchir aux conséquences»: ses taux d'intérêt seraient alors décidés à Londres et non pas à Édimbourg.
«Ce n'est peut-être pas le meilleur moment pour joindre la zone euro, dit Gibson, mais à terme, quand les choses se seront calmées, il serait normal que l'Écosse adopte la monnaie européenne.» D'ailleurs, tous les membres de l'Union, à l'exception du Royaume-Uni, ont cette obligation dès qu'ils réunissent certaines conditions. Chaque fois que le premier ministre David Cameron accuse les indépendantistes de vouloir isoler l'Écosse, Alex Salmond se fait un malin plaisir de lui répondre qu'à force de combattre l'Europe, c'est lui qui pratique l'isolationnisme.
Her Majesty the Queen
Il en va de la reine comme de la livre sterling. Pas question non plus d'abandonner les symboles royaux et la photo d'Elizabeth II qui trônent à l'entrée du jeune parlement écossais. Parlement qu'on a d'ailleurs pris soin de construire il y a dix ans à l'extrémité du Royal Mile qui mène du château d'Édimbourg au palais royal de Holyrood. Pourquoi la reine? La question embarrasse tout de même un peu le député qui lève les yeux au ciel. «Que voulez-vous, c'est un symbole de continuité. Et puis, on aura un référendum sur le sujet un jour ou l'autre et le peuple décidera.»
Le débat référendaire n'avait pas vraiment commencé que le secrétaire aux Affaires étrangères William Hague affirmait que, si l'Écosse se séparait, les ambassades britanniques ne feraient plus la promotion du whisky écossais. Ces exportations rapportent à l'Écosse trois milliards de livres chaque année. L'argument fait néanmoins sourire Kenneth Gibson, pour qui l'Écosse n'a pas besoin des ambassades britanniques pour vendre son whisky.
Pour le député, la victoire des indépendantistes au prochain référendum ne semble guère faire de doutes. «Les jeunes nous soutiennent, dit-il. Le membership du SNP est en pleine expansion. Il y a même des Écossais de la grande diaspora écossaise à l'étranger qui militent pour l'indépendance.» Quand on rappelle au député qu'au Québec aussi, toutes ces conditions semblaient réunies, Gibson cite une étude du sociologue Jean Laponce. Cet universitaire de l'Université d'Ottawa a compilé les résultats de tous les référendums d'autodétermination tenus dans le monde depuis celui de la Norvège en 1905.
Sur 46, 4 seulement n'ont pas entraîné de sécession immédiate. Mais au Monténégro et à Malte, la décision a finalement été infirmée. Les seuls dont les décisions ne l'ont toujours pas été se sont tenus au Québec en 1980 et 1995...
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Correspondant du Devoir à Paris
Sixième pays de l'OCDE pour son produit national brut par habitant, «l'Écosse serait une terre d'élection de la social-démocratie où les valeurs d'égalité et de justice seraient particulièrement importantes», dit le député qui sortait tout juste de la Chambre des députés. On venait d'y voter une résolution affirmant que seul le peuple écossais pouvait légitimement décider de l'avenir de l'Écosse. À deux ans du référendum sur l'indépendance, alors que certains élus de Londres prétendent avoir le droit de déterminer la question qui sera posée aux Écossais, cette résolution approuvée par la majorité des députés d'Édimbourg évoque le célèbre Claim of Right adopté par le premier Parlement écossais en 1689 avant sa dissolution en 1707.
«Contrairement au Québec, l'Écosse n'a jamais été conquise, dit Kenneth Gibson. Elle est entrée dans l'Union volontairement. Elle peut donc en sortir de la même façon.» Pour ce député, dont l'arrière-grand-père était un Lafayette de Rouen, le déclin de la population écossaise au sein du Royaume-Uni est une illustration du sort que celui-ci réserve à l'Écosse. «Lorsque nous sommes entrés dans l'Union, nous représentions un Britannique sur cinq. Nous ne sommes plus qu'un sur dix! La population de l'Écosse n'a pas bougé depuis la guerre à cause de l'émigration.»
La survie économique d'une Écosse indépendante ne fait guère débat aujourd'hui, surtout depuis la découverte de pétrole dans la mer du Nord, dans les années 1980. Ce qui n'empêche pas le premier ministre Alex Salmond, un banquier de métier, d'affirmer que l'Écosse conserverait la livre sterling comme monnaie et la Banque d'Angleterre comme prêteur de dernier recours. Ce qui n'est pas l'avis du chancelier de l'Échiquier, John Osborne, qui a laissé entendre que Londres pourrait s'y opposer. Une opinion aussitôt contredite par le secrétaire du Scottish Office, Michael Moore. Selon ce dernier, l'Écosse pourrait conserver la livre sterling sans aucun problème, mais elle devrait «réfléchir aux conséquences»: ses taux d'intérêt seraient alors décidés à Londres et non pas à Édimbourg.
«Ce n'est peut-être pas le meilleur moment pour joindre la zone euro, dit Gibson, mais à terme, quand les choses se seront calmées, il serait normal que l'Écosse adopte la monnaie européenne.» D'ailleurs, tous les membres de l'Union, à l'exception du Royaume-Uni, ont cette obligation dès qu'ils réunissent certaines conditions. Chaque fois que le premier ministre David Cameron accuse les indépendantistes de vouloir isoler l'Écosse, Alex Salmond se fait un malin plaisir de lui répondre qu'à force de combattre l'Europe, c'est lui qui pratique l'isolationnisme.
Her Majesty the Queen
Il en va de la reine comme de la livre sterling. Pas question non plus d'abandonner les symboles royaux et la photo d'Elizabeth II qui trônent à l'entrée du jeune parlement écossais. Parlement qu'on a d'ailleurs pris soin de construire il y a dix ans à l'extrémité du Royal Mile qui mène du château d'Édimbourg au palais royal de Holyrood. Pourquoi la reine? La question embarrasse tout de même un peu le député qui lève les yeux au ciel. «Que voulez-vous, c'est un symbole de continuité. Et puis, on aura un référendum sur le sujet un jour ou l'autre et le peuple décidera.»
Le débat référendaire n'avait pas vraiment commencé que le secrétaire aux Affaires étrangères William Hague affirmait que, si l'Écosse se séparait, les ambassades britanniques ne feraient plus la promotion du whisky écossais. Ces exportations rapportent à l'Écosse trois milliards de livres chaque année. L'argument fait néanmoins sourire Kenneth Gibson, pour qui l'Écosse n'a pas besoin des ambassades britanniques pour vendre son whisky.
Pour le député, la victoire des indépendantistes au prochain référendum ne semble guère faire de doutes. «Les jeunes nous soutiennent, dit-il. Le membership du SNP est en pleine expansion. Il y a même des Écossais de la grande diaspora écossaise à l'étranger qui militent pour l'indépendance.» Quand on rappelle au député qu'au Québec aussi, toutes ces conditions semblaient réunies, Gibson cite une étude du sociologue Jean Laponce. Cet universitaire de l'Université d'Ottawa a compilé les résultats de tous les référendums d'autodétermination tenus dans le monde depuis celui de la Norvège en 1905.
Sur 46, 4 seulement n'ont pas entraîné de sécession immédiate. Mais au Monténégro et à Malte, la décision a finalement été infirmée. Les seuls dont les décisions ne l'ont toujours pas été se sont tenus au Québec en 1980 et 1995...
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Correspondant du Devoir à Paris
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