Entre fête et contestation
L'Égypte souligne le premier anniversaire de la révolte anti-Moubarak
Photo : Agence Reuters
«La révolution jusqu’à la victoire!», ont scandé hier des manifestants à la place Tahrir au Caire, appelant à poursuivre une «révolution inachevée».
Des dizaines de milliers d'Égyptiens ont célébré à la place Tahrir au Caire dans un contexte d'incertitude — et de divisions — concernant le rythme du processus de transition politique le premier anniversaire du soulèvement populaire qui a mis fin en 18 jours à près de 30 ans de règne sans partage du président Hosni Moubarak.
D'un côté, des groupes prodémocratie ont réclamé à grands cris la dissolution du Conseil suprême des forces armées (CSFA), qu'ils soupçonnent de s'accrocher par tous les moyens au pouvoir. «À bas le régime militaire!» ou encore «La révolution jusqu'à la victoire!» scandaient-ils, appelant à poursuivre une «révolution inachevée».
De l'autre, les Frères musulmans célébraient une «révolution du Nil» qui leur a permis de sortir du placard et de faire grâce au Parti liberté et justice (PLJ) un tabac aux élections législatives.
La confrérie musulmane rejette l'idée de lancer une «deuxième révolution», estimant que la population devait se rallier derrière le Parlement du peuple, qui a tenu sa séance inaugurale lundi, ont fait valoir des sympathisants des Frères musulmans, alors que derrière eux d'autres entonnaient des chants religieux ou criaient «Allahou Akbar» («Dieu est grand»).
«J'espère que nous serons tous rassemblés dans la joie de ce que nous avons accompli, pour conserver notre Égypte et répondre aux demandes de la révolution», avait déclaré la semaine dernière le chef de la confrérie musulmane, Mohamed Badi, opposé à l'émergence d'un nouveau mouvement de contestation contre l'armée.
Contrairement à de nombreux manifestants, le Prix Nobel de la paix 2005, Mohamed el-Baradeï, ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), considère que le retour des militaires dans leurs casernes n'est pas la priorité. «Je ne pense pas que ce soit la question aujourd'hui, a-t-il déclaré à l'Associated Press. Nous devons nous mettre d'accord sur les moyens d'atteindre les objectifs de la révolution en commençant par établir une Constitution démocratique correcte, en améliorant l'économie, la sécurité et l'indépendance de la justice et des médias, et en nous assurant que ceux qui ont tué ces gens soient poursuivis.»
Dans la soirée, des protestataires se préparaient à passer la nuit à la place Tahrir, promettant de tenir un sit-in jusqu'à un prochain rassemblement demain.
Le ministère de l'Intérieur avait assuré qu'il n'y aurait aucune présence policière sur le lieu des rassemblements. Les forces de sécurité se tenaient néanmoins en état d'alerte en cas de «tentative de sabotage» des célébrations.
Des manifestations rassemblant des milliers de personnes se sont également déroulées dans d'autres villes du pays de plus de 80 millions d'habitants, notamment à Alexandrie, Suez et Ismaïlia, a rapporté l'AFP. «Nous ne nous sommes pas réunis pour faire la fête, mais pour manifester contre le Conseil militaire et le sommer de quitter le pouvoir immédiatement et de le restituer aux civils», répétait Mohamed Ismaïl, qui a pris part au rassemblement de Suez, à Reuters.
Rythme des réformes
Le secrétaire général de l'Organisation des Nations unies, Ban Ki-moon, a «félicité le peuple égyptien pour sa transition pacifique vers la démocratie», tout en appelant les autorités à «accélérer le rythme des réformes».
«Si de nombreux défis restent à relever, l'Égypte a parcouru un long chemin au cours de l'année écoulée», a pour sa part souligné la Maison-Blanche.
À la veille de l'anniversaire de la révolution, le président du CSFA, Hussein Tantaoui, a insisté lors d'une allocution télévisée sur le fait que «la nation et les forces armées ont un objectif: que l'Égypte devienne un État démocratique».
Le chef d'État de fait a en outre annoncé la «fin de l'état d'urgence» qui permet de restreindre les libertés publiques et des jugements devant des tribunaux d'exception, «à l'exception des cas de lutte contre» les délits violents. Il n'a pas été plus précis sur ce que comprenait exactement la lutte contre la violence.
L'abolition de la loi sur l'état d'urgence, qui a été appliquée sans discontinuer depuis l'assassinat de l'homme d'État Anouar el-Sadate en octobre 1981, était réclamée avec insistance par les instigateurs de la révolte de l'an dernier.
Cette levée partielle, entrée en vigueur hier, est une «invitation à la poursuite des mauvais traitements», a déploré Human Rights Watch.
Les commémorations militaires officielles annoncées — parades, défilés aériens, remises de décorations, etc. — sont restées très discrètes, y compris à la télévision d'État. L'armée a fait savoir qu'elles devraient se dérouler au cours des prochains jours.
Pour marquer l'événement, le Conseil militaire a annoncé la libération de 3000 prisonniers «pour bonne conduite», soit 1000 personnes de plus que ce qui avait été préalablement annoncé. D'ailleurs, le célèbre blogueur Maïkel Nabil, détenu pour avoir critiqué l'armée, a été libéré mardi.
D'après No to Military Trials («non aux tribunaux militaires»), un groupe de pression mis sur pied dans la foulée de la «révolution du Nil», la justice militaire a traité pas moins de 12 000 affaires depuis février. Selon cette ONG, les condamnations ont été le plus souvent rendues à huis clos en l'absence d'avocats de la défense.
Plus tôt cette semaine, le président de la nouvelle Assemblée, Saad el-Katatni, qui est également secrétaire général des Frères musulmans, avait fait savoir que le Parlement allait mener sa propre enquête sur les violences de la révolution.
Dans la foulée du soulèvement tunisien, le 25 janvier 2011 avait vu le début de manifestations d'une ampleur inédite à la place Tahrir et à travers l'Égypte contre Hosni Moubarak, contraint à la démission le 11 février 2011. L'homme de 83 ans, actuellement en détention dans un hôpital militaire, est jugé au côté de son ancien ministre de l'Intérieur Habib el-Adli.
***
D'après Reuters, l'AFP et l'AP
D'un côté, des groupes prodémocratie ont réclamé à grands cris la dissolution du Conseil suprême des forces armées (CSFA), qu'ils soupçonnent de s'accrocher par tous les moyens au pouvoir. «À bas le régime militaire!» ou encore «La révolution jusqu'à la victoire!» scandaient-ils, appelant à poursuivre une «révolution inachevée».
De l'autre, les Frères musulmans célébraient une «révolution du Nil» qui leur a permis de sortir du placard et de faire grâce au Parti liberté et justice (PLJ) un tabac aux élections législatives.
La confrérie musulmane rejette l'idée de lancer une «deuxième révolution», estimant que la population devait se rallier derrière le Parlement du peuple, qui a tenu sa séance inaugurale lundi, ont fait valoir des sympathisants des Frères musulmans, alors que derrière eux d'autres entonnaient des chants religieux ou criaient «Allahou Akbar» («Dieu est grand»).
«J'espère que nous serons tous rassemblés dans la joie de ce que nous avons accompli, pour conserver notre Égypte et répondre aux demandes de la révolution», avait déclaré la semaine dernière le chef de la confrérie musulmane, Mohamed Badi, opposé à l'émergence d'un nouveau mouvement de contestation contre l'armée.
Contrairement à de nombreux manifestants, le Prix Nobel de la paix 2005, Mohamed el-Baradeï, ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), considère que le retour des militaires dans leurs casernes n'est pas la priorité. «Je ne pense pas que ce soit la question aujourd'hui, a-t-il déclaré à l'Associated Press. Nous devons nous mettre d'accord sur les moyens d'atteindre les objectifs de la révolution en commençant par établir une Constitution démocratique correcte, en améliorant l'économie, la sécurité et l'indépendance de la justice et des médias, et en nous assurant que ceux qui ont tué ces gens soient poursuivis.»
Dans la soirée, des protestataires se préparaient à passer la nuit à la place Tahrir, promettant de tenir un sit-in jusqu'à un prochain rassemblement demain.
Le ministère de l'Intérieur avait assuré qu'il n'y aurait aucune présence policière sur le lieu des rassemblements. Les forces de sécurité se tenaient néanmoins en état d'alerte en cas de «tentative de sabotage» des célébrations.
Des manifestations rassemblant des milliers de personnes se sont également déroulées dans d'autres villes du pays de plus de 80 millions d'habitants, notamment à Alexandrie, Suez et Ismaïlia, a rapporté l'AFP. «Nous ne nous sommes pas réunis pour faire la fête, mais pour manifester contre le Conseil militaire et le sommer de quitter le pouvoir immédiatement et de le restituer aux civils», répétait Mohamed Ismaïl, qui a pris part au rassemblement de Suez, à Reuters.
Rythme des réformes
Le secrétaire général de l'Organisation des Nations unies, Ban Ki-moon, a «félicité le peuple égyptien pour sa transition pacifique vers la démocratie», tout en appelant les autorités à «accélérer le rythme des réformes».
«Si de nombreux défis restent à relever, l'Égypte a parcouru un long chemin au cours de l'année écoulée», a pour sa part souligné la Maison-Blanche.
À la veille de l'anniversaire de la révolution, le président du CSFA, Hussein Tantaoui, a insisté lors d'une allocution télévisée sur le fait que «la nation et les forces armées ont un objectif: que l'Égypte devienne un État démocratique».
Le chef d'État de fait a en outre annoncé la «fin de l'état d'urgence» qui permet de restreindre les libertés publiques et des jugements devant des tribunaux d'exception, «à l'exception des cas de lutte contre» les délits violents. Il n'a pas été plus précis sur ce que comprenait exactement la lutte contre la violence.
L'abolition de la loi sur l'état d'urgence, qui a été appliquée sans discontinuer depuis l'assassinat de l'homme d'État Anouar el-Sadate en octobre 1981, était réclamée avec insistance par les instigateurs de la révolte de l'an dernier.
Cette levée partielle, entrée en vigueur hier, est une «invitation à la poursuite des mauvais traitements», a déploré Human Rights Watch.
Les commémorations militaires officielles annoncées — parades, défilés aériens, remises de décorations, etc. — sont restées très discrètes, y compris à la télévision d'État. L'armée a fait savoir qu'elles devraient se dérouler au cours des prochains jours.
Pour marquer l'événement, le Conseil militaire a annoncé la libération de 3000 prisonniers «pour bonne conduite», soit 1000 personnes de plus que ce qui avait été préalablement annoncé. D'ailleurs, le célèbre blogueur Maïkel Nabil, détenu pour avoir critiqué l'armée, a été libéré mardi.
D'après No to Military Trials («non aux tribunaux militaires»), un groupe de pression mis sur pied dans la foulée de la «révolution du Nil», la justice militaire a traité pas moins de 12 000 affaires depuis février. Selon cette ONG, les condamnations ont été le plus souvent rendues à huis clos en l'absence d'avocats de la défense.
Plus tôt cette semaine, le président de la nouvelle Assemblée, Saad el-Katatni, qui est également secrétaire général des Frères musulmans, avait fait savoir que le Parlement allait mener sa propre enquête sur les violences de la révolution.
Dans la foulée du soulèvement tunisien, le 25 janvier 2011 avait vu le début de manifestations d'une ampleur inédite à la place Tahrir et à travers l'Égypte contre Hosni Moubarak, contraint à la démission le 11 février 2011. L'homme de 83 ans, actuellement en détention dans un hôpital militaire, est jugé au côté de son ancien ministre de l'Intérieur Habib el-Adli.
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D'après Reuters, l'AFP et l'AP
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