Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • fermer

    Connexion au Devoir.com

    Mot de passe oublié?
    Abonnez-vous!

    Déroute afghane (suite et fin)

    «Les marines ont les corps les plus propres, les esprits les plus sales, la plus grande détermination et le sens moral le plus bas de tous les groupes d'animaux que j'ai pu observer.»
    — Eleanor Roosevelt, première dame des États-Unis, en 1945 à Quantico en Virginie.
    Les épisodes honteux ou inquiétants se multiplient en Afghanistan: infiltrations ennemies de plus en plus fréquentes; assassinats de soldats français par de supposés camarades de formation afghans; marines américains profanant de leur miction des cadavres d'ennemis talibans, puis immortalisant le tout pour l'édification du monde... Sans compter une explosion du nombre de demandes d'asile à l'étranger — qui égrènent le désespoir afghan — selon des chiffres de l'ONU dévoilés ce week-end: trois fois plus de requêtes en 2011 qu'en 2007.

    Devant une telle enfilade de signes de morbidité voire de décadence, de plus en plus de gens concluent qu'il est grand temps que les Occidentaux, à leur onzième année consécutive de présence militaire en Afghanistan, déclarent forfait, prennent leurs cliques et leurs claques et laissent les Afghans se débrouiller. Quitte à voir reprendre de plus belle une guerre qui, en fait, n'a jamais cessé depuis l'époque de l'invasion soviétique, guerre qu'ils ont eux-mêmes relancée. Quitte aussi à voir rappliquer à Kaboul — une fois de plus — des intégristes triomphants.

    C'est en substance ce qu'admettaient ces derniers jours — pour une fois d'accord — le président français Nicolas Sarkozy et son principal adversaire à l'élection d'avril, le socialiste François Hollande: «Cette mission est terminée», a dit

    M. Hollande, qui lançait hier sa campagne présidentielle devant 10 000 personnes, en évoquant l'assassinat de camarades en armes par leurs supposés «alliés».

    Le président en exercice, lui, a clairement laissé entendre que la date-butoir de 2014, pour le départ des soldats français (et occidentaux) d'Afghanistan, pourrait être avancée de deux ans.

    ***

    Dans la foulée de cette tragédie des soldats français assassinés, le New York Times a republié, le même jour (20 janvier), les conclusions d'un rapport interne de l'ISAF (commandement de l'OTAN en Afghanistan) déjà déposé en juin 2011. On y expliquait qu'un nombre croissant de soldats et de militaires afghans retournent leurs armes contre les militaires étrangers de l'OTAN... avec qui ils sont censés coopérer.

    Les motifs sont divers: haine, honneur, idéologie, règlements de comptes personnels... Détail capital: ces faits ne seraient pas uniquement — ni même d'abord — causés par des infiltrations de talibans. Au lieu de viser les talibans, de plus en plus de jeunes soldats afghans sans antécédents militants, recrutés pour lutter à leurs côtés, tuent leurs «alliés», leurs «professeurs» qui s'imaginaient être venus dans ce pays pour lutter d'un seul élan contre le mal terroriste et intégriste.

    Selon le rapport de l'ISAF, la multiplication des incidents depuis 2007 révèle une animosité croissante des recrues afghanes contre leurs supposés sauveurs étrangers. Extrait du rapport:

    «Il est clair que les altercations meurtrières ne sont ni rares ni isolées; elles reflètent une menace en hausse rapide et systématique (dont l'ampleur pourrait être sans précédent entre "alliés" dans l'histoire militaire moderne). Les dénégations sur l'étendue du mal semblent peu sincères, sinon intellectuellement profondément malhonnêtes.»

    Entre mai 2007 et mai 2011, «au moins 58 soldats de l'OTAN dans 26 attaques ont été tués par des soldats et des policiers afghans». Le rapport note une nette augmentation du phénomène à compter de l'automne 2009.

    Selon un colonel de l'armée afghane, cité vendredi par le New York Times, «le sentiment de haine augmente rapidement» dans les relations entre forces afghanes et américaines supposées alliées. Les soldats afghans vus par ce colonel? «Des voleurs, des menteurs et des drogués.»

    Quant aux Américains, ce sont «des brutes grossières et arrogantes»... ce que laisse bien entrevoir l'épisode honteux de la profanation des cadavres d'ennemis talibans, écho de la lointaine citation d'Eleanor Roosevelt. «Je crains, conclut-il, que cela ne devienne bientôt un problème majeur dans les rangs subalternes des deux armées.»

    Un diagnostic ahurissant, qui en dit long sur le désespoir ambiant et les perspectives de cette «mission» de l'Occident tout-puissant en Afghanistan, qui vire au cauchemar. Une leçon d'humilité, une de plus.

    ***

    François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses textes à l'adresse http://blogues.radio-canada.ca/correspondants
     
     
    Édition abonné
    La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
     
     












    CAPTCHA Image Générer un nouveau code

    Envoyer
    Fermer
    Blogues
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel