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Printemps, euro et élections

Les tentatives de prévisions en début d'année valent ce qu'elles valent. En 2011, plusieurs événements majeurs ont complètement échappé aux calculs. Par définition, une catastrophe comme celle du 11 mars au Japon était imprévisible. Mais l'éruption arabe, elle, constitue une belle leçon d'humilité pour ceux qui font profession de détecter les signes du nouveau en politique internationale.

Le Printemps arabe aura fait tomber en 2011 trois dictateurs et en emportera d'autres. Début 2012, le Yéménite Ali Abdallah Saleh est sur son départ; la chute de Bachar al-Assad en Syrie paraît programmée.

Remarquable a été la résolution adoptée le 12 novembre par la Ligue arabe, ayant pour effet de suspendre la Syrie de ses rangs... Aux derniers jours de 2011, même la Russie, couverture habituelle de la dictature syrienne à l'ONU, semblait prendre ses distances et favoriser à tout le moins un changement de leader à Damas, à défaut d'un ralliement à la révolution de la rue.

Nul doute que le Printemps arabe — un «printemps» de plusieurs années au minimum — se poursuivra en 2012.


***

Mais y a-t-il danger d'une régression islamiste? C'est la question à 100 000 dollars...

Il faut savoir ce que les mots veulent dire. Dans plusieurs de ces pays où il y avait la dictature, le silence et la peur, des gens sont morts en criant «Liberté!» Là où il y avait le silence et la peur, il y a aujourd'hui le pluralisme et des débats publics. Avec des populations qui ont l'air de croire qu'elles peuvent peser sur leur propre destin: en soi, cela n'est nullement une «régression». C'est une extraordinaire nouveauté, un motif d'espoir en l'avenir.

Maintenant, oui, les formations islamistes semblent bien parties pour remporter la mise, lors de la première manche électorale qui a suivi l'éclosion du Printemps. On l'a vu cet automne: elles ont obtenu 27 % au Maroc, 42 % en Tunisie... 65 % en Égypte. Oui, les 20 % de suffrages qu'a ralliés la fraction salafiste en Égypte sont préoccupants.

Mais n'enfermons pas tous ces votes dans une signification unique. Ne sous-estimons pas leur contexte démocratique, et le changement idéologique qu'amènera la nécessité, pour ces partis, de gérer l'économie, de gouverner et de cohabiter avec d'autres forces. Attendons voir.

***

Deux autres questions pour 2012...

Survie ou disparition de l'euro? La question ne relève plus de la science-fiction. Elle revient désormais de façon lancinante, d'une crise à l'autre. Les gouvernants feront tout pour éviter l'explosion monétaire, mais ils pourraient échouer. Une forme mineure — mais déjà grave — de décomposition serait l'expulsion (plus ou moins consentie) d'un ou deux petits pays.

Si l'Allemagne et la Banque centrale européenne restent figées dans leurs positions déflationnistes et d'austérité à tout prix, la récession annoncée en Europe pourrait devenir une dépression. Dans ce cas, l'explosion est possible et pourrait même emporter l'idéal européen. Déjà, une régression fascisante se fait jour en Hongrie.

Combien de changements au sommet? Plusieurs grands pays pourraient changer de leadership en 2012. Sarkozy, Obama, Poutine, Hu Jintao...

Le seul dont le départ est assuré est le dernier: la Chine, on le sait, ne s'embarrasse pas d'élections. Tous les dix ans, le roulement au sommet est bien planifié: en septembre, Xi Jinping deviendra donc le leader de la (future) première économie du monde. Autant bien apprendre son nom.

Nicolas Sarkozy, le beau parleur mal-aimé, devrait normalement perdre — et bien perdre — en mai prochain. Mais ne sous-estimons pas les capacités autodestructrices du Parti socialiste, dont certaines factions ont déjà commencé à saboter la candidature de François Hollande. Sans oublier une crise économique qui pourrait faire monter les extrêmes.

Barack Obama a pour lui de faire face à un Parti républicain rongé par l'extrémisme. Mais, au-delà de sa propre survie politique et de l'argument «Je suis moins à droite que ces fous-là!», qu'a-t-il à offrir au peuple américain? Il pourrait être réélu par défaut, cette fois sans susciter trop d'attentes.

Quant à Vladimir Poutine — candidat à l'élection présidentielle russe en mars — il faudra voir si son «système» a été sérieusement ébranlé par les manifestations en décembre contre la fraude aux élections législatives. L'émergence d'une protestation civile à Moscou et dans quelques villes est-elle une hirondelle démocratique? L'homme d'affaires Mikhaïl Prokhorov arrivera-t-il à forcer un second tour? Ce serait déjà quelque chose.

***

François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses textes à l'adresse blogues.radio-canada.ca/correspondants
 
 
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