samedi 26 mai 2012 Dernière mise à jour 09h44
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Manifestations en Russie - Poutine ébranlé

Jamais, depuis les manifestations qui avaient accéléré l'implosion de l'Union soviétique il y a vingt ans, on n'avait vu autant de Russes défiler dans les rues de Moscou, de Saint-Pétersbourg et d'autres villes. Jamais, depuis qu'il maîtrise les rouages du pouvoir, Vladimir Poutine et le système qu'il a imposé n'avaient été aussi ébranlés.

Malgré les cyberattaques ordonnées par le Kremlin pour torpiller l'expression du ras-le-bol qui habite des millions de citoyens, malgré l'attelage hétéroclite de l'opposition au régime, des centaines de milliers de Russes ont scandé le slogan désormais officiel «Non au parti des escrocs et des voleurs». Malgré le jeu de chaises musicales orchestré par Poutine hier et avant-hier et les promesses de «libéralisation» de la presse et de réformes formulées par Dmitri Medvedev, jugées comme autant d'engagements creux, les porte-parole des adversaires à ce duo qui entend régenter le pays pour douze autres années ont indiqué qu'ils n'entendaient pas lâcher prise. Ils voulaient l'annulation des résultats des récentes législatives et ils ne l'ont pas obtenue? Pas question de lâcher prise.

Quand on s'attarde à la ventilation du scrutin tenu au début du présent mois, il y a matière à partager la colère d'une population aspirant plus que jamais à l'instauration d'un État de droit, à l'observation des règles démocratiques les plus élémentaires. Prenons la Tchétchénie, où deux guerres ont été déclenchées par Poutine, la première lorsqu'il était le directeur de cabinet de Boris Eltsine, la deuxième en tant que président. Et alors? Son parti, Russie unie, a récolté 99,5 % des suffrages. Au Daguestan? 91,6 %. En Ingouchie: 91 %. Pour faire court, soulignons que, dans toutes les républiques du Caucase qui ont un lourd contentieux avec Moscou, Poutine a enregistré des résultats «soviétiques». Chapeau!

De cela, les Russes ne sont plus dupes. De cette démocratie cadenassée, ils ne veulent plus. D'autant moins que les meneurs de l'opposition sont en fait les enfants d'une génération qui a déconstruit le mur de Berlin avant d'enterrer l'URSS deux ans plus tard. Dans un article éclairant qu'elle a écrit pour le site Project Syndicate sous le titre «The Eternal Putin», Nina Khruscheva, senior fellow au World Policy Institute de New York, dit que, dans la foulée de la tyrannie tsariste puis communiste, les Russes se percevaient comme des subordonnés à l'État et non comme des acteurs agissants, comme des acteurs formant la société civile. Bien évidemment, cette soumission a nourri un terreau fertile pour le despotisme.

S'il n'a pas totalement disparu, ce sentiment d'inféodation n'est plus aussi largement partagé. Pour se convaincre de cela, il suffit de s'arrêter à la composition sociologique des centaines de milliers d'opposants qui conjuguent désormais le système Poutine à la stagnation brejnévienne. La majorité d'entre eux sont éduqués, urbains et bien au fait, pour avoir voyagé notamment en Europe, de ce qu'est la démocratie. À la différence de leurs parents, ils sont beaucoup plus politisés. Suffisamment en tout cas pour avancer que Poutine a conservé un travers de son premier employeur: le KGB. Lequel? L'inclination marquée pour le contrôle social.

La vague de contestations des dernières semaines a ceci de riche en enseignements qu'elle met en lumière la volonté d'une frange importante du peuple russe d'en finir avec le modèle Poutine qui repose sur trois socles: l'État, le patriotisme, l'orthodoxie. Dans une libre opinion publiée dans le journal Le Monde, Alexandre Melnik, ex-diplomate, suggère que le modèle Poutine est probablement parvenu à son terme. «[...] le renforcement proclamé de l'État débouche sur un secteur public obèse, inefficace et corrompu; le patriotisme affiché vire au nationalisme de plus en plus agressif; la religion orthodoxe, présentée par la propagande officielle comme source de spiritualité, paralyse toute velléité d'action au nom de la contemplation passive.»

À bien des égards, ce dernier point de vue a quelque chose de réjouissant. Car à l'évidence, les milliers de manifestants sont conscients que l'État est obèse, que le nationalisme est le paravent de l'arriération historique, que la religion devrait être cantonnée à la vie privée. On assiste probablement au début d'un processus qui va se conclure par la mise entre parenthèses du modèle Poutine.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • michel lebel - Inscrit
    29 décembre 2011 07 h 52
    Avec le temps...
    Tout système despotique finit un jour ou l'autre par s'écrouler. Le système Poutine ne devrait pas faire exception à la règle. C'est une question de temps. Les Hommes auront toujours soif de liberté et de dignité.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    29 décembre 2011 09 h 58
    Poutine et l'opinion internationale
    Poutine ébranlé, ça resterait à vérifier. En tous les cas, s'il l'est vraiment, c'est qu'il a peur de l'opinion internationale et c'est probablement ce qui l'empêche de mâter les opposants.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Martin Bilodeau - Abonné
    29 décembre 2011 13 h 26
    Un « printemps russe »?
    Après les maintes expositions dans les médias des dérives démocratiques des élections législatives d'il y a un mois, les Russes ont allumé, se sont réveillés, sont sortis (sortent et sortiront encore) de leur froideur pour s'épivarder dans les rues des principaux hauts lieux pour manifester... leur opposition flagrante au(x) règne(s) de Vladimir Poutine, le PM « marionnetteux » par excellence de son « dauphin » et président Medvedev.

    Ce dernier n'affichait de président que dans la forme, alors qu'au fond c'est le président de 2000 à 2008 qui a occupé le haut du pavé? Plusieurs -- si ce n'est la majorité -- le croient fortement! Alors que l'ex-futur président de la Russie, Poutine, prêt à briguer la présidence pour plusieurs années lointaines selon les projets de loi, ou manigances, orchestrés à la Constitution (ou au Parlement russe?), se prépare au pire (colère des Russes omniprésente) et au meilleur (euphémisme : un règne en devenir quasi sans précédent dans les annales politiques), sa ferme volonté de demeurer le roi et maître russe, lire d'accentuer sa main de fer au Kremlin, n'a d'égale que la fermeté des politiques russes envers la diplomatie, la quasi-mainmise sur les médias d'information et son attachement suspect envers des nations aux pouvoirs militaires grandiloquents (Iran, Chine...).
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Louise Brassard - Abonnée
    29 décembre 2011 15 h 51
    De la poutine
    Pour le tsar valérie premier, les frontières sont peut-être devenues trop perméables aux allé-venu de jeunes Russes qui ont soif de démocratie. S'il veut maintenir son omnipotence sur la Russie, il ne lui suffira pas juste de faire des aller-retours de président à premier ministre. Il lui faudra imiter soit Staline soit les Kim en Corée du Nord et fermer ses frontières.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Louise Brassard - Abonnée
    29 décembre 2011 15 h 53
    Erreur
    je voulais bien sûr parler du Tsar Vladimir 1.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • France Marcotte - Abonnée
    29 décembre 2011 16 h 25
    Des acteurs agissants
    "...dans la foulée de la tyrannie tsariste puis communiste, les Russes se percevaient comme des subordonnés à l'État et non comme des acteurs agissants, comme des acteurs formant la société civile. Bien évidemment, cette soumission a nourri un terreau fertile pour le despotisme."

    Constat aisé à faire en regardant ailleurs mais peut-on franchement dire qu'ici nous nous percevons comme des acteurs agissants et formant la société civile?
    Franchement cela me paraît assez abstrait.
    Sommes-nous ici un terreau fertile pour le despotisme?
    Ne manque-t-il que le despote?
    Ou bien pourrait-il porter d'autres habits.
    Si c'était le cas, irions-nous dans la rue?
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
6 réactions
5 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Dépêches
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012