Syrie - Un attentat frappe Damas
Deux bombes explosent devant les bâtiments abritant les services de renseignement
Photo : Agence Reuters
Des manifestations se poursuivent quotidiennement à Damas.
Deux voitures piégées conduites par des kamikazes ont explosé hier devant deux bâtiments des services de renseignement dans la capitale syrienne, tuant au moins 44 personnes et en blessant plus de 160 autres, selon les autorités. Il s'agit des premiers attentats du genre à survenir en Syrie depuis le début du soulèvement populaire contre le président Bachar al-Assad, il y a neuf mois.
Les deux déflagrations se sont produites à quelques secondes d'intervalle, à 10h18 (3h18, heure de l'Est) dans le quartier huppé de Kfar Sousa. Elles ont été entendues partout à Damas.
Des corps mutilés et ensanglantés gisaient parmi les débris et les véhicules calcinés devant le quartier général de l'agence générale du renseignement et de celui des services de renseignement militaire, deux organisations qui ont joué un rôle de premier plan dans la répression meurtrière des manifestations contre le régime.
Le gouvernement s'est empressé de présenter ces explosions comme des preuves de ses allégations selon lesquelles les forces de sécurité ne combattent pas des manifestants pacifiques, mais des terroristes armés jusqu'aux dents qui n'ont qu'une idée en tête: renverser le régime. «Nous l'avons dit depuis le début, c'est du terrorisme. Ils tuent l'armée et les civils», a affirmé le ministre adjoint des Affaires étrangères, Faysal Mekdad, aux journalistes rassemblés devant un édifice pris pour cible.
Les opposants mettent cette affirmation en doute, soupçonnant le régime d'avoir lui-même organisé l'attaque afin de prouver ses allégations aux observateurs de la Ligue arabe, qui sont arrivés en Syrie la veille.
D'ailleurs, des responsables gouvernementaux ont notamment fait visiter les lieux des attentats au chef de la mission préparatoire de la Ligue arabe, Samir Seif al-Yazal. «Nous sommes ici pour constater les faits sur le terrain. [...] Ce que nous voyons aujourd'hui est regrettable et l'important est que les choses se calment», a-t-il déclaré.
Le régime de Damas répète que les violences dans le pays sont les fruits de terroristes et de groupes armés soutenus de l'étranger. Des soldats ont déserté l'armée au cours des derniers mois pour grossir les rangs des protestataires, ne se gênant pas pour perpétrer des attaques contre les forces gouvernementales.
Les premiers indices laissent croire que de la nébuleuse terroriste al-Qaïda serait derrière les attentats, a annoncé la télévision publique après avoir précisé que la plupart des victimes étaient des civils, mais que des membres de l'armée et du personnel de sécurité avaient aussi péri.
Le général Rustom Ghazaleh, qui est à la tête du service du renseignement militaire visé par l'attentat, a assuré que c'était la preuve d'un complot étranger contre la Syrie. «Nous le combattrons jusqu'à la dernière goutte de sang», a-t-il lancé.
Pour Omar Idlibi, membre du Conseil syrien de transition, l'attentat reste très mystérieux, «parce qu'il s'est produit dans des zones lourdement gardées qui sont difficiles d'accès pour les véhicules». Il n'est pas allé jusqu'à accuser le régime d'avoir organisé les attentats, mais sous-entend que les autorités se servent de cet incident pour décourager les observateurs de se déplacer dans le pays.
Malgré cet attentat dans la capitale, des opposants ont manifesté hier dans plusieurs régions de la Syrie pour réclamer le départ de l'homme fort du pays, Bachar al-Assad. Les forces de sécurité ont encore ouvert le feu sur les manifestants, faisant au moins huit morts, surtout dans la province de Homs, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme. Les comités locaux de coordination ont, eux, recensé 10 morts.
Bras de fer au Conseil de sécurité
Les 15 membres du Conseil de sécurité de l'ONU ont condamné hier «dans les termes les plus forts les attentats» perpétrés à Damas, mais n'arrivaient toujours pas à se mettre d'accord sur un projet de résolution.
Les membres ont présenté «leurs condoléances les plus sincères aux victimes de ces actes odieux et à leurs familles ainsi qu'au peuple syrien». D'ordinaire, le Conseil de sécurité offre ses condoléances au gouvernement du pays touché par ce genre d'attaques.
Plus tôt, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'était dit «très inquiet» de l'escalade de la violence dans le pays et avait appelé le régime du président Bachar al-Assad à appliquer «complètement» le plan de sortie de crise de la Ligue arabe.
Sur le plan diplomatique, les 15 membres du Conseil de sécurité s'efforçaient toujours à rendre digeste un projet de résolution condamnant les violences perpétrées «par toutes les parties, y compris l'usage disproportionné de la force par les autorités syriennes» présenté par la Russie. Les puissances occidentales ont jugé ce texte trop timoré.
L'ambassadeur allemand Peter Wittig a indiqué que les nations européennes souhaitaient que le texte soutienne plus fermement la décision de la Ligue arabe de sanctionner la Syrie. Il faudrait aussi, à ses yeux, que la résolution appelle à «la libération des prisonniers politiques» et que «soit clairement exprimée la nécessité de traduire en justice ceux qui ont commis des violations des droits de l'Homme».
En contrepartie, l'ambassadeur russe Vitali Tchourkine a refusé que soit «abandonnée toute référence à la violence générée par les éléments extrémistes de l'opposition» au régime syrien. M. Tchourkine refuse par ailleurs que le texte fasse mention d'un «embargo sur les armes». «Nous savons très bien ce que signifie un embargo sur les armes. Cela veut dire — et nous l'avons vu en Libye — que vous n'êtes pas autorisé à fournir des armes au gouvernement, mais que tout le monde peut fournir des armes à des groupes d'opposition», a-t-il souligné.
Le Canada hausse le ton
Ottawa a fait connaître hier de nouvelles sanctions contre le régime de Damas. Le Canada interdit désormais, d'une part, toutes les importations syriennes à l'exception de produits alimentaires et, d'autre part, les exportations de tout équipement de surveillance téléphonique et informatique, en plus de prohiber tout investissement en Syrie, a indiqué le ministre des Affaires étrangères, John Baird.
Le Canada a exporté l'an dernier vers la Syrie pour 60 millions de dollars en produits, tandis que les importations de ce pays se sont chiffrées à près de 17 millions. Il s'agit de la quatrième série de sanctions adoptées par Ottawa depuis le début du soulèvement en Syrie.
En outre, Ottawa ajoute de nouvelles personnes et entités, associées au régime du président Bachar al-Assad, à la liste de celles frappées par le gel de leurs avoirs et l'interdiction de toute transaction avec elles. Quelque 81 personnes et 31 entités figurent actuellement sur cette liste.
«Al-Assad est isolé. Sa répugnante démonstration de violence doit cesser pour de bon. Il doit partir», a déclaré le chef de la diplomatie canadienne.
L'ONU estime qu'au moins 5000 décès sont liés à la contestation et à la répression depuis la mi-mars. Les autorités syriennes font état d'au moins 2000 morts dans les rangs de l'armée et des forces de sécurité.
***
Avec La Presse canadienne, l'AP, l'AFP et Reuters
Les deux déflagrations se sont produites à quelques secondes d'intervalle, à 10h18 (3h18, heure de l'Est) dans le quartier huppé de Kfar Sousa. Elles ont été entendues partout à Damas.
Des corps mutilés et ensanglantés gisaient parmi les débris et les véhicules calcinés devant le quartier général de l'agence générale du renseignement et de celui des services de renseignement militaire, deux organisations qui ont joué un rôle de premier plan dans la répression meurtrière des manifestations contre le régime.
Le gouvernement s'est empressé de présenter ces explosions comme des preuves de ses allégations selon lesquelles les forces de sécurité ne combattent pas des manifestants pacifiques, mais des terroristes armés jusqu'aux dents qui n'ont qu'une idée en tête: renverser le régime. «Nous l'avons dit depuis le début, c'est du terrorisme. Ils tuent l'armée et les civils», a affirmé le ministre adjoint des Affaires étrangères, Faysal Mekdad, aux journalistes rassemblés devant un édifice pris pour cible.
Les opposants mettent cette affirmation en doute, soupçonnant le régime d'avoir lui-même organisé l'attaque afin de prouver ses allégations aux observateurs de la Ligue arabe, qui sont arrivés en Syrie la veille.
D'ailleurs, des responsables gouvernementaux ont notamment fait visiter les lieux des attentats au chef de la mission préparatoire de la Ligue arabe, Samir Seif al-Yazal. «Nous sommes ici pour constater les faits sur le terrain. [...] Ce que nous voyons aujourd'hui est regrettable et l'important est que les choses se calment», a-t-il déclaré.
Le régime de Damas répète que les violences dans le pays sont les fruits de terroristes et de groupes armés soutenus de l'étranger. Des soldats ont déserté l'armée au cours des derniers mois pour grossir les rangs des protestataires, ne se gênant pas pour perpétrer des attaques contre les forces gouvernementales.
Les premiers indices laissent croire que de la nébuleuse terroriste al-Qaïda serait derrière les attentats, a annoncé la télévision publique après avoir précisé que la plupart des victimes étaient des civils, mais que des membres de l'armée et du personnel de sécurité avaient aussi péri.
Le général Rustom Ghazaleh, qui est à la tête du service du renseignement militaire visé par l'attentat, a assuré que c'était la preuve d'un complot étranger contre la Syrie. «Nous le combattrons jusqu'à la dernière goutte de sang», a-t-il lancé.
Pour Omar Idlibi, membre du Conseil syrien de transition, l'attentat reste très mystérieux, «parce qu'il s'est produit dans des zones lourdement gardées qui sont difficiles d'accès pour les véhicules». Il n'est pas allé jusqu'à accuser le régime d'avoir organisé les attentats, mais sous-entend que les autorités se servent de cet incident pour décourager les observateurs de se déplacer dans le pays.
Malgré cet attentat dans la capitale, des opposants ont manifesté hier dans plusieurs régions de la Syrie pour réclamer le départ de l'homme fort du pays, Bachar al-Assad. Les forces de sécurité ont encore ouvert le feu sur les manifestants, faisant au moins huit morts, surtout dans la province de Homs, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme. Les comités locaux de coordination ont, eux, recensé 10 morts.
Bras de fer au Conseil de sécurité
Les 15 membres du Conseil de sécurité de l'ONU ont condamné hier «dans les termes les plus forts les attentats» perpétrés à Damas, mais n'arrivaient toujours pas à se mettre d'accord sur un projet de résolution.
Les membres ont présenté «leurs condoléances les plus sincères aux victimes de ces actes odieux et à leurs familles ainsi qu'au peuple syrien». D'ordinaire, le Conseil de sécurité offre ses condoléances au gouvernement du pays touché par ce genre d'attaques.
Plus tôt, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'était dit «très inquiet» de l'escalade de la violence dans le pays et avait appelé le régime du président Bachar al-Assad à appliquer «complètement» le plan de sortie de crise de la Ligue arabe.
Sur le plan diplomatique, les 15 membres du Conseil de sécurité s'efforçaient toujours à rendre digeste un projet de résolution condamnant les violences perpétrées «par toutes les parties, y compris l'usage disproportionné de la force par les autorités syriennes» présenté par la Russie. Les puissances occidentales ont jugé ce texte trop timoré.
L'ambassadeur allemand Peter Wittig a indiqué que les nations européennes souhaitaient que le texte soutienne plus fermement la décision de la Ligue arabe de sanctionner la Syrie. Il faudrait aussi, à ses yeux, que la résolution appelle à «la libération des prisonniers politiques» et que «soit clairement exprimée la nécessité de traduire en justice ceux qui ont commis des violations des droits de l'Homme».
En contrepartie, l'ambassadeur russe Vitali Tchourkine a refusé que soit «abandonnée toute référence à la violence générée par les éléments extrémistes de l'opposition» au régime syrien. M. Tchourkine refuse par ailleurs que le texte fasse mention d'un «embargo sur les armes». «Nous savons très bien ce que signifie un embargo sur les armes. Cela veut dire — et nous l'avons vu en Libye — que vous n'êtes pas autorisé à fournir des armes au gouvernement, mais que tout le monde peut fournir des armes à des groupes d'opposition», a-t-il souligné.
Le Canada hausse le ton
Ottawa a fait connaître hier de nouvelles sanctions contre le régime de Damas. Le Canada interdit désormais, d'une part, toutes les importations syriennes à l'exception de produits alimentaires et, d'autre part, les exportations de tout équipement de surveillance téléphonique et informatique, en plus de prohiber tout investissement en Syrie, a indiqué le ministre des Affaires étrangères, John Baird.
Le Canada a exporté l'an dernier vers la Syrie pour 60 millions de dollars en produits, tandis que les importations de ce pays se sont chiffrées à près de 17 millions. Il s'agit de la quatrième série de sanctions adoptées par Ottawa depuis le début du soulèvement en Syrie.
En outre, Ottawa ajoute de nouvelles personnes et entités, associées au régime du président Bachar al-Assad, à la liste de celles frappées par le gel de leurs avoirs et l'interdiction de toute transaction avec elles. Quelque 81 personnes et 31 entités figurent actuellement sur cette liste.
«Al-Assad est isolé. Sa répugnante démonstration de violence doit cesser pour de bon. Il doit partir», a déclaré le chef de la diplomatie canadienne.
L'ONU estime qu'au moins 5000 décès sont liés à la contestation et à la répression depuis la mi-mars. Les autorités syriennes font état d'au moins 2000 morts dans les rangs de l'armée et des forces de sécurité.
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Avec La Presse canadienne, l'AP, l'AFP et Reuters
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