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L'ex-président libérien prend ses nouveaux quartiers au Nigeria - La justice internationale veut toujours juger Charles Taylor

13 août 2003  Actualités internationales
Sur le New Bridge de Monrovia, les rebelles «y dansent».
Photo : Agence Reuters
Sur le New Bridge de Monrovia, les rebelles «y dansent».
Sur le terrain, la force ouest-africaine de paix pour le Liberia, l'Ecomil, se déploiera demain dans le port de Monrovia, contrôlé par les rebelles du LURD. La réouverture du port doit permettre l'acheminement de l'aide humanitaire vers la capitale, dont la population a gonflé sous l'afflux de quelque 450 000 déplacés. Monrovia est restée calme hier, mais des combats opposent depuis lundi les rebelles du Mouvement pour la démocratie au Liberia (Model) aux forces gouvernementales à Buchanan (120 km à l'est de Monrovia).

Paris — L'ex-président libérien Charles Taylor, dont le départ en pleurs, lundi, de son pays pour l'exil nigérian a été salué par la communauté internationale, a réussi sa sortie, mais il reste sous le coup d'un mandat d'arrêt international pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité.

Taylor, ancien chef de guerre qui a commencé à mettre son pays à feu et à sang il y a 14 ans, avant d'être élu président et d'exporter ses méthodes expéditives en Sierra Leone et en Côte-d'Ivoire, a réussi à faire saluer son départ par les Libériens, les Nations unies, les Américains et les Européens.

Son départ, résultant de fortes pressions et remis à plusieurs reprises, ne semble pas marquer la fin de ses soucis. Certes, il a réussi lundi le tour de force de se comparer à Jésus et à l'agneau du sacrifice et de faire croire, pour un temps, qu'il était un homme d'État qui se sacrifiait pour le bien de sa nation, mais il reste poursuivi pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité.

Au sujet de son départ, négocié par des chefs d'État africains dont le Nigérian Olusegun Obasanjo, qui lui a offert l'exil, la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH) a publié un communiqué intitulé : «La justice ne se marchande pas!».

Elle considère «qu'il ne peut y avoir de paix durable au Liberia et dans la région si la justice est entravée». Elle affirme que «le départ de Charles Taylor ne saurait être conditionné au marchandage de son impunité. Accusé de crimes parmi les plus graves, Charles Taylor ne doit pas échapper à un procès en bonne et due forme».

Et elle dénonce «toute manoeuvre visant à lui organiser une retraite paisible dans un pays voisin», en l'occurrence le Nigeria, où Taylor vient de prendre ses quartiers dans la ville de Calabar, dans le sud-est.

Dans l'immédiat, Taylor semble à l'abri d'une extradition, ses avocats ayant fait valoir le 6 août auprès de la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye que l'acte d'accusation et le mandat d'arrêt lancé contre lui par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone violaient le droit international. Selon eux, «un mandat d'arrêt et un acte d'accusation, émis par une juridiction étrangère, sont incompatibles avec le principe en vertu duquel une autorité judiciaire étrangère ne peut pas être exercée par un État sur le territoire d'un autre État».

Les avocats font en effet valoir que le Tribunal spécial pour la Sierra Leone n'est pas un organe de l'ONU ni une cour internationale, mais un organe qui dépend du gouvernement sierra-léonais.

Mais ce tribunal spécial, soutenu par les Nations unies, a estimé hier que Taylor devra répondre de ses crimes. «Taylor a quitté le Liberia en criminel inculpé et reste un criminel inculpé. [...] Il ne saurait y avoir de véritable paix tant qu'il demeure en liberté», souligne-t-il dans un communiqué publié à Freetown.

«Taylor semble avoir obtenu l'assurance qu'il ne serait pas extradé du Nigeria. Pour l'instant, la communauté internationale va s'attacher à aider et stabiliser le Liberia. Le sort de Taylor viendra après», estimait hier une source diplomatique à Paris.

L'exil de l'ex-président libérien n'empêchera pas qu'il soit jugé pour les crimes qu'il aurait commis au Sierra Leone, a indiqué hier une porte-parole de la Maison Blanche.

Lors d'un point de presse à Crawford (Texas) où le président américain George W. Bush passe ses vacances, Claire Buchan a toutefois souligné que les États-Unis «n'exerçaient pas de contrôle sur les actes du tribunal spécial» pour la Sierra Leone qui l'a inculpé.
 
 
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