Birmanie - Clinton tend la main à Rangoon
Photo : Agence Reuters Saul Loeb
Hillary Clinton (à droite) a rencontré Aung San Suu Kyi lors de son passage à Rangoon.
New Delhi — Venue mesurer de visu le sérieux des intentions de réforme du nouveau gouvernement birman, la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a tendu hier la main au nouveau gouvernement «civil» birman en indiquant que les États-Unis le récompenseraient s'il continuait d'avancer «dans la bonne direction».
Au second jour de cette visite historique en Birmanie, Mme Clinton a rencontré, dans la capitale recluse de Nay Pyi Taw, le président Thein Sen qui, soucieux de sortir la Birmanie de son isolement international, s'est empressé d'en conclure que la visite ouvrait un «nouveau chapitre» dans les relations entre les deux pays. Mme Clinton n'a pas nié.
Vers une normalisation? La secrétaire d'État s'est déclarée «encouragée» par les récentes ouvertures du nouveau gouvernement — relâchement de la censure, «relégalisation» de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), libération d'une fraction des prisonniers politiques... Mais il reste encore beaucoup à faire, a-t-elle dit, pour ce qui concerne, entre autres, les violences à l'égard des minorités ethniques. Une visite à l'issue de laquelle des assouplissements au régime de sanctions contre la Birmanie ne sont pas envisagés dans l'immédiat. «Nous n'en sommes pas là», a-t-elle affirmé. C'est la première fois depuis 1955 qu'un membre de si haut niveau du gouvernement américain se rend en Birmanie, dirigée d'une main de fer par l'armée depuis le début des années 1960.
Visite importante parce que Mme Clinton a rencontré à Rangoon la résistante pacifiste Aung San Suu Kyi, chef de la LND et visage de l'opposition démocratique birmane depuis plus de vingt ans. Elles ont soupé ensemble avant de tenir une réunion plus formelle à la résidence de Mme Suu Kyi. C'était la première fois qu'elles se rencontraient. La veille, la «Dame» avait réitéré son appui à la démarche de Washington, tout en l'invitant à demeurer vigilant. «Il faut que nous soyons prêts à prendre des risques. Rien n'est assuré», a-t-elle affirmé.
La question nucléaire
Placé par la Maison-Blanche sous le sceau public de la défense de la démocratie et des droits de la personne, ce voyage s'effectuait sur fond de calculs géostratégiques: un oeil sur la Chine, l'autre sur la Corée du Nord. Il y a une volonté évidente de la part du président Barack Obama de contrer l'influence en Asie de la Chine, partenaire commercial prépondérant de la Birmanie. Hier, The Global Times, journal d'État chinois, a d'ailleurs prévenu les États-Unis de ne pas empiéter sur les intérêts de la Chine.
On sait d'autre part que le Myanmar des généraux continue d'acheter des armements militaires sophistiqués à la Russie — qui forme beaucoup de ses savants militaires — et à la Corée du Nord. On évalue que la junte qui a orchestré l'élection de Thein Sen consacre aux dépenses militaires la moitié du budget national.
Mme Clinton a pressé les Birmans de rompre leurs «liens illicites» avec Pyongyang. Hier encore, le gouvernement a nié collaborer avec la Corée du Nord.
Rien pourtant n'indique que le régime a renoncé au développement de l'arme nucléaire, souligne dans Asia Times Online le spécialiste Bertil Lintner, auteur de plusieurs livres sur la Birmanie. Il écrit que, pour certains observateurs, les inquiétudes américaines au sujet du programme d'armes de destruction massive des généraux birmans — et en particulier ses liens avec la Corée du Nord — sont la raison derrière la décision de Washington de tenter un rapprochement avec eux. Le fait que Mme Clinton se soit rendue en Corée du Sud immédiatement avant d'aller en Birmanie en serait une indication. Séoul, un allié américain qui n'est pas lié par les sanctions, aurait été invité à accroître ses relations commerciales avec la Birmanie dans l'espoir de contrer l'influence nord-coréenne. En outre, croit Lintner, l'occasion qui se présente à Washington de rétablir des ponts avec les généraux de Naypyitaw tomberait d'autant mieux que le printemps arabe est en train de ou menace de lui faire perdre de bons clients. La Libye et l'Égypte ont acquis de la Corée du Nord de la technologie de fabrication de missiles. Et la Syrie est l'un de ses principaux partenaires militaires au Proche-Orient.
Au second jour de cette visite historique en Birmanie, Mme Clinton a rencontré, dans la capitale recluse de Nay Pyi Taw, le président Thein Sen qui, soucieux de sortir la Birmanie de son isolement international, s'est empressé d'en conclure que la visite ouvrait un «nouveau chapitre» dans les relations entre les deux pays. Mme Clinton n'a pas nié.
Vers une normalisation? La secrétaire d'État s'est déclarée «encouragée» par les récentes ouvertures du nouveau gouvernement — relâchement de la censure, «relégalisation» de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), libération d'une fraction des prisonniers politiques... Mais il reste encore beaucoup à faire, a-t-elle dit, pour ce qui concerne, entre autres, les violences à l'égard des minorités ethniques. Une visite à l'issue de laquelle des assouplissements au régime de sanctions contre la Birmanie ne sont pas envisagés dans l'immédiat. «Nous n'en sommes pas là», a-t-elle affirmé. C'est la première fois depuis 1955 qu'un membre de si haut niveau du gouvernement américain se rend en Birmanie, dirigée d'une main de fer par l'armée depuis le début des années 1960.
Visite importante parce que Mme Clinton a rencontré à Rangoon la résistante pacifiste Aung San Suu Kyi, chef de la LND et visage de l'opposition démocratique birmane depuis plus de vingt ans. Elles ont soupé ensemble avant de tenir une réunion plus formelle à la résidence de Mme Suu Kyi. C'était la première fois qu'elles se rencontraient. La veille, la «Dame» avait réitéré son appui à la démarche de Washington, tout en l'invitant à demeurer vigilant. «Il faut que nous soyons prêts à prendre des risques. Rien n'est assuré», a-t-elle affirmé.
La question nucléaire
Placé par la Maison-Blanche sous le sceau public de la défense de la démocratie et des droits de la personne, ce voyage s'effectuait sur fond de calculs géostratégiques: un oeil sur la Chine, l'autre sur la Corée du Nord. Il y a une volonté évidente de la part du président Barack Obama de contrer l'influence en Asie de la Chine, partenaire commercial prépondérant de la Birmanie. Hier, The Global Times, journal d'État chinois, a d'ailleurs prévenu les États-Unis de ne pas empiéter sur les intérêts de la Chine.
On sait d'autre part que le Myanmar des généraux continue d'acheter des armements militaires sophistiqués à la Russie — qui forme beaucoup de ses savants militaires — et à la Corée du Nord. On évalue que la junte qui a orchestré l'élection de Thein Sen consacre aux dépenses militaires la moitié du budget national.
Mme Clinton a pressé les Birmans de rompre leurs «liens illicites» avec Pyongyang. Hier encore, le gouvernement a nié collaborer avec la Corée du Nord.
Rien pourtant n'indique que le régime a renoncé au développement de l'arme nucléaire, souligne dans Asia Times Online le spécialiste Bertil Lintner, auteur de plusieurs livres sur la Birmanie. Il écrit que, pour certains observateurs, les inquiétudes américaines au sujet du programme d'armes de destruction massive des généraux birmans — et en particulier ses liens avec la Corée du Nord — sont la raison derrière la décision de Washington de tenter un rapprochement avec eux. Le fait que Mme Clinton se soit rendue en Corée du Sud immédiatement avant d'aller en Birmanie en serait une indication. Séoul, un allié américain qui n'est pas lié par les sanctions, aurait été invité à accroître ses relations commerciales avec la Birmanie dans l'espoir de contrer l'influence nord-coréenne. En outre, croit Lintner, l'occasion qui se présente à Washington de rétablir des ponts avec les généraux de Naypyitaw tomberait d'autant mieux que le printemps arabe est en train de ou menace de lui faire perdre de bons clients. La Libye et l'Égypte ont acquis de la Corée du Nord de la technologie de fabrication de missiles. Et la Syrie est l'un de ses principaux partenaires militaires au Proche-Orient.
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