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Hors d'Europe et du printemps arabe

Dans nos médias, les informations internationales semblent se résumer ces jours-ci au printemps arabe et à la catastrophe qui menace de faire couler l'Union européenne. Cette chronique n'a pas été en reste: ces deux drames ont monopolisé depuis quelque temps l'espace que Le Devoir m'accorde chaque semaine.

D'où le défi des quelques paragraphes qui suivent: une chronique d'actualité internationale, hors d'Europe et du printemps arabe. Survol en trois sujets et 700 mots...

***

-Vraie ouverture birmane. «Je pense que nous pouvons dire que nous assistons à l'ouverture de la route vers la démocratie.» Paroles d'Aung San Suu Kyi, l'héroïne birmane libérée par une junte militaire qui, il y a encore un an, représentait ce qu'il y a de pire au monde, selon les associations comme Human Rights Watch ou Amnistie internationale.

Accueillie avec un scepticisme légitime en novembre 2010, lors de la libération de Mme Suu Kyi, l'ouverture au Myanmar (ou Birmanie si vous préférez, ce qui est mon cas) est devenue crédible lorsque les généraux, tout au long de l'année qui s'achève, ont multiplié les gestes: quasi-levée de la censure, autorisation des partis, libération de prisonniers politiques (... mais pas tous), émergence — dans ce pays de dictature militaire — d'un embryon de pouvoir civil. Et dans un geste spectaculaire autant qu'inattendu, le nouveau gouvernement a même tourné le dos à la Chine en suspendant les travaux sur un immense barrage controversé, au nord du pays, poussé et financé par le «Grand Frère» de Pékin.

La grande dame de Rangoon a peut-être raison: la Birmanie semble vraiment vouloir tourner le dos à la tyrannie.

-Brésil, le grand ménage. La nouvelle présidente, Dilma Rousseff, veut projeter une image d'intégrité en limogeant ses ministres les uns après les autres: pas moins de six d'entre eux, en quelques mois, ont été mis à la porte par la «Senhora de Ferro», pour corruption ou pour simple apparence de conflit d'intérêts.

Ce faisant, elle se démarque de son mentor Lula da Silva, parti dans la gloire, mais réputé laxiste ou myope en matière d'«enveloppes brunes» et de financements occultes... même si lui-même n'a jamais été directement accusé. Montré du doigt: le financement anarchique et peu réglementé des partis politiques au Brésil.

Heureux pays en plein boom, qui roule sur 3-4 % de croissance, crée 2 millions d'emplois par année, et que ses voisins commencent à qualifier... d'impérialiste parce qu'il finance des routes en Bolivie et des barrages au Pérou. Et dont l'actualité n'est pas dominée par la peur du déclin ou l'instauration chaotique de la démocratie... mais par le débat sur le financement des partis politiques.

-Au Cambodge, un procès pour l'Histoire. À Phnom Penh, plus de trente ans après les faits, vient de s'ouvrir le procès de Khieu Samphan, Ieng Sary et Nuon Chea. Des noms moins connus que celui de Pol Pot (mort en 1998), devenu l'un des grands symboles de la tyrannie meurtrière au XXe siècle, sorte d'Hitler ou de Staline à plus petite échelle. Mais trois octogénaires néanmoins au premier plan de l'«autogénocide» perpétré par les Khmers rouges contre leur propre peuple à la fin des années 1970, dans ce pays rebaptisé à l'époque — à l'instar du «Myanmar» des généraux — «Kampuchéa démocratique».

On peut douter de la détermination des autorités politiques cambodgiennes, dominées depuis près de 25 ans par le communiste «post-khmer rouge» Hun Sen, d'aller au fond des choses, même si le procès semble présenter les garanties voulues d'indépendance.

Et voilà que se pointe — éternel avocat des causes perdues ou quasi indéfendables: Laurent Gbagbo, Mouammar Kadhafi, etc. — l'ineffable Jacques Vergès, pour défendre les trois hommes. Trois hommes dont l'âge avancé et le mauvais état de santé pourraient compromettre la conclusion de ces procès qui s'annoncent longs et complexes.

***

Je voulais aussi inclure dans ces lignes — après trois nouvelles plutôt positives — la République démocratique du Congo, qui vote aujourd'hui même dans des conditions impossibles, cinq ans après «l'élection pour rien» de juillet 2006, financée à hauteur d'un milliard de dollars (!) par la communauté internationale. Ou encore le Pakistan, en furie contre les États-Unis après la dernière bavure de l'OTAN, samedi à la frontière afghane.

Ce sera pour une autre fois. Mais oui, il y a bel et bien une vie internationale en 2011... hors de la décadence européenne et de la grande révolution arabe, malgré l'importance capitale de ces deux drames emblématiques du XXIe siècle.

***

François Brousseau est chroniqueur d'information internationale à Radio-Canada. On peut l'entendre tous les jours à l'émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses textes à l'adresse http://blogues.radio-canada.ca/correspondants
 
 
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