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    Calculs birmans

    Le président birman, Thein Sein (à droite), en compagnie de Barack Obama, la semaine dernière au sommet de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est à Nusa Dua, en Indonésie<br />
    Photo : Agence France-Presse (photo) Saul Loeb Le président birman, Thein Sein (à droite), en compagnie de Barack Obama, la semaine dernière au sommet de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est à Nusa Dua, en Indonésie
    New Delhi — Quels haïssables desseins se cachent derrière les extraordinaires ouvertures faites par le nouveau gouvernement de Thein Sein en Birmanie? Haïssables desseins, puisqu'il est impossible de faire fi du fait que la dictature militaire du général Than Shwe qui a mis en place ce gouvernement «civil» l'année dernière continue de tirer toutes les ficelles — sauf une, bien entendu, celle de la volonté populaire. Extraordinaires ouvertures néanmoins, même si elles n'étaient que ponctuelles, considérant l'intolérance dont ont fait preuve les juntes successives au cours des dernières décennies. Un grand nombre de ceux qui sont du côté d'Aung San Suu Kyi, ou qui du moins affirment l'être, veulent aujourd'hui voir dans les récentes mesures de libéralisation sociale et le dialogue amorcé avec la «Dame» une porte qui s'entrouvre, une conjoncture porteuse, une occasion à saisir... Même l'International Crisis Group (ICG), un think-tank qu'on ne peut pas accuser de complaisance à l'égard des généraux, voit dans les récents événements une «occasion unique». Il y a des «signes croissants» que la volonté de réforme du nouveau gouvernement est «sérieuse», soutient l'ICG.

    Sérieuse? On ne demande qu'à y croire. Et comment ne pourrait-on pas saluer une embellie — libération de prisonniers politiques, légalisation de l'activité syndicale, assouplissement de la censure des médias, y compris d'Internet — qui présente une chance, si faible soit-elle, de déboucher sur la démocratisation de la vie politique birmane pour laquelle Mme Suu Kyi se bat depuis plus de vingt ans dans un esprit de non-violence absolument exemplaire?

    ***

    Il faut rappeler, étant donné que l'histoire se répète parfois, que la Birmanie a vécu en 1974 une «transition» similaire à un «gouvernement civil», suivant la tenue l'année précédente d'un référendum bidon sur une nouvelle Constitution. La junte de l'époque, le Conseil révolutionnaire, s'effaça à la faveur du «Parti du programme socialiste de Birmanie», qui forma sans partage un gouvernement constitué d'officiers à la retraite. Dans les faits, cette «transition» contribua à précipiter le déclin économique d'un pays qui avait été l'un des plus prospères de l'Asie du Sud-Est.

    Cet arrangement tint jusqu'au soulèvement populaire de 1988, écrasé par la junte, puis suivi de la victoire aux élections libres de 1990 de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de Mme Suu Kyi que les militaires n'ont jamais voulu reconnaître.

    Trente ans plus tard, les généraux refont le coup. Nouveau référendum manipulé en 2008 autour d'une nouvelle Constitution qui, à peine plus subtile que la précédente, ouvre la porte à une forme de multipartisme. Aux élections de novembre 2010, la junte se dote d'un parti de façade qui remporte 80 % des sièges, en l'absence de la LND interdite. Étonnante, cette volonté du régime qui, tout répressif qu'il soit, fait des pieds et des mains pour légitimer sa dictature. Non moins étonnant est le fait que, malgré toutes les vexations et tous les harcèlements, la rue birmane en général et la LND en particulier ne se sont jamais laissé démonter ni véritablement diviser.

    ***

    Fin décembre 2010, suivant les élections arrangées, le journal d'État New Light of Myanmar étale les intentions militaires: l'opposition devrait cesser d'appeler à la «réconciliation nationale» et s'employer plutôt à appuyer les efforts gouvernementaux de «reconsolidation nationale». Tout est là. Mme Suu Kyi, qui a annoncé la semaine dernière qu'elle serait candidate à l'une des élections partielles qui doivent se tenir éventuellement, sait bien qu'une épée de Damoclès est suspendue au-dessus du carré de liberté qui lui est concédé par le pouvoir. Elle a fondé toute son action politique sur le principe de dialogue. Elle aurait dû devenir première ministre, elle sera simple députée. Le régime compte que cela l'aidera à rompre avec son statut de paria...

    Par reconsolidation, l'organe officiel pense à l'économie nationale, grevée par les sanctions américaines et européennes — encore que tous les pays de l'UE ne les respectent pas, à commencer par la France. La Birmanie est riche en matières premières, notamment en pétrole et en gaz naturel. La Chine est un ami et un client précieux, mais les généraux, farouchement nationalistes et insulaires, considèrent n'avoir d'ordre à recevoir de personne, y compris de Pékin. Ils n'aiment rien de mieux, en fait, que de jouer les uns contre les autres, l'Inde contre la Chine, la Chine contre les États-Unis... Washington, qui n'a pas d'intérêts économiques majeurs à défendre en Birmanie, a beau jeu d'y sanctionner la violation des droits de la personne. Le poids des premiers module toujours l'énergie avec laquelle on prend la défense des seconds.

    Ce qui fait que l'excitation qu'a manifestée la semaine dernière le président Barack Obama devant les invitations birmanes est cousue de fil blanc. Géopoliquement, et c'est une aubaine, l'occasion est trop belle d'aller poser son gros orteil dans les platebandes du géant chinois.
     
     
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