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Libre opinion - Quand le torchon brûle...

Félix Jolicoeur  7 novembre 2011  Actualités internationales
Je me désole. Les bureaux de Charlie Hebdo ont flambé parce qu'il s'apprêtait à publier une caricature de Mahomet dans un numéro spécial intitulé Charia Hebdo. Ils sont nombreux les musulmans à s'indigner du manque de respect que représente une telle caricature et à cautionner ainsi, par la bande, ce genre de geste; et ils sont nombreux les bien-pensants défenseurs du droit à s'offusquer de ce geste, à décrier sa violence et son caractère non démocratique, son non-respect de la liberté de presse et d'opinion, etc.

Qu'il me soit permis ici non pas de justifier cet acte, mais au moins de tenter de le comprendre, de l'inscrire dans une problématique plus large.

Nous avons appris la semaine dernière que le gouvernement conservateur du Canada envisageait fortement de renier sa promesse de rapatrier Omar Khadr, et nous avons appris en même temps non seulement que le Canada refusait l'admission de la Palestine à l'UNESCO, mais qu'il allait en plus se livrer à des pressions de type non démocratique pour forcer l'UNESCO à tenir la Palestine hors de son institution.

Et encore, dans les nombreuses injustices subies par les arabo-musulmans, ce ne sont là que les faits les plus canadiens et les plus récents. Depuis plus d'un siècle, les actes d'intimidation, de spoliation, de violence qu'ont subis ces peuples des mains des puissances occidentales, «démocratiques et de droit», sont nombreux... Beaucoup trop nombreux pour qu'on les recense ici.

Comment ne pas comprendre le ressentiment et la colère qui «brûlent» les âmes dans ces circonstances? «Mais, diront certains, brûler un journal, ce n'est pas démocratique les amis! Si vous êtes frustrés, il y a des lieux pour s'exprimer, servez-vous-en!»

Pardon? Où ça un espace de parole, où ça une démocratie? J'invite le lecteur occidental à sortir un peu de sa réalité, quelques minutes seulement, pour se demander s'il y a vraiment une démocratie au niveau international? Quelqu'un peut-il me nommer une institution internationale véritablement démocratique? Une institution comme l'ONU, seule institution internationale ayant véritablement du pouvoir, n'est absolument pas démocratique: certains pays ont des droits de veto, et cette organisation est soumise à son mode de financement, autrement dit à ses bailleurs de fonds (lire les pays riches). Si cette institution était véritablement démocratique, il y aurait longtemps que la Palestine serait un membre à part entière de la communauté internationale.

En acceptant la Palestine comme membre de l'UNESCO, une décision démocratique vient d'être rendue. En refusant cette décision et en exerçant des pressions économiques et non démocratiques, le Canada vient de montrer son dédain pour les règles démocratiques et pour les aspirations légitimes de certains peuples. Frères et soeurs arabes et musulmans, je m'en désole autant que vous.

On parle aussi de droit, d'État de droit. «Brûler un journal ce n'est pas très "droit"», dit-on. Le Canada se fait — du moins au simple niveau du discours — le défenseur d'un État de droit. Or, un État est de droit précisément quand il traite dans, par et pour le droit ceux qui ne respectent pas ce droit. Depuis l'affaire Khadr, le Canada agit envers les cours canadiennes et internationales et ne fait plus partie des États de droit. C'est une réalité avec laquelle les Canadiens devront apprendre à vivre... Frères et soeurs arabes et musulmans, je m'en désole autant que vous.

Quand on se sent faible, seul, rejeté, non écouté, nié, la colère transpire souvent de nos actions. Quand on parle et que l'autre se détourne, la colère refait surface. Nous, occidentaux, qui ne sommes finalement ni très démocratiques ni très «de droit», nous qui bafouons allègrement et régulièrement ces principes; nous, Canadiens, qui travaillons très fort en ce moment pour préserver les structures inégalitaires du monde, nous qui n'écoutons pas ou bien peu les voix du monde arabo-musulman, nous qui incendions le monde, comment pouvons-nous nous surprendre qu'un journal brûle?

Et à tous ceux qui ne verront pas de lien entre un journal qui brûle, Omar Khadr et la Palestine, je répondrai qu'il leur manque peut-être un peu de cette capitale conscience de ce qu'est l'âme humaine. Comment peut-on parler d'intégrisme quand nous manquons tellement... d'intégrité?

La position canadienne, la mienne, la nôtre, est extrêmement violente. La cravate, le costume, les titres honorifiques, le ton posé et diplomatique ne changent rien au fond de l'affaire. Nous, puisque ce gouvernement est le nôtre, dans notre négation de l'Autre, agissons comme des pyromanes.

Quand on parle et que l'autre se tait, quand on nomme et que l'autre se détourne, quand on argumente et que l'autre tergiverse, quand on demande et que l'autre refuse, naît peut-être le goût de mettre le feu...

Frères et soeurs arabes et musulmans, je m'en désole autant que vous.

***

Félix Jolicoeur - Montréal
 
 
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  • JULIEN RICHEZ - Inscrit
    7 novembre 2011 03 h 45
    Ne pas tout confondre
    Je suis pour le moins surpris par vos propos. L'incendie de Charlie Hebdo est une chose. La palestine s'en est une autre et le la religion musulmane encore une autre.

    1) L'incendie de Charlie Hebdo est au départ un problème d'intégration. C'est à dire comment faire cohabiter un peuple majoritairement athée et qui veut le rester avec un peuple majoritairement croyant et qui considère que la religion doit régenter l'espace public, les élections récentes en pays arabe, ou ceux habitant à l'étranger ont majoritairement voté pour les parties islamistes le démontre.
    C’est le refus de s’adapter au modèle dominant de leurs pays d’accueil et la faiblesse de nos politiques qui ne cherche pas à l’empêcher qui est la source du problème.
    Dans nos sociétés occidentales, le modèle différent du leurs et c’est l’acceptation de celui-ci qui conditionne leur intégration, voire pour allez plus loin leur assimilation.
    Nous en sommes rendu à des sociétés communautaristes au chacun vie dans sa communautés. Je veux bien que Vancouver se vante de sont modèle d’intégration mais quand je voie le nombre de quartiers ethniques qu’ils ont, ils seraient bon qu’il me donne une définition de ce qu’est pour eux l’intégration. Ensuite, les communautés arabes ne sont pas plus discriminées qu'une autre, il faut arrêter avec cette logique victimaire qui ne rend service à personne et aggrave les clivages. La religion musulmane est une religion prosélyte et ces sont désir de conquête qui crée un vrai problème, notamment au Québec ou la culture est « très douce » et provoque chez les gens une perte panique de repère culturels.

    2) La Palestine c'est l'oppression d'un peuple par faiblesse politique. Ce que je trouve choquant de la part de nos politiques c'est le refus, pour des raisons médiatiques et électoralistes, de laisser Israël Gagné. Je ne suis pas pro-israélien pour un sous mais, si la Palestine était passé israélienne, les p
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  • François Ricard - Abonné
    7 novembre 2011 06 h 27
    Le Canada n'est pas démocratique
    Nous n’avons qu’un semblant de démocratie. Nous nous croyons en démocratie parce que nous votons périodiquement.
    Avec le parlementarisme à la britannique, des caisses électorales garnies par des amis et une presse à la solde des puissants, les classes dirigeantes, sous le beau nom de démocratie, contrôlent presque totalement le peuple. L’oligarchie, ce n’est pas la dictature, c’est le gouvernement par le petit nombre des puissants.
    Je défie quiconque de me démontrer que la démocratie est aujourd’hui vigoureuse, que les médias sont libres des intérêts financiers, que les politiques portent les intérêts du peuple et non ceux du capital, que les lobbies n’influencent pas en coulisse les décisions, que la publicité ne conditionne pas la culture populaire.
    La démocratie, c’est d’abord une conversation, une discussion, un débat au plein et vrai sens du mot parce que nous voulons apprendre les uns des autres, parce que nous sommes tous compétents. La racine du pouvoir des oligarques est leur prétention à être plus compétents que le peuple.
    Et ils nous ont si bien convaincus de leur compétence, que nous insistons pour nous donner des chefs qui ont de la poigne et soumettre nos élus à une ligne de parti qui fait du chef un dictateur. Nous n’avons de démocrates que le nom.
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  • michel lebel - Inscrit
    7 novembre 2011 08 h 50
    La libre expression
    On peut s'opposer à une expression d'opinion, sans faire sauter la baraque et ceux qui seraient dedans. La démocratie impose des règles de comportement, dont le non usage privé de la violence. Je peux rationnellement comprendre certains dérapages, mais je ne les excuserai jamais, tel celui de l 'incendie de Charlie Hebdo. Oui à la liberté d'expresssion! Non à toute expression manifestée violemment à l'égard de personnes ou de leurs biens.
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  • Robin Philpot - Abonné
    7 novembre 2011 09 h 34
    Excellente réflexion de Félix Jolicoeur
    Enfin quelqu'un qui sort de la rectitude politique qui, aujourd'hui, se décline en des milliers de façons de ridiculiser l'Islam et les Musulmans. Ne nous trompons pas: derrière l'unanimité islamophobe se cachent des bombes, qu'on appellera "humanitaires", des invasions militaires, qu'on appellera "libération", et la recolonisation.

    Merci pour l'article.

    Robin Philpot
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  • real@realo.ca - Abonné
    7 novembre 2011 11 h 54
    Oui, complètement d'accords,
    Mais ce que dénonçait «charia hebdo» c'est justement la charia. Celle que le nouveau gouvernement veut réhabiliter en Tunisie et qui va permettre, entre autres, aux hommes d'avoir plusieurs femmes.
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  • Notsag - Abonné
    7 novembre 2011 11 h 57
    Extrémisme religieux et colonisation extrémiste
    Depuis plusieurs années qu'on nous martèle que toute cette violence est causé par la religion. Pourtant, la plupart des pratiquants de la religion musulmane répète que c'est une religion pacifique.

    Est-ce qu'on nous aurait conté des histoires?

    Replaçons-nous dans le contexte. Depuis la deuxième guerre mondiale, le pétrole est une ressource extrêmement stratégique. Or, ce pétrole se trouve an grande partie dans les pays arabes. Les occidentaux ont donc manoeuvrés pour placer à la tête des ces pays des dictateurs à leur solde. On leur a fourni les armes et la formation nécessaire afin de garder leur population "soumise". Ainsi, on pouvait pomper le pétrole en toute quiétude et sécurité.

    Ces dictateurs on détruit toutes sociétés civiles. Syndicats ou partis politiques étaient interdits, et si nécessaire, violemment réprimés. Le peuple s'est donc réfugié dans la seule organisation au pays qui demeurait un peu structuré: la religion.

    La dissidence s'est donc développé à l'intérieur de la religion. Elle ne pouvait pas s'exprimer ailleurs. Pas étonnant alors, que la religion se soit radicaliser jusqu'à cautionner la violence.

    On attribue la destruction du World Trade Centre à des fous de Dieu. Pourtant, la stratégie de Ben Laden était limpide: Les occidentaux viennent faire la guerre chez nous, alors, on leur fera la guerre chez eux.

    Ces violences ne sont donc pas que religieuses. Elles comportent une grande part de politique également.
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  • Nelson - Inscrit
    7 novembre 2011 19 h 29
    Les torchons brûlent mille fois pire dans les pays satellites, dominés, saccagés, colonisés.
    Notre 20% occidental possède et consomme 80% de la richesse et production mondial.

    3 billions d'humains disposent de moins de deux dollars par jour...dans les pays satellites, dominés par nous.

    100 mille meurent chaque jour de faim et maladies facilement traitables.(40 mille sont des enfants).

    les armés et les guerres et les massacres et les pillages des ressources se passent chez eux, pas chez nous.

    Pourtant ce nous qu'on les accuse facilement d'être ''violents''.

    Et nous faisons tout un chiale parce qu'il brûlent notre propagande insultante à l'égard d'un milliard et demi de gens.
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  • GuyBer - Inscrit
    8 novembre 2011 09 h 21
    Xénophobie quand tu me tiens!
    @Julien Richez

    « C’est le refus de s’adapter au modèle dominant de leurs pays d’accueil et la faiblesse de nos politiques qui ne cherche pas à l’empêcher qui est la source du problème. » M. Félix Jolicoeur dans son article nous dit que la problématique s’inscrit dans un contexte plus large. Votre opinion à vous, M. Richer nous ramène au contenu, au ras des paquerettes si je peux m’exprimez ainsi. Donc, votre argumentaire est biaisé en partant.

    « Ensuite, les communautés arabes ne sont pas plus discriminées qu'une autre, il faut arrêter avec cette logique victimaire qui ne rend service à personne et aggrave les clivages. » Vous semblez avec cet argument minimiser le clivage que subit la communauté musulmane du Canada. Des amies Algériennes pourtant le simple voile sont souvent interpellé sur la voie publique par des reproches insultants. On a pourtant statué sur ce sujet sur le port d’objet ostentatoire en public.

    « La religion musulmane est une religion prosélyte et ces sont désir de conquête qui crée un vrai problème, notamment au Québec ou la culture est « très douce » et provoque chez les gens une perte panique de repère culturel. » Ces mêmes amies, quand je leurs est dit que je ne croyais en aucune religion, ne m’ont plus jamais plus parlé de l’islam. Par contre, il ne se gêne pas de me mentionner, toutes les fois qu'il fond l'objet de propos xénophobe.
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  • Denis Pajot - Inscrit
    8 novembre 2011 11 h 59
    Il ne faut pas tout confondre.
    Monsieur Jolicœur,
    tout d’abord, je dois admettre que votre réflexion est intéressante et qu’il faut effectivement rester vigilant et conscient du contexte d’un tel acte.
    Je partage totalement votre point de vue concernant les causes qui mènent à la dangereuse unilatéralité du bien-penser. Et à l’hypocrisie totale de nos sociétés occidentales face à la question du Droit.
    Vigilance donc, et libre-pensée.

    Ceci état dit, j’aimerais toutefois tempérer votre réflexion en soulignant quelques points qui me semblent importants.
    Tout d’abord, les faits se passent en France, et non au Canada d’une part, et ne touchent pas n’importe quel journal.
    Charlie Hebdo est un monument en France. Critiquable en bien des points, certes, mais qui symbolise un droit qui nous paraît inaltérable, voire sacré, si j’ose dire : la satire.
    Charlie Hebdo tape sur tout ce qui bouge, tous les extrémismes, relihgieux notamment, depuis des décennies. Avec un grand sens de la provocation, oui, mais avec humour avant tout. Et je pense qu’aux yeux du peuple français, rien ne prévaut sur ce droit là. L’expression par l’humour ne devrait jamais être mise en danger, pour quelque raison que ce soit.
    Voilà, je pense, ce qui justifie un tel bloc autour du journal.

    Ensuite, je crois inutile de vous rappeler tout de même qu’aussi douteuse soit-elle dans biens des cas, la position de la France par rapport à la Palestine n’est absolument pas celle du Canada, des États-Unis, ou d’Israël.

    Pour terminer, je pense qu’il ne faut pas toujours tout ou trop intellectualiser. Peut-être accordez-vous trop de crédit politique à des actes qui ne sont souvent malheureusement que des actes fanatiques et isolés.

    (D’ailleurs je tiens à rappeler qu’à l’heure où je vous écris, rien ne permet d’affirmer que des musulmans soient en cause dans l’incendie des locaux de Charlie Hebdo.)
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