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Vers une politique internationale sur le Web?

Le cas de l'entreprise canadienne Netsweeper, qui aurait aidé des régimes totalitaires à filtrer le contenu en ligne, fait réagir les chercheurs

La page d’accueil du site Web de Netsweeper. La compagnie offre ses services tant aux gouvernements qu’aux écoles ou aux entreprises.<br />
La page d’accueil du site Web de Netsweeper. La compagnie offre ses services tant aux gouvernements qu’aux écoles ou aux entreprises.
Une compagnie canadienne d'informatique qui aurait aidé des régimes totalitaires à filtrer le contenu disponible en ligne est montrée du doigt, et cette «collaboration» nourrit les demandes formulées à Ottawa afin que le Canada se dote d'une politique internationale dans le cyberespace.

La compagnie Netsweeper, de Guelph, en Ontario, offre ses services à des entreprises de télécommunications au Qatar, aux Émirats arabes unis et au Yémen, selon Open Net Initiative (ONI).

L'ONI est un projet visant à étudier le filtrage d'Internet et les pratiques de surveillance par les États. Ce projet utilise des moyens techniques et un réseau international afin de déterminer l'étendue et la nature des programmes gouvernementaux de filtrage sur l'Internet.

L'ONI est née de la collaboration du Berkman Center for Internet & Society de l'Université Harvard, de l'Advanced Network Research Group de l'Université de Cambridge et du Citizen Lab de l'Université de Toronto.

Selon une recherche menée par l'ONI, la compagnie Netsweeper aurait permis de bloquer au Qatar, aux Émirats arabes unis et au Yémen des sites reliés à l'homosexualité, à l'éducation sexuelle, aux défenseurs des droits de la personne, de même que l'accès à certains journaux et blogues, ou encore à des sites permettant aux utilisateurs de naviguer de façon anonyme. Et elle ne serait pas la seule entreprise à le faire.

Selon le directeur du Citizen Lab de l'Université de Toronto, Ronald Deibert, Netsweeper n'est qu'une des nombreuses compagnies nord-américaines embauchées par des régimes totalitaires. Des firmes comme Websense et McAfee SmartFilter ont aussi oeuvré au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

«Ce n'est pas un marché très propre», soutient le professeur Deibert, en entrevue avec La Presse canadienne. «Mais c'est un marché très lucratif, quoique peu populaire en termes d'image.»

La compagnie Netsweeper a refusé la demande d'entrevue de La Presse canadienne. Elle avait déjà indiqué dans le passé qu'elle ne commenterait pas ce débat.

Liberté d'expression

Sur son site Internet, la compagnie offre ses services tant aux gouvernements qu'aux écoles ou aux entreprises. «Une tendance récente fait en sorte que les différentes instances gouvernementales veulent contrôler davantage l'information disponible dans leur pays et qui circule sur Internet», explique la compagnie dans une note diffusée en ligne.

Le site précise également que Netsweeper peut aider les gouvernements à renforcer la sécurité de leur environnement Internet et à leur donner une image positive.

Mais Netsweeper a été critiquée par des groupes de vigilance pour les services qu'elle offre. Ces groupes allèguent que son action réprime la liberté d'expression en ligne.

Jacob Appelbaum, un réputé pirate informatique et chercheur américain, a pris la compagnie Netsweeper à partie lors d'une récente visite à Montréal, l'accusant d'aider le Qatar à censurer l'information sur le Web. M. Appelbaum est l'un des coordonnateurs du projet Tor, dont le but est de déterminer le type de surveillance et de restrictions qu'exercent les États à travers le monde.

«Certaines pratiques sont douteuses, a déclaré M. Appelbaum lors d'un congrès sur le piratage informatique tenu à Montréal plus tôt ce mois-ci. La compagnie vend des dispositifs qui nuisent directement à la population en limitant son accès à de l'information.»

Et le Qatar n'est pas le pire exemple, estime M. Appelbaum. Au fil de sa présentation, il a fourni de nombreux exemples de cybersurveillance et de censure dans des pays comme l'Iran, le Liban, la Chine, Bahreïn et la Syrie. La situation dans ce dernier pays, a-t-il souligné, est particulièrement terrifiante.

M. Appelbaum s'est dit hésitant quant à l'idée de discuter des procédures en vigueur en Syrie, craignant que sa sécurité personnelle s'en trouve compromise. «En allant sur certains sites, on reçoit la visite de la police secrète», a-t-il soutenu.

Pour une politique claire

Ronald Deibert, de l'Université de Toronto, prépare, de concert avec l'ONI, un rapport plus détaillé à propos du filtrage de contenu qu'exerce Netsweeper. Il estime que les activités de cette compagnie ne sont qu'une raison de plus pour que le gouvernement canadien se dote d'une politique internationale claire à propos du cyberespace.

Il a suggéré la méthode suivante: s'inspirer d'un accord international majeur conclu au XXe siècle et l'adapter au contexte du XXIe siècle. Selon lui, le Canada pourrait ainsi adopter des lois rendant illégal pour une compagnie canadienne de filtrer du contenu Web dans des pays où les principes de la Déclaration universelle des droits de l'Homme de l'ONU ne sont pas respectés. Mais cette méthode pourrait être coûteuse, étant donné les revenus que touchent les compagnies canadiennes sur le marché étranger.

La compagnie Research in Motion (RIM), par exemple, a déjà subi les pressions de gouvernements étrangers. Plus tôt cette année, l'entreprise de Waterloo, en Ontario, a accepté de bloquer l'accès à des sites de pornographie en Indonésie après que ce pays eut menacé de lui retirer son permis d'exploitation.

Les services fournis par RIM ont bien failli être mis au ban en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, qui demandaient d'avoir accès aux communications établies grâce aux téléphones BlackBerry, que fabrique RIM.

Selon M. Deibert, le Canada devrait prendre position de manière claire en matière de filtrage de contenu. Le directeur du Citizen Lab croit que le gouvernement canadien devrait, à tout le moins, éviter d'aider les compagnies comme Netsweeper.

Netsweeper a déjà obtenu du financement du Conseil national de recherches du Canada.
 
 
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  • Volney - Inscrit
    2 août 2011 02 h 23
    Syrie
    J'ai récemment discuté avec des étudiants Syriens qui me racontaient que ce sont les médias occidentaux qui déforment l'information à propos des répressions de l'armé Syrienne, affirmant que les interventions meurtrières étaient tout à fait justifiées selon leurs dires leurs proches vivant encore en Syrie.

    Ces histoires me donnent vraiment froid dans le dos...

    C'est en prenant conscience des dérives totalitaires qui semblent issues de la fiction d'Orwell, mais pourtant bien réelles et actuelles, qu'on réalise à quel point il est crucial de protéger la liberté d'expression et la protection de la vie privé tout en supportant les médias indépendants.
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  • Jean de Cuir - Abonné
    2 août 2011 07 h 26
    Qui est pur?
    Qui décide de quoi? Les messieurs et dames de Netsweeper se "fout"de cette question. J`ai visité ce site. Élémentaire, pas de réflexion philosophique! On ne sait ce qu`est la connaissance. Invitation à une instance dite morale internationale de juger du bien. La circulation libre des connaissances est une invitation à promouvoir la connaissance et aussi la réflexion dans la mesure de l`éducation de tous. Ce travail s`opère lentement au milieu de tant et tant de faiblesses toutes humaines et partagées. Strictement parlant, il n`y a pas de juge transcendantal de ce qui est juste et bon. Ce n`est surtout pas dans une dictature --contrôler par la violence -- que la connaissance peut progresser. Le pouvoir de dicter le vrai et le pur n`existe que par la négociation entre les personnes. Oeuvre de toute l`histoire humaine!
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  • lephilosophe - Inscrit
    2 août 2011 17 h 47
    Du mercenariat virtuel
    @Jean de Cuir
    C'est bien beau les principes de la philosophie des Lumières du XVIIIe siècle mais la vie s'est chargée d'en déconstruire une bonne partie. La connaissance, contrairement à ce que vous affirmez, a continué de progresser spectaculairement en Chine qui vit sous une dictature. Quant à «dicter le vrai et le pur», on doit laisser ça aux idéalistes patentés, fussent-ils «ouverts» à la négociation.

    Ceci dit, quelle différence y a-t-il entre ces compagnies informatique canadiennes qui, d'une certaine manière sont des sous-traitantes privées de dictatures étatiques et des entreprises à la limite du mercenariat comme La Guardia (rivale de la «défunte» Blackwater. Dans ce monde où le virtuel a pris une importance vitale pour tous les pouvoirs et pour les populations, et qui est le lieu d'importantes batailles idéologiques et politiques, y a-t-il vraiment une gêne à les qualifier de «mercenaires»? Pour ma part, non. La pudeur dans ce cas serait bien mal avisée.

    Bernard Gadoua
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