Frontières d'Israël - Une petite phrase qui fait beaucoup de bruit
Le conflit israélo-palestinien demeure un défi pour Barack Obama
La semaine qui vient de s'écouler a vu un rare étalage de divergences entre la Maison-Blanche et le gouvernement israélien. Rapidement minimisées par les deux parties, ces tensions reflètent l'impuissance de Barack Obama à changer la donne entre Israéliens, Palestiniens et Américains. Du coup, la responsable palestinienne Hanan Ashrawi indique au Devoir que l'avenir de son peuple devra se jouer «par-dessus les États-Unis».
Washington — «Les frontières d'Israël et de la Palestine devraient se fonder sur les lignes de 1967 avec des échanges [NDLR: de territoire] mutuellement acceptés.» Cette petite phrase dans l'allocution du 19 mai de Barack Obama sur le Proche-Orient fait l'objet d'interprétations variées.
Certains ne l'ont pas jugée importante. Ainsi le Los Angeles Times, qui ne l'a pas mentionnée dans son éditorial du lendemain consacré au discours présidentiel.
D'autres l'ont interprétée comme un changement malvenu dans la politique étrangère des États-Unis. Mitt Romney, candidat pressenti du Parti républicain le mieux placé en ce moment pour la présidentielle de 2012, accuse Barack Obama de «jeter Israël sous un autocar» étant donné qu'un retour aux frontières de 1967 comme base de négociation impliquerait un retrait israélien de la Cisjordanie et du Golan. Surtout, le premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou n'a pas attendu d'arriver à Washington, pour une visite prévue de longue date, pour qualifier les frontières de 1967 d'«indéfendables».
D'autres encore ont interprété la petite phrase de Barack Obama comme un changement bienvenu. «C'est révolutionnaire, car Obama rend officielle la reconnaissance par les États-Unis que la résolution du conflit, pour le bien des peuples israélien et palestinien, consistera en deux États basés sur les frontières de 1967 avec des ajustements», déclare notamment Jeremy Ben-Ami, président de J Street, organisation qui veut représenter les «Américains qui sont pro-Israël et pro-paix». «En effet, 99 % du monde accepte cette idée depuis longtemps et il est malheureux de voir le gouvernement israélien incapable d'accepter le fait qu'elle est le fondement même de la sécurité d'Israël», ajoute M. Ben-Ami.
Le Devoir a contacté l'ambassade d'Israël à Washington pour obtenir son analyse de la phrase du président Obama sur les «lignes de 1967». Mais l'ambassade n'a pas répondu avant la parution de ce texte.
Sollicitée également, la délégation de l'Organisation de libération de la Palestine, qui représente l'Autorité palestinienne, a dirigé Le Devoir vers Hanan Ashrawi, membre du comité exécutif de l'OLP et parlementaire palestinienne qui se trouvait à Washington cette semaine.
Hanan Ashrawi ne voit «pas de changement» dans la politique américaine énoncée par Barack Obama le 19 mai. «C'est la position de longue date des États-Unis, position dont le président Bush a parlé quand il a dit que l'occupation qui a commencé en 1967 doit cesser, position qui figure dans tous les documents, notamment la feuille de route et l'accord de la plantation Wye», dit-elle au Devoir.
Madame Ashrawi est «étonnée par le tumulte que Nétanyahou a créé». «L'un des aspects de la relation entre les États-Unis et Israël est que les problèmes sont réglés avant qu'une position soit exprimée, or là, il semble que le passage du discours du président Obama n'ait pas été vu par Israël au préalable ou que la réaction d'Israël n'ait pas été prise en compte», explique-t-elle. Pour autant, elle «ne pense pas que les propos du président Obama traduisent un changement dans la relation israélo-américaine».
Du reste, Barack Obama, dès le lendemain du discours et après un face-à-face prolongé avec M. Nétanyahou, minimisa l'importance de cette petite phrase et du rare étalage de tensions bilatérales.
Lors du point de presse qui suivit leur entretien, M. Obama s'abstint en effet de répéter sa position du 19 mai. Il attribua toute divergence avec le premier ministre à un problème de «formulation». Il préféra souligner «l'accord complet» avec lui sur la nécessité d'une résolution du conflit israélo-palestinien qui «permette à Israël de se défendre».
Clarification
Dimanche, le président américain «clarifia» encore sa pensée devant la convention annuelle de l'AIPAC, le comité d'affaires publiques Israël-États-Unis, groupe de pression pro-israélien le plus influent. Il déclara que les frontières d'Israël négociées avec les Palestiniens devront être «différentes de celles qui existaient le 4 juin 1967», donc différentes des frontières à la veille de la guerre des Six Jours.
De son côté, Benjamin Nétanyahou est revenu toute la semaine sur la petite phrase controversée de M. Obama. «Israël ne peut pas retourner aux frontières de 1967 parce qu'elles sont indéfendables et ne prennent pas en compte les changements démographiques survenus sur le terrain depuis», martela-t-il en regardant M. Obama dans les yeux lors de leur point de presse du 20 mai.
M. Nétanyahou a réitéré ce point de vue lundi devant l'AIPAC, puis mardi dans un discours devant la Chambre et le Sénat réunis en séance conjointe, honneur que le Parlement américain réserve aux plus proches alliés des États-Unis.
Lors de ce discours, M. Nétanyahou a été salué 29 fois par les ovations des élus, tant démocrates que républicains. Soit quatre ovations de plus que pour M. Obama lors de son discours sur l'état de l'Union en janvier.
«Si j'étais membre du Parlement américain, je serais gênée parce que Nétanyahou est venu avec de la propagande et toutes sortes de conditions préalables aux négociations, pas avec un message de paix», estime Hanan Ashrawi, membre du comité exécutif de l'OLP.
Madame Ashrawi attribue l'extraordinaire accueil du Congrès au premier ministre israélien aux «intérêts spéciaux». «Le Congrès est le domaine d'Israël et, en cas de problème avec la Maison-Blanche, Israël contourne le président et s'adresse au Congrès; de plus, les électeurs ne tiennent pas leurs élus pour responsables en ce qui concerne la politique étrangère qu'ils forgent au Congrès», poursuit-elle.
Cependant, de nombreux Américains, y compris des juifs, critiquent la politique de leur pays dans le conflit israélo-palestinien.
Certains avaient décidé de se faire entendre cette semaine. Une coalition de mouvements organisa ainsi des événements en marge de la convention annuelle de l'AIPAC et de la visite de M. Nétanyahou.
Sous la bannière de «Move Over, AIPAC!» («Pousse-toi de là, AIPAC!»), ils défilèrent devant la Maison-Blanche en scandant des slogans tels que «Libérez la Palestine!», «Levez le siège du Congrès par l'AIPAC!». Certains manifestants perturbèrent la convention de l'AIPAC. Une juive américaine, Rae Abileah, réussit même à interrompre le discours de M. Nétanyahou devant le Congrès. «L'occupation est indéfendable!», cria-t-elle avant d'être plaquée au sol dans la galerie qui surplombe l'hémicycle par ses voisins de siège (des membres de l'AIPAC, selon Move Over, AIPAC), arrêtée par la police et admise à l'hôpital pour des blessures aux épaules et au cou.
«Il s'agissait de lancer un défi au lobby israélien, de montrer aux parlementaires que des électeurs veulent une politique différente, des parlementaires qui, d'ailleurs, se lamentent à huis clos qu'il n'y ait pas plus de voix à s'élever pour les soutenir dans une prise de position plus critique envers Israël», dit Noura Erakat, une porte-parole de la coalition qui est professeure de droit humanitaire à l'Université de Georgetown.
Mais Move Over, AIPAC a eu nettement moins d'écho que l'AIPAC et M. Nétanyahou dans les médias américains et son point de vue n'a pas été évoqué, ni a fortiori débattu, par la Maison-Blanche et le reste de la classe politique.
Hanan Ashrawi et l'OLP sont-elles déçues par le président Obama? «Je ne vais pas personnaliser le problème, répond la membre du comité exécutif de l'OLP, mais dans son discours du Caire, il y avait une promesse, celle d'accomplir beaucoup de choses. Or Israël a repoussé les États-Unis plusieurs fois depuis et Nétanyahou semble pouvoir se permettre n'importe quoi.»
Pour Mme Hashrawi, l'avenir des Palestiniens doit donc «passer par-dessus les États-Unis». «Le président Obama a donné à Israël tout ce qu'il voulait: il a parlé d'"État juif", de garanties totales de sécurité, de soutien économique total, il a parlé de reporter la décision sur Jérusalem et les réfugiés, il a averti que les Palestiniens ne devraient pas avoir recours à l'ONU et a reculé sur les frontières de 1967», explique-t-elle.
Barack Obama a affirmé tout au long de la semaine que les États-Unis tenteront d'empêcher les Palestiniens de faire adopter en septembre une résolution par l'Assemblée générale de l'ONU déclarant la création de leur État.
Lors de sa visite à Londres mercredi, il a encore prévenu que les Palestiniens commettraient «une erreur» s'ils recouraient à l'ONU. Dans son désormais fameux discours du 19 mai, il avait déjà prédit «l'échec» de l'initiative palestinienne visant, selon lui, à «délégitimiser et isoler Israël».
***
Collaboratrice du Devoir
Washington — «Les frontières d'Israël et de la Palestine devraient se fonder sur les lignes de 1967 avec des échanges [NDLR: de territoire] mutuellement acceptés.» Cette petite phrase dans l'allocution du 19 mai de Barack Obama sur le Proche-Orient fait l'objet d'interprétations variées.
Certains ne l'ont pas jugée importante. Ainsi le Los Angeles Times, qui ne l'a pas mentionnée dans son éditorial du lendemain consacré au discours présidentiel.
D'autres l'ont interprétée comme un changement malvenu dans la politique étrangère des États-Unis. Mitt Romney, candidat pressenti du Parti républicain le mieux placé en ce moment pour la présidentielle de 2012, accuse Barack Obama de «jeter Israël sous un autocar» étant donné qu'un retour aux frontières de 1967 comme base de négociation impliquerait un retrait israélien de la Cisjordanie et du Golan. Surtout, le premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou n'a pas attendu d'arriver à Washington, pour une visite prévue de longue date, pour qualifier les frontières de 1967 d'«indéfendables».
D'autres encore ont interprété la petite phrase de Barack Obama comme un changement bienvenu. «C'est révolutionnaire, car Obama rend officielle la reconnaissance par les États-Unis que la résolution du conflit, pour le bien des peuples israélien et palestinien, consistera en deux États basés sur les frontières de 1967 avec des ajustements», déclare notamment Jeremy Ben-Ami, président de J Street, organisation qui veut représenter les «Américains qui sont pro-Israël et pro-paix». «En effet, 99 % du monde accepte cette idée depuis longtemps et il est malheureux de voir le gouvernement israélien incapable d'accepter le fait qu'elle est le fondement même de la sécurité d'Israël», ajoute M. Ben-Ami.
Le Devoir a contacté l'ambassade d'Israël à Washington pour obtenir son analyse de la phrase du président Obama sur les «lignes de 1967». Mais l'ambassade n'a pas répondu avant la parution de ce texte.
Sollicitée également, la délégation de l'Organisation de libération de la Palestine, qui représente l'Autorité palestinienne, a dirigé Le Devoir vers Hanan Ashrawi, membre du comité exécutif de l'OLP et parlementaire palestinienne qui se trouvait à Washington cette semaine.
Hanan Ashrawi ne voit «pas de changement» dans la politique américaine énoncée par Barack Obama le 19 mai. «C'est la position de longue date des États-Unis, position dont le président Bush a parlé quand il a dit que l'occupation qui a commencé en 1967 doit cesser, position qui figure dans tous les documents, notamment la feuille de route et l'accord de la plantation Wye», dit-elle au Devoir.
Madame Ashrawi est «étonnée par le tumulte que Nétanyahou a créé». «L'un des aspects de la relation entre les États-Unis et Israël est que les problèmes sont réglés avant qu'une position soit exprimée, or là, il semble que le passage du discours du président Obama n'ait pas été vu par Israël au préalable ou que la réaction d'Israël n'ait pas été prise en compte», explique-t-elle. Pour autant, elle «ne pense pas que les propos du président Obama traduisent un changement dans la relation israélo-américaine».
Du reste, Barack Obama, dès le lendemain du discours et après un face-à-face prolongé avec M. Nétanyahou, minimisa l'importance de cette petite phrase et du rare étalage de tensions bilatérales.
Lors du point de presse qui suivit leur entretien, M. Obama s'abstint en effet de répéter sa position du 19 mai. Il attribua toute divergence avec le premier ministre à un problème de «formulation». Il préféra souligner «l'accord complet» avec lui sur la nécessité d'une résolution du conflit israélo-palestinien qui «permette à Israël de se défendre».
Clarification
Dimanche, le président américain «clarifia» encore sa pensée devant la convention annuelle de l'AIPAC, le comité d'affaires publiques Israël-États-Unis, groupe de pression pro-israélien le plus influent. Il déclara que les frontières d'Israël négociées avec les Palestiniens devront être «différentes de celles qui existaient le 4 juin 1967», donc différentes des frontières à la veille de la guerre des Six Jours.
De son côté, Benjamin Nétanyahou est revenu toute la semaine sur la petite phrase controversée de M. Obama. «Israël ne peut pas retourner aux frontières de 1967 parce qu'elles sont indéfendables et ne prennent pas en compte les changements démographiques survenus sur le terrain depuis», martela-t-il en regardant M. Obama dans les yeux lors de leur point de presse du 20 mai.
M. Nétanyahou a réitéré ce point de vue lundi devant l'AIPAC, puis mardi dans un discours devant la Chambre et le Sénat réunis en séance conjointe, honneur que le Parlement américain réserve aux plus proches alliés des États-Unis.
Lors de ce discours, M. Nétanyahou a été salué 29 fois par les ovations des élus, tant démocrates que républicains. Soit quatre ovations de plus que pour M. Obama lors de son discours sur l'état de l'Union en janvier.
«Si j'étais membre du Parlement américain, je serais gênée parce que Nétanyahou est venu avec de la propagande et toutes sortes de conditions préalables aux négociations, pas avec un message de paix», estime Hanan Ashrawi, membre du comité exécutif de l'OLP.
Madame Ashrawi attribue l'extraordinaire accueil du Congrès au premier ministre israélien aux «intérêts spéciaux». «Le Congrès est le domaine d'Israël et, en cas de problème avec la Maison-Blanche, Israël contourne le président et s'adresse au Congrès; de plus, les électeurs ne tiennent pas leurs élus pour responsables en ce qui concerne la politique étrangère qu'ils forgent au Congrès», poursuit-elle.
Cependant, de nombreux Américains, y compris des juifs, critiquent la politique de leur pays dans le conflit israélo-palestinien.
Certains avaient décidé de se faire entendre cette semaine. Une coalition de mouvements organisa ainsi des événements en marge de la convention annuelle de l'AIPAC et de la visite de M. Nétanyahou.
Sous la bannière de «Move Over, AIPAC!» («Pousse-toi de là, AIPAC!»), ils défilèrent devant la Maison-Blanche en scandant des slogans tels que «Libérez la Palestine!», «Levez le siège du Congrès par l'AIPAC!». Certains manifestants perturbèrent la convention de l'AIPAC. Une juive américaine, Rae Abileah, réussit même à interrompre le discours de M. Nétanyahou devant le Congrès. «L'occupation est indéfendable!», cria-t-elle avant d'être plaquée au sol dans la galerie qui surplombe l'hémicycle par ses voisins de siège (des membres de l'AIPAC, selon Move Over, AIPAC), arrêtée par la police et admise à l'hôpital pour des blessures aux épaules et au cou.
«Il s'agissait de lancer un défi au lobby israélien, de montrer aux parlementaires que des électeurs veulent une politique différente, des parlementaires qui, d'ailleurs, se lamentent à huis clos qu'il n'y ait pas plus de voix à s'élever pour les soutenir dans une prise de position plus critique envers Israël», dit Noura Erakat, une porte-parole de la coalition qui est professeure de droit humanitaire à l'Université de Georgetown.
Mais Move Over, AIPAC a eu nettement moins d'écho que l'AIPAC et M. Nétanyahou dans les médias américains et son point de vue n'a pas été évoqué, ni a fortiori débattu, par la Maison-Blanche et le reste de la classe politique.
Hanan Ashrawi et l'OLP sont-elles déçues par le président Obama? «Je ne vais pas personnaliser le problème, répond la membre du comité exécutif de l'OLP, mais dans son discours du Caire, il y avait une promesse, celle d'accomplir beaucoup de choses. Or Israël a repoussé les États-Unis plusieurs fois depuis et Nétanyahou semble pouvoir se permettre n'importe quoi.»
Pour Mme Hashrawi, l'avenir des Palestiniens doit donc «passer par-dessus les États-Unis». «Le président Obama a donné à Israël tout ce qu'il voulait: il a parlé d'"État juif", de garanties totales de sécurité, de soutien économique total, il a parlé de reporter la décision sur Jérusalem et les réfugiés, il a averti que les Palestiniens ne devraient pas avoir recours à l'ONU et a reculé sur les frontières de 1967», explique-t-elle.
Barack Obama a affirmé tout au long de la semaine que les États-Unis tenteront d'empêcher les Palestiniens de faire adopter en septembre une résolution par l'Assemblée générale de l'ONU déclarant la création de leur État.
Lors de sa visite à Londres mercredi, il a encore prévenu que les Palestiniens commettraient «une erreur» s'ils recouraient à l'ONU. Dans son désormais fameux discours du 19 mai, il avait déjà prédit «l'échec» de l'initiative palestinienne visant, selon lui, à «délégitimiser et isoler Israël».
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Collaboratrice du Devoir








