Législatives françaises - Chirac va remporter tous ses paris
Paris — Jacques Chirac aura donc remporté tous ses paris. Non seulement il aura été réélu grâce à un incroyable accident électoral à l'occasion du scrutin du 5 mai dernier, non seulement il aura évité tout débat sur l'intégrité de son parcours pourtant miné par de nombreuses accusations de corruption, non seulement il aura imposé son parti unique de la droite, l'Union pour la majorité présidentielle (UMP), à ses principaux rivaux, Jacques Chirac devrait en plus obtenir demain la majorité absolue des sièges de l'Assemblée nationale à l'occasion du second tour des élections législatives.
On saura demain s'il pourra gouverner à l'aide des seuls députés de son parti, sans même s'embarrasser de compromis avec les centristes de l'UDF, dirigée par François Bayrou. Mais on peut d'ores et déjà dire que le président français a réussi un tour du chapeau.
Le dernier sondage réalisé par le quotidien Le Figaro donne en effet la majorité absolue des sièges à l'UMP, soit environ 400 sur 577. 53 % des personnes interrogées déclarent avoir l'intention de voter pour la droite alors que 47 % se disent prêtes à voter pour la gauche. La seule inconnue de ce scrutin est donc l'ampleur de la défaite de la gauche.
Les derniers moments de la campagne ont montré que la droite, même victorieuse, n'avait pas l'intention de céder un centimètre de terrain. Le premier ministre Jean-Pierre Raffarin et l'épouse du président, Bernadette Chirac, ont même visité Tulle, un patelin de Corrèze où se présente le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande. En abrogeant le décret restreignant la période de chasse aux oiseaux migrateurs, le nouveau gouvernement veut bétonner sa majorité dans une trentaine de circonscriptions où les chasseurs sont nombreux. Quitte à ce que la France se retrouve en infraction avec le droit européen.
Même si le Parti socialiste s'est relativement bien sorti du premier tour (27 %), la gauche dite plurielle s'est totalement effondrée. Les partis de gauche ne sont crédités que de 130 à 200 députés. Entre ces deux chiffres se cache la différence entre une opposition décimée et une opposition minoritaire mais prête à prendre la relève le cas échéant. C'est donc de ce côté qu'il faudra regarder demain, de même que du côté du Parti communiste, qui n'est pas sûr du tout d'atteindre les 20 députés qui lui assureraient un groupe parlementaire.
«L'électorat ne semble pas disposé à voler au secours de la gauche», a déclaré au Figaro le directeur général de l'institut de sondages Ipsos, Pierre Giacometti. Même la réélection des anciennes ministres Martine Aubry (Emploi) et Dominique Voynet (Environnement) n'est pas assurée. Le chef du pôle républicain, Jean-Pierre Chevènement, pourrait aussi mordre la poussière après avoir fait cavalier seul à la présidentielle. Celui du Parti communiste, Robert Hue, n'est pas non plus assuré d'un siège.
Ce sont les 36 % d'abstentionnistes du premier tour qui décideront du scrutin de demain. Les sondeurs s'attendent pourtant à une abstention aussi forte que dimanche dernier. Peu importe l'ampleur de leur défaite, les socialistes, de toute évidence, ne pourront pas éviter un examen de conscience déchirant.
Pouvoirs, pouvoirs
Quoi qu'il arrive, rarement un président français aura-t-il concentré autant de pouvoirs entre ses mains. Charles de Gaulle avait dû composer avec un Sénat dominé par l'opposition, et François Mitterrand, avec une Assemblée nationale de droite. Ce ne sera pas le cas de Jacques Chirac.
Or la démocratie française a déjà ceci de particulier qu'elle dispose de très peu de contre-pouvoirs. D'abord, le président ne peut pas être censuré par l'Assemblée nationale, comme l'est régulièrement le président américain par le Congrès. Le Parlement, dont le rôle avait été revalorisé sous Jospin, est loin d'avoir la place centrale qu'il a au Canada. Le Sénat français, dominé par la droite, est une institution pratiquement aussi servile que le Sénat canadien. Contrairement à l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie et la Grande-Bretagne, l'Hexagone n'a pas de régions fortes capables de se faire entendre et d'influencer sérieusement le pouvoir. De toute façon, la droite domine déjà la plupart des conseils régionaux.
Ajoutons à ce portrait que le Conseil constitutionnel (responsable de l'application de la Constitution) et le Conseil supérieur de l'audiovisuel (le CRTC français) sont dirigés par des alliés politiques du président. Contrairement à la Cour suprême du Canada, le Conseil constitutionnel français ne s'est jamais tenu à l'écart de la partisanerie. Enfin, dernier contre-pouvoir, et non le moindre: la presse française et la télévision en particulier n'ont pas la tradition d'indépendance de la presse nord-américaine. Le président français est donc un des rares dirigeants au monde qui peut se permettre de ne répondre aux questions des journalistes que deux ou trois fois par année.
Or Jacques Chirac a annoncé qu'il n'entend pas se priver des prérogatives que lui offre la Constitution. Comme c'est lui qui nomme et démet le premier ministre et comme ce dernier est du même parti que le président, c'est donc le président qui aura le dernier mot sur à peu près tout.
Cette force apparente est pourtant trompeuse. En effet, en France plus qu'ailleurs, le véritable contre-pouvoir a toujours été dans la rue. Jacques Chirac n'est le premier choix que de 19 % de la population, un véritable désaveu si on compare ce résultat à celui de tous ses prédécesseurs. Il peut pourtant se targuer d'une majorité par défaut de 82 % au second tour.
Pour naviguer, il devra avoir constamment à l'oeil ces deux chiffres contradictoires. Ce n'est pas impossible. Mais la tentation sera forte de se croire tout permis, comme le montrent les hésitations du gouvernement à renvoyer le ministre délégué aux Affaires européennes, Renaud Donnedieu de Vabres, mis en examen dans une affaire de blanchiment d'argent. Un sujet sur lequel les premiers ministres Édouard Balladur et Lionel Jospin s'étaient montrés autrement plus intransigeants. Jacques Chirac aura besoin de toute son adresse pour naviguer sur des dossiers aussi délicats que les retraites, la maîtrise des dépenses de la santé, la réforme de l'État, la réduction de la fiscalité et du déficit.
Ajoutons à cela les enquêtes de la justice toujours en cours sur le président et le cocktail pourrait être explosif.
On saura demain s'il pourra gouverner à l'aide des seuls députés de son parti, sans même s'embarrasser de compromis avec les centristes de l'UDF, dirigée par François Bayrou. Mais on peut d'ores et déjà dire que le président français a réussi un tour du chapeau.
Le dernier sondage réalisé par le quotidien Le Figaro donne en effet la majorité absolue des sièges à l'UMP, soit environ 400 sur 577. 53 % des personnes interrogées déclarent avoir l'intention de voter pour la droite alors que 47 % se disent prêtes à voter pour la gauche. La seule inconnue de ce scrutin est donc l'ampleur de la défaite de la gauche.
Les derniers moments de la campagne ont montré que la droite, même victorieuse, n'avait pas l'intention de céder un centimètre de terrain. Le premier ministre Jean-Pierre Raffarin et l'épouse du président, Bernadette Chirac, ont même visité Tulle, un patelin de Corrèze où se présente le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande. En abrogeant le décret restreignant la période de chasse aux oiseaux migrateurs, le nouveau gouvernement veut bétonner sa majorité dans une trentaine de circonscriptions où les chasseurs sont nombreux. Quitte à ce que la France se retrouve en infraction avec le droit européen.
Même si le Parti socialiste s'est relativement bien sorti du premier tour (27 %), la gauche dite plurielle s'est totalement effondrée. Les partis de gauche ne sont crédités que de 130 à 200 députés. Entre ces deux chiffres se cache la différence entre une opposition décimée et une opposition minoritaire mais prête à prendre la relève le cas échéant. C'est donc de ce côté qu'il faudra regarder demain, de même que du côté du Parti communiste, qui n'est pas sûr du tout d'atteindre les 20 députés qui lui assureraient un groupe parlementaire.
«L'électorat ne semble pas disposé à voler au secours de la gauche», a déclaré au Figaro le directeur général de l'institut de sondages Ipsos, Pierre Giacometti. Même la réélection des anciennes ministres Martine Aubry (Emploi) et Dominique Voynet (Environnement) n'est pas assurée. Le chef du pôle républicain, Jean-Pierre Chevènement, pourrait aussi mordre la poussière après avoir fait cavalier seul à la présidentielle. Celui du Parti communiste, Robert Hue, n'est pas non plus assuré d'un siège.
Ce sont les 36 % d'abstentionnistes du premier tour qui décideront du scrutin de demain. Les sondeurs s'attendent pourtant à une abstention aussi forte que dimanche dernier. Peu importe l'ampleur de leur défaite, les socialistes, de toute évidence, ne pourront pas éviter un examen de conscience déchirant.
Pouvoirs, pouvoirs
Quoi qu'il arrive, rarement un président français aura-t-il concentré autant de pouvoirs entre ses mains. Charles de Gaulle avait dû composer avec un Sénat dominé par l'opposition, et François Mitterrand, avec une Assemblée nationale de droite. Ce ne sera pas le cas de Jacques Chirac.
Or la démocratie française a déjà ceci de particulier qu'elle dispose de très peu de contre-pouvoirs. D'abord, le président ne peut pas être censuré par l'Assemblée nationale, comme l'est régulièrement le président américain par le Congrès. Le Parlement, dont le rôle avait été revalorisé sous Jospin, est loin d'avoir la place centrale qu'il a au Canada. Le Sénat français, dominé par la droite, est une institution pratiquement aussi servile que le Sénat canadien. Contrairement à l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie et la Grande-Bretagne, l'Hexagone n'a pas de régions fortes capables de se faire entendre et d'influencer sérieusement le pouvoir. De toute façon, la droite domine déjà la plupart des conseils régionaux.
Ajoutons à ce portrait que le Conseil constitutionnel (responsable de l'application de la Constitution) et le Conseil supérieur de l'audiovisuel (le CRTC français) sont dirigés par des alliés politiques du président. Contrairement à la Cour suprême du Canada, le Conseil constitutionnel français ne s'est jamais tenu à l'écart de la partisanerie. Enfin, dernier contre-pouvoir, et non le moindre: la presse française et la télévision en particulier n'ont pas la tradition d'indépendance de la presse nord-américaine. Le président français est donc un des rares dirigeants au monde qui peut se permettre de ne répondre aux questions des journalistes que deux ou trois fois par année.
Or Jacques Chirac a annoncé qu'il n'entend pas se priver des prérogatives que lui offre la Constitution. Comme c'est lui qui nomme et démet le premier ministre et comme ce dernier est du même parti que le président, c'est donc le président qui aura le dernier mot sur à peu près tout.
Cette force apparente est pourtant trompeuse. En effet, en France plus qu'ailleurs, le véritable contre-pouvoir a toujours été dans la rue. Jacques Chirac n'est le premier choix que de 19 % de la population, un véritable désaveu si on compare ce résultat à celui de tous ses prédécesseurs. Il peut pourtant se targuer d'une majorité par défaut de 82 % au second tour.
Pour naviguer, il devra avoir constamment à l'oeil ces deux chiffres contradictoires. Ce n'est pas impossible. Mais la tentation sera forte de se croire tout permis, comme le montrent les hésitations du gouvernement à renvoyer le ministre délégué aux Affaires européennes, Renaud Donnedieu de Vabres, mis en examen dans une affaire de blanchiment d'argent. Un sujet sur lequel les premiers ministres Édouard Balladur et Lionel Jospin s'étaient montrés autrement plus intransigeants. Jacques Chirac aura besoin de toute son adresse pour naviguer sur des dossiers aussi délicats que les retraites, la maîtrise des dépenses de la santé, la réforme de l'État, la réduction de la fiscalité et du déficit.
Ajoutons à cela les enquêtes de la justice toujours en cours sur le président et le cocktail pourrait être explosif.
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