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    En direct sur la vie du sinistré

    Habitués aux séismes, les Japonais filment et mettent en ligne sans broncher les images de la catastrophe

    À Tokyo, le jeune Yoshi a mis en ligne sur YouTube des images de lui dans son appartement captées pendant le séisme.<br />
    Photo: À Tokyo, le jeune Yoshi a mis en ligne sur YouTube des images de lui dans son appartement captées pendant le séisme.
    La terre a tremblé pendant de longues secondes à Tokyo et le jeune Yoshi a eu un drôle de réflexe: il a pris son téléphone cellulaire pour capter en format vidéo des images de son appartement en train de vaciller. Interminablement. Dangereusement.

    Au même moment, un peu partout dans cette zone géographique touchée par le séisme, puis par un tsunami, des milliers de personnes en ont fait tout autant, comme en témoignent les nombreuses vidéos qui ont commencé à circuler hier sur le réseau de partage YouTube, tout comme sur les réseaux sociaux. Des vidéos sans filtre posant un regard cru sur une catastrophe naturelle, exposées par des sinistrés visiblement plus préoccupés à filmer le drame qu'à essayer de s'en sortir.

    «C'est un peu morbide, mais seulement quand on regarde ça avec nos yeux d'Occidentaux», lance à l'autre bout du fil l'auteure Valérie Harvey, qui l'an dernier a écrit un essai sur le Japon contemporain. Le bouquin s'intitule Passion Japon (Septentrion). «Les Japonais ont un rapport particulier au tremblement de terre et aux catastrophes naturelles, qui font partie de leur quotidien et quasiment de leur ADN. Pour eux, ces films n'ont rien d'anormal. C'est même une façon de dédramatiser la chose.»

    Gros plan sur une étagère en train de cracher ses livres sous l'effet du tremblement, sur un pot de fleurs brisé sur le plancher avec en trame de fond des cris et un concert d'alarmes de voiture: ces séquences filmées pour diffusion immédiate sur Internet coulent donc de source dans un pays où la télévision diffuse elle-même régulièrement des reconstitutions convaincantes de tremblements de terre. Histoire de préparer les Japonais au probable dans un pays à cheval sur plusieurs plaques tectoniques. «Au Québec, on fait des exercices de feu. Là-bas, ce sont des exercices de séisme et de tsunami», poursuit Mme Harvey.

    Quant au partage de ces mises en scène au coeur du drame, le Japonais lambda ne s'en formalise pas trop non plus, lui qui en matière de communication mobile vit dans un univers en avance de plusieurs années sur le reste de la planète. «Dans le domaine du cellulaire, le Japon est une génération en avance sur nous, ajoute l'auteure, qui a vécu plusieurs années au pays du Soleil levant. Tout le monde en a un, et il est par défaut relié à Internet à haute vitesse», le tout pour un tarif de base 16 fois inférieur à celui en vigueur au Canada, selon les récentes données de l'OCDE. Ce fait explique facilement que ces appareils sont profondément ancrés dans les habitudes de vie, faisant office de carte de crédit, de billet de train ou de spectacle, de téléviseur, et permettant de témoigner de son quotidien, qu'il soit normal ou affecté par un séisme de magnitude 8,9.


    À Tokyo, le jeune Yoshi a mis en ligne sur YouTube des images de lui dans son appartement captées pendant le séisme:













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