samedi 26 mai 2012 Dernière mise à jour 09h44
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Libre opinion - Le roi est nu

Jean-François Bissonnette, Ottawa  16 février 2011  Actualités internationales
Il y a de ces moments où le tissu des évidences qui habille notre quotidien se déchire, laissant apparaître à travers l'échancrure cette possibilité toujours latente, la liberté. Le temps est suspendu, l'habitude fait place à l'étrangeté, et affleure alors à la surface du jour, perçant à travers des couches d'humiliations sédimentées, le désir de se réapproprier la vie. Qu'est-ce qui fait advenir de tels moments? Par quelles voies mystérieuses la liberté s'avère-t-elle?

Il aura fallu qu'un homme laisse son désespoir s'enflammer, un jour de décembre sous les jasmins de Tunisie, pour que de son corps immolé s'exhale un parfum de promesse. Ce feu qui le consuma s'est depuis répandu d'un bout à l'autre du monde arabe, feu de joie et de colère, et de ses cendres renaît, ailée, la parole d'un peuple trop longtemps étouffée.

Plus rien ne tient de ce qui, hier encore, paraissait immuable. Le fardeau de la nécessité que les années avaient alourdi ne pèse plus, et des millions d'échines pliées sous son joug se redressent soudain. Nulle violence ne parvient à ébranler leur refus. Aussi buté qu'une mule, le peuple s'arrête et fait d'une place où d'ordinaire tout circule, le lieu où désormais l'ordinaire s'échoue.

Les vieux dictateurs auront bien cherché à amadouer la foule en laissant tomber, de-ci, de-là, quelques concessions, autant de miettes dont ne veulent plus que les chiens dociles. Ils n'auront pas compris que le peuple ne mange plus de ce pain-là, car il n'y a plus que l'espoir pour combler le vide des estomacs. Et de l'espoir, il n'y en a guère à la table des puissants.

La liberté qui éclôt, c'est la vérité qui triomphe. La domination ne se soutient que des illusions qu'elle distille et qui la font paraître irrécusable. Or, voici que le monstre sacré qu'il fallait craindre se révèle n'être qu'un fantasme. Le roi est nu. Sa magie n'opère plus, et il se montre enfin tel qu'il est, tel qu'il a toujours été: rien, ou rien d'autre, du moins, que la créance qu'on lui a trop longtemps accordée.

Le roi est nu. Dans le conte d'Andersen, c'est l'enfant, à qui on n'a pas encore enseigné la peur et la convoitise, qui clame ce que chacun feignait de ne pas voir. Dans les foules du Caire et de Tunis, la même innocence juvénile, la même pureté des commencements, et peut-être, aussi, le même besoin de se tourner vers un père pour qu'il confirme ses impressions.

Se peut-il que la révolution en vienne à s'illusionner à son tour? Que l'effervescence du soulèvement conduise à la torpeur? Que le désir de liberté appelle une autre servitude? Le tyran tombé, déjà la vie reprend son cours. Le vent de la protestation avait décoiffé le régime, on lui refait une nouvelle tête. On promet une «transition ordonnée», on calme les inquiétudes, on temporise. Et peu à peu se referme l'espace qui s'était ouvert, et où, fugacement, on entrevit que tout était possible.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Georges Paquet - Abonné
    16 février 2011 06 h 22
    Magnifique réflexion portée par une prose sublime...
    Enlevant et élevant ce si beau texte. Mais je ne partage pas totalement les inquiétudes qu'il laisse percer quand à la suite des choses. Je dirais que nous avons à cet égard une certaine responsabilité. Exiger de nos gouvernements et de nos ONG qu'ils maintiennent très haut les exigences de respect des droits des individus, et du fonctionnment de la démocratie. Il faut aissi que notre coopération économique et financière soit de qwualité et surtoiut à la hauteur des expérances que nous encourageons.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Lamoureux - Abonné
    16 février 2011 09 h 12
    Exquis
    Quelle richesse, quelle fluidité dans la plume de ce monsieur Bissonnette ! Encore ! Encore !
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Bernard Terreault - Abonné
    16 février 2011 13 h 31
    magnifique, sublime, exquis ?
    Quelle enflure verbale, quelle pomposité dans les lieux communs : voyez comme j'écris bien, tiens ce "tissu des évidences qui habille notre quotidien " pas mal, non? -- Victor Hugo et autres Shakespeare, vous n'auriez pas pu faite mieux.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Françoise Breault - Abonnée
    16 février 2011 16 h 40
    Jean Charest aussi est nu
    et je crois que le peuple du Québec commence à le voir et à le dire.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
4 réactions
3 votes Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012